Tou­fik, l’homme fort du­pays

Le Parisien (Paris) - - Politique - AL­GER ( AL­GÉ­RIE) F. G.

l n’existe qu’une seule pho­to de lui. Elle a été pu­bliée dans la presse al­gé­rienne il y a quelques an­nées. « Au dé­part, on ne sa­vait pas trop qui c’était » , as­sure un pho­to­graphe al­gé­rien. A 73 ans, le gé­né­ral Tou­fik Mé­diène, pa­tron des ser­vices secrets ( DRS), souvent pré­sen­té comme l’homme le plus puis­sant du pays, sus­cite crainte et ad­mi­ra­tion par­mi la po­pu­la­tion. « Tout le monde connaît son nom mais rares sont ceux qui l’ont vu ou ont échan­gé quelques mots avec lui » , ra­conte Fay­çal, chauf­feur de taxi. De­puis 1962, le pré­sident al­gé­rien est is­su de l’ar­mée. Son nom est choi­si après une réu­nion se­crète de gé­né­raux, sur­nom­mée le Conclave et pré­si­dée par le fa­meux Tou­fik, for­mé à l’école so­vié­tique. Une co­op­ta­tion qui as­sure au can­di­dat une vic­toire écra­sante. Jus­qu’ici, le groupe par­ve­nait tou­jours à un consen­sus. Mais la ma­la­die de Bou­te­fli­ka a chan­gé la donne. « Tou­fik Mé­diène es­time que le pré­sident n’est pas en état de se re­pré­sen­ter, dé­crypte un an­cien mi­nistre al­gé­rien. Les ser­vices secrets ont di­li­gen­té des en­quêtes pour cor­rup­tion contre l’en­tou­rage du chef de l’Etat. La guerre est dé­cla­rée. » Pro- Bou­te­fli­ka, Amar Saï­da­ni, chef du FLN ( Front de li­bé­ra­tion na­tio­nale), a contreat­ta­qué en ac­cor­dant un en­tre­tien re­ten­tis­sant au site In­ter­net TSA ( Tout sur l’Al­gé­rie). A la stu­pé­fac­tion gé­né­rale, il a de­man­dé la dé­mis­sion du gé­né­ral Mé­diène, l’ac­cu­sant d’avoir noyau­té le pays : « La pré­sence de la sé­cu­ri­té in­té­rieure dans toutes les ins­ti­tu­tions laisse une im­pres­sion que le pou­voir n’est pas ci­vil. Les agents de ce dé­par­te­ment sont par­tout. […] Je ne com­prends pas pour­quoi les té­lé­phones des res­pon­sables sont mis sur écoute. » Des pro­pos désa­voués par la pré­si­dence de­puis. Si Bou­te­fli­ka se re­pré­sente, les ob­ser­va­teurs al­gé­riens es­timent qu’il se­ra ré­élu, grâce à la mo­bi­li­sa­tion de l’ap­pa­reil d’Etat. Mais Tou­fik n’a peut- être pas dit son der­nier mot.

I

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.