« Ce­la­fait­des­mois­quel’on­tire la­son­net­ted’alarme »

Gé­rald Kier­zek, mé­de­cin ur­gen­tiste à l’hô­pi­tal Co­chin ( XIVe), ré­agit après le dé­cès, sa­me­di, d’une­pa­tien­tede61 ans dans son­ser­vice.

Le Parisien (Paris) - - Paris - Pro­pos re­cueillis par CH­RIS­TINE MA­TEUS

Ci nq j ours a p r è s l a mort in­exp l i q u é e d’une sexa­gé­naire au ser­vice des ur­gences de Co­chin, l’éta­blis­se­ment hos­pi­ta­lier a an­non­cé l’ou­ver­ture d’une en­quête in­terne. Cette femme de 61 ans, trans­fé­rée à 16 h 48 par les pom­piers pour une plaie au piedà la suite d’une chute, a été trou­vée morte six heures plus tard, as­sise dans une zone d’at­tente. Pour le mé­de­cin ur­gen­tiste, Gé­rald Kier­zek, qui tra­vaille à Co­chin et fait fi­gure de fer de lance dans le com­bat contre la fer­me­ture des ur­gences de l’Hô­tel- Dieu, « on frise le drame au quo­ti­dien » . Comment ana­ly­sez- vous ce qui s’est pas­sé à Co­chin ? GÉ­RALD KIER­ZEK. C’est as­sez si­gni­fiant. La ma­lade est ar­ri­vée pour une plaie du pied, pas très grave a prio­ri. D’ailleurs, l’in­fir­mière d’ac­cueil et d’orien­ta­tion l’a clas­sée en tri 3, c’est- à- dire « ur­gence re­la­tive » . Mais comme le ser­vice était sur­sa­tu­ré, ce­la en­gendre des heures d’at­tente et cette dame a été re­trou­vée morte sur sa chaise. C’est une pre­mière ! Des gens qui meurent aux ur­gences, ce­la arrive mal­heu­reu­se­ment. Mais dans la zone d’at­tente, c’est un pa­lier sup­plé­men­taire. Ce­la veut dire que nous ne sommes plus ca­pables de voir les ma­lades tel­le­ment les équipes sont dé­bor­dées. Comment ré­agissent les équipes ? Ce­la fait des mois que l’on tire la son­nette d’alarme. Pour un soi­gnant, ce qui est ar­ri­vé est in­sup­por­table. Des infirmières ne veulent plus prendre leur poste au tri parce qu’elles ont peur. Nous sommes dans une si­tua­tion qui de­vient in­digne. Si on conti­nue à fer­mer les centres d’ur­gence de proxi­mi­té, nous pou­vons nous at­tendre à une longue liste de dé­cès comme ce­lui de cette dame. Or, on ferme le ser­vice d’ur­gences de l’Hô­tel- Dieu, à taille hu­maine, pour faire des gros centres comme Co­chin. On voit les consé­quences… Il n’y a donc pas de « pe­tites ur­gences » ? Le but de l’ur­gen­tiste est de trou­ver le ma­lade grave dans le flux des pa­tients, c’est- à- dire l’ai­guille dans la botte de foin. Or, plus la botte de foin est grosse, plus l’ai­guille est dif­fi­cile à trou­ver. Notre mé­tier est de faire du diag­nos­tic né­ga­tif, c’est- à- dire d’éli­mi­ner les choses graves. Exemple, vous ve­nez avec un mal de jambe. Ça peut être un cla­quage et vous ren­trez chez vous après des exa­mens, mais ça peut être aus­si une phlé­bite, donc risque d’em­bo­lie pul­mo­naire. C’est un risque vi­tal. On ne peut donc pas sa­voir à l’avance si c’est grave ou non. La bo­bo­lo­gie, c’est 10 % des ma­lades, pas plus.

( LP/ É. S.)

Hô­pi­tal Co­chin ( XIVe), mer­cre­di. La sexa­gé­naire, ve­nue pour une plaie au pied, a été re­trou­vée sans vie six heures plus tard, dans une zone d’at­tente.

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