Bou­te­fli­ka se­ra- t- il can­di­dat à la pré­si­dence ?

Alors que le pré­sident sor­tant est usé, ma­lade et, sur­tout, pra­ti­que­ment in­ca­pable de gou­ver­ner, son clan le pousse à se re­pré­sen­ter. Le­pays re­tient son­souffle.

Le Parisien (Paris) - - La Une - AL­GER ( AL­GÉ­RIE) De notre en­voyé spé­cial FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

Une pluie fine tombe par in­ter­mit­tence sur les im­menses eu­ca­lyp­tus qui bordent le pa­lais El- Mou­ra­dia, si­tué dans un quar­tier cos­su d’Al­ger. Un po­li­cier en uni­forme, col de l’im­per­méable re­mon­té jus­qu’à sa cas­quette blanche, fait signe aux au­to­mo­bi­listes de cir­cu­ler pres­te­ment dans une autre di­rec­tion. On n’ap­proche pas du bâ­ti­ment de la pré­si­dence al­gé­rienne, pro­té­gé par des bar­rières mé­tal­liques et des ca­mé­ras de sur­veillance, à moins de dis­po­ser d’une au­to­ri­sa­tion spé­ciale. « Vous cher­chez Bou­te­fli­ka ? s’amuse un marchand d’oranges, ci­ga­rette aux lèvres. De toute fa­çon, il n’est plus là de­puis des mois. C’est le fan­tôme d’Al­ger. »

Fa­ti­gué, ma­lade, le vieux leader ( 76 ans) se re­pose à la ré­si­dence d’Etat de Si­di- Fer­ruch, à 30 km à l’ouest de la ca­pi­tale. Une vaste pro­prié­té au bord de la mer, loin des re­gards. Vic­time d’un AVC qui avait né­ces­si­té une longue et pénible hos­pi­ta­li­sa­tion à Pa­ris de quatre- vingts jours, le chef de l’Etat ne com­mu­nique plus guère sur sa san­té. Mais, à Al­ger, les rares per­sonnes qui l’ont ap­pro­ché dé­crivent un homme usé, à bout de souffle, dé­pas­sé par les évé­ne­ments.

vrai dis­cours pu­blic en mai 2012

nDer­nier Un fa­mi­lier du ré­gime ré­sume : « Il ne parle plus ou très dif­fi­ci­le­ment. Il a per­du l’usage d’un bras, ne se dé­place qua­si­ment pas et marche à grand- peine. Il a aus­si des trous de mé­moire. Di­sons que sa lu­ci­di­té n’ex­cède pas quelques heures dans la jour­née, au mieux. Bref, ce n’est pas brillant. » Le der­nier vrai dis­cours pu­blic de Bou­te­fli­ka re­monte à mai 2012, à Sé­tif. Il y a presque deux ans… Le pré­sident avait alors pa­ru prendre ses dis­tances avec le pou­voir et pré­pa­rer son re­trait en dou­ceur. De­puis, le vieux chef ne s’ex­prime plus que par com­mu­ni­qués, par­fois très longs, sans que l’on sache exac­te­ment qui les ré­dige. Mal­gré son état de san­té dé­gra­dé, son en­tou­rage laisse en­tendre qu’il bri­gue­ra bien un qua­trième man­dat à la tête du pays, après dé­jà quinze ans de règne. « Ce se­rait une pure fo­lie. Ce­la nui­rait for­te­ment à l’image de l’Al­gé­rie à l’étran­ger » , s’alarme un homme d’af­faires qui a pris ses quar­tiers à l’hô­tel Safir, à deux pas de l’As­sem­blée. Le compte à re­bours s’achève bien­tôt puisque la date li­mite du dé­pôt des can­di­da­tures est fixée au 4 mars à mi­nuit. Le scru­tin pré­si­den­tiel pro­pre­ment dit au­ra lieu le 17 avril. « Il peut an­non­cer sa can­di­da­ture dès ce week- end ou en dé­but de se­maine pro­chaine, c’est im­mi­nent » , croit sa­voir un jour­na­liste du quo­ti­dien « El Wa­tan » . En at­ten­dant la fu­mée blanche ( ou noire), les Al­gé­riens as­sistent, si­dé­rés, aux rè­gle­ments de comptes au sein du pou­voir et de l’ar­mée, l’ins­ti­tu­tion qui di­rige le pays de­puis l’in­dé­pen­dance en 1962. Si cer­tains mi­li­taires se sont pro­non­cés lo­gi­que­ment en fa­veur d’un qua­trième man­dat, d’autres, comme le mys­té­rieux et puis­sant pa­tron des ser­vices secrets, Tou­fik Mé­diène ( lire en­ca­dré), sont contre. Tri­bunes dans les jour­naux, interviews ac­cor­dées à des sites In­ter­net, con­fi­dences dis­til­lées dans les jour­naux : les deux clans se dé­chirent sans re­te­nue. Ac­cu­sé de cor­rup­tion, l’en­tou­rage du chef de l’Etat — dont Saïd Bou­te­fli­ka, son frère et prin­ci­pal conseiller — est soup­çon­né de vou­loir for­cer la main au pré­sident pour conti­nuer à gou­ver­ner par pro­cu­ra­tion et échap­per ain­si à la jus­tice.

Les par­ti­sans d’un qua­trième man­dat plaident, eux, pour la sta­bi­li­té du pays, au­tour d’une per­son­na­li­té certes af­fai­blie mais res­pec­tée par une par­tie de la po­pu­la­tion, no­tam­ment pour avoir lut­té contre le pé­ril is­la­miste à la fin de la guerre ci­vile ( 1991- 2002). Alors, Bou­te­fli­ka, stop ou en­core ? Le pays tout en­tier at­tend sa ré­ponse.

( LP/ Zi­ne­dine Zebar.)

Al­ger, hier. Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka pour­rait bien bri­guer un qua­trième man­dat à la tête du pays après dé­jà quinze ans de règne mais cer­tains mi­li­taires font sa­voir dans la presse qu’ils sont contre.

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