L’ es­poir re­naît en Ukraine

Ce n’est en­core qu’un pre­mier pas, mais l’ac­cord ar­ra­ché hier entre pou­voir pro- russe et l’op­po­si­tion pro- eu­ro­péenne, au len­de­main des vio­lences et de la mé­dia­tion de l’UE, laisse es­pé­rer una pai­se­ment.

Le Parisien (Paris) - - Politique - AVA DJAMSHIDI

De longues heures de dis­cus­sions, dans un cli­mat de guerre ci­vile. Et la pers­pec­tive, en­fin, de re­trou­ver un peu de calme en Ukraine. Hier ma­tin, à l’is­sue d’un ma­ra­thon de près de vingt- quatre heures de né­go­cia­tions, un ac­cord de sor­tie de crise a été conclu entre le pré­sident Vik­tor Ia­nou­ko­vitch et les re­pré­sen­tants de l’op­po­si­tion. Ce texte pré­voit no­tam­ment le re­tour sous qua­rante- huit heures à la Cons­ti­tu­tion de 2004 qui li­mite les pou­voirs pré­si­den­tiels, la te­nue d’une élec­tion pré­si­den­tielle an­ti­ci­pée d’ici à la fin de l’an­née, la le­vée de l’Etat d’ur­gence ain­si que l’ar­rêt des vio­lences entre les deux parties. Une so­lu­tion po­li­tique ob­te­nue grâce à l’of­fen­sive di­plo­ma­tique me­née par Laurent Fa­bius, mi­nistre des Af­faires étran­gères, ain­si que ses ho­mo­logues al­le­mand et po­lo­nais.

Tout s’était joué la veille. Les trois hommes étaient ar­ri­vés à Kiev jeu­di, à l’aube, pour ten­ter d’ar­rê­ter le bain de sang. Tôt le ma­tin, sous leurs yeux, des bar­ri­cades, de la fu­mée, des scènes de chaos. Un peu se­couée, cette « troï­ka » se rend d’abord à l’am­bas­sade d’Al­le­magne pour ren­con­trer les lea­ders de l’op­po­si­tion dans une « chambre sourde » , à l’abri de sys­tèmes d’écoute in­dis­crets. Les trois di­plo­mates eu­ro­péens fixent les termes de cette mé­dia­tion qu’ils comptent pré­sen­ter au pré­sident ukrai­nien.

nDis­cus­sions

dans une am­biance pe­sante

La ca­pi­tale est à feu et à sang lors­qu’ils se rendent, en fin de ma­ti­née, au pa­lais où se trouve Ia­nou­ko­vitch. Ils sont d’abord contraints de faire de­mi- tour, sans trop sa­voir si les rai­sons de sé­cu­ri­té in­vo­quées par les au­to­ri­tés lo­cales sont réelles où si l’Ukrai­nien cherche à leur faus­ser com­pa­gnie. Trente mi­nutes plus tard, ils dé­cident de faire le for­cing et se rendent au pa­lais, où ils sont loin d’être ac­cueillis à bras ou­verts. « Na­dine de Roth­schild au­rait trou­vé à re­dire au pro­to­cole » , iro­nise un di­plo­mate de haut rang pré­sent sur place.

Dans une am­biance pe­sante, les dis­cus­sions com­mencent. Elles vont du­rer six heures. Des salves de kalachnikovs ré­sonnent non loin. Le prin­ci­pal in­ter­lo­cu­teur est gla­cial. « Avec le pré­sident Ia­nou­ko­vitch, je ne suis pas sûr que vous pas­se­riez vos va­cances. C’est un homme ha­bi­tué au pou­voir, qui ne le par­tage pas, c’est un ré­gime où il y a par ailleurs beau­coup de cor­rup­tion » , a com- men­té Fa­bius hier. Mais l’homme a fi­ni par plier.

Après six heures de trac­ta­tions, la « troï­ka » re­trouve à nou­veau l’op­po­si­tion dans l’après- mi­di. Un ac­cord est proche. En­core faut- il convaincre Ia­nou­ko­vitch d’ac­cep­ter le prin­cipe d’une pré­si­den­tielle an­ti­ci­pée… La na­vette di­plo­ma­tique se pour­suit. A la nuit tom­bée, les trois Eu­ro­péens, qui n’ont rien man­gé de la jour­née, se di­rigent vers le pa­lais pré­si­den­tiel. Les pour­par­lers s’étirent pen­dant huit heures, jus­qu’à hier ma­tin. Ac­cu­lé, Ia­nou­ko­vitch ac­cepte cette feuille de route. De son cô­té, l’op­po- si­tion cherche à convaincre les siens. Car de nom­breux ma­ni­fes­tants consi­dèrent les conces­sions du pou­voir trop faibles au len­de­main du bain de sang qui a en­deuillé la ca­pi­tale. Mais le contact entre les deux parties a été ré­ta­bli. L’of­fen­sive di­plo­ma­tique au­ra por­té ses fruits.

Trois mois de ré­volte

Place de l’In­dé­pen­dance, Kiev ( Ukraine), hier. Un homme se fraie un che­min au mi­lieu de dé­bris en­core en feu.

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