« Mes­pa­rent­sont­bri­sél’omer­ta »

Thi­bault­deSade, 57ans, des­cen­dant­du­mar­quis­deSade

Le Parisien (Paris) - - Loisirs Et Spectacles - Pro­pos re­cueillis par P. V.

Ils sont cinq : trois gar­çons, Thi­bault, Hugues, El­zear, et deux filles, Ma­rie- Ai­gline et Ma­rie- Laure. Sou­dés comme les cinq doigts de la main pour dé­fendre, cinq gé­né­ra­tions plus tard, la mé­moire de leur aïeul. Thi­bault, 57 ans, agent de col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale, nous en dit plus sur le quo­ti­dien d’un ci­toyen qui s’appelle… Sade. Quel ef­fet ce­la fait- il d’être le des­cen­dant du mar­quis de Sade ? THI­BAULT DE SADE. Aus­si bi­zarre que ce­la pa­raisse, nous n’avons ja­mais eu de pro­blèmes, mes frères, mes soeurs et moi, avec cette ques­tion. Ni à l’école ni dans la vie pro­fes­sion­nelle. Deux ou trois fois, on a pu nous dire : « Sade n’a pas exis­té, c’est im­pos­sible ! » Si­non, notre nom sus­cite plu­tôt de la cu­rio­si­té et un vrai in­té­rêt, au­jourd’hui, chez nos in­ter­lo­cu­teurs que de l’in­quié­tude ou de la dé­fiance. Est- ce un han­di­cap pour les re­la­tions af­fec­tives ? Non, plu­tôt un su­jet à blagues ! N’avait- on pas peur de sor­tir avec un Sade ? ( Rire.) Pas du tout ! Comment l’his­toire de votre fa­mille a- t- elle vé­cu cette sul­fu­reuse des­cen­dance ? De­puis 1814, date de la mort du mar­quis, le su­jet était un ta­bou ab­so­lu chez les Sade. Il était in­ter­dit d’en par­ler. Per­sonne ne sa­vait rien de lui. La fa­mille s’est re­cro­que­villée sur elle- même. Même lors­qu’il a com­men­cé à être ré­édi­té, et en dé­pit de l’in­fluence consi­dé­rable qu’il avait chez les sur­réa­listes ou les poètes comme Re­né Char, la fa­mille ne le ci­tait pas. Au­jourd’hui, cette omer­ta n’a pour­tant plus l’air d’être de mise… Mes pa­rents, Xa­vier et Rose, ont bri­sé l’omer­ta en re­met­tant à jour les ar­chives. Ils nous li­saient les lettres au mo­ment du ca­fé. On a ap­pris son quo­ti­dien par ses lettres à sa femme, à sa belle- mère. On a connu l’homme avant de connaître l’écri­vain. Dé­cou­vert un per­son­nage de chair et de sang, avec une écri­ture flam­boyante. C’était cou­ra­geux de la part de per­sonnes qui étaient ca­tho­liques pra­ti­quantes, confron­tées à ça lors­qu’elles avaient 20 ans, avec tout le poids de la mo­rale et de la re­li­gion. Ça a été plus dif­fi­cile pour eelles que pour nous. Peut- on par­ler de ré­ha­bi­li­ta­tion ? Oui, mais du per­son­nage dans sa glo­ba­li­té. On ne va pas cher­cher à l’édul­co­rer mais on étu­die aus­si sa phi­lo­so­phie, ses idées po­li­tiques… Je conçois par­fai­te­ment qu’on soit ef­fa­ré, mais il faut bien l’en­vi­sa­ger aus­si comme un écri­vain qui a été au bout de son siècle en re­fu­sant les com­pro­mis.

( Do­cu­ment France 3.)

Thi­bault de Sade.

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