« En­tant que­femme et­pa­ri­sienne, j’ai dûm’ac­cro­cher »

Sté­pha­nieMau­bé, éle­veu­sed’agneaux

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour -

Elle n’a ja­mais rê­vé de prendre la clé des champs. D’ailleurs, cette Pa­ri­sienne qui ne ju­rait que par les mo­ji­tos si­ro­tés dans les en­droits bran­chés de la ca­pi­tale et sa car­rière comme as­sis­tante- réa­li­sa­trice hon­nis­sait la cam­pagne. De toute évi­dence, l’his­toire de Sté­pha­nie n’est pas celle d’une des­ti­née re­fou­lée. « J’ai ga­gné un sé­jour dans un gîte en Nor­man­die en par­ti­ci­pant à un jeu chez mon es­thé­ti­cienne. Et pour la pre­mière fois de ma vie ici je me suis sen­tie bien dans ma tête et mes bas­kets. » De week- ends pro­lon­gés en va­cances, elle se lie d’ami­tié avec un éle­veur de bre­bis qui lui trans­met le mé­tier. « Il m’est ar­ri­vé de me por­ter ma­lade juste pour as­sis­ter à l’agne­lage ( NDLR : la nais­sance d’un agneau) » , avoue- t- elle. A 28 ans, Sté­pha­nie dé­cide d’en­tre­prendre une for­ma­tion dans un ly­cée agri­cole à Cou­tances ( Manche) où elle se plonge dans le droit ru­ral, la comp­ta­bi­li­té agri­cole et la ges­tion des stocks de foin avant de s’ins­tal­ler à son compte. « A Pa­ris, j’étais tout le temps stres­sée sans sa­voir pour­quoi. Ici, il n’y a pas de place pour les ques­tions exis­ten­tielles, la vie d’agri­cul­teur ra­mène à l’es­sen­tiel : ma bre­bis fait- elle as­sez de lait ? Mon trou­peau est- il en sé­cu­ri­té ? » Quand elle se sou­vient d’un coin de ciel nua­geux entre deux im­meubles et sa vie « entre quatre murs » , elle se sa­tis­fait en­fin d’un ho­ri­zon dé­ga­gé : « Je res­pire. » Ce grand vi­rage lui a coû­té une re­la­tion amou­reuse et de nom­breuses ami­tiés. « Beau­coup n’ont pas com­pris le manque d’art de vivre. Ici tout est rude » , ra­conte- telle, en dé­ga­geant une mèche de che­veux avec une main ter­reuse et soi­gneu­se­ment ma­nu­cu­rée. « Le ma­quillage et le ver­nis à ongles, c’est tout ce qu’il me reste de co­quet­te­rie » , confie cette ac­cro au ma­ga­zine « Elle » . Les dif­fi­cul­tés fi­nan­cières, l’iso­le­ment, les re­gards sus­pi­cieux qui lui ren­voient cette image de « Ma­rie- An­toi­nette qui joue à la ber­gère » … . « en tant que femme et pa­ri­sienne, j’ai dû m’ac­cro­cher » , concède- t- elle. « Mais je n’avais pas tout cra­mé pour aban­don­ner. Au­jourd’hui, chaque ma­tin quand j’arrive au havre, je me dis : Quel bol que ce soit mon bu­reau ! »

Saint- Ger­main- sur- Ay ( Manche), mer­cre­di. Sté­pha­nie est tom­bée amou­reuse du mé­tier d’éle­veuse de bre­bis grâce à un sé­jour dans un gîte il y a six ans.

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