Les nou­velles at­taques de di­li­gences

Vols de con­te­neurs, « sau­cis­son­nage » de conduc­teurs, escroquerie pour dé­tour­ner les ca­mions de leur­vé­ri­table des­ti­na­tion. Le vol de fret coû­te­rait près de 30 M€ cha­quean­née.

Le Parisien (Paris) - - Economie - ÉMI­LIE TORGEMEN

Deux heures du ma­tin, la ra­dio cra­chote : « Il y a une at­taque… » Près de Reims, dans le QG de la sé­cu­ri­té rou­tière de la Marne sur l’A 4, le chef d’es­ca­dron Phi­lippe Si­bille énu­mère les faits mar­quants de la soirée « un vé­hi­cule mis en fuite et une ten­ta­tive de vol de mar­chan­dise sur la N31 par une Mé­gane noire » . Uni­forme bleu et mous­taches ré­gle­men­taires, le chef Si­bille nous em­barque dans sa voi­ture ba­na­li­sée jus­qu’à 6 heures. Toute la nuit, nous se­rons en contact ra­dio avec une de­mi- dou­zaine d’équipes dont la puis­sante Mé­gane RS et son pi­lote Ni­co­las Tur­pin.

La bri­gade de la Marne a par­ti­ci­pé au dé­man­tè­le­ment du ré­seau de la Sa­cra Co­ro­na Uni­ta tom­bé en dé­cembre, une ma­fia du sud de l’Ita­lie res­pon­sable de­puis 2011 d’une cen­taine de vols dans des ca­mions sur les par­kings fran­çais de­puis la ré­gion Pa­ca à la Pi­car­die. Un bu­tin es­ti­mé à 2 M€ pour la pé­riode 2012- 2013. Le travail de four­mi de l’es­ca­dron a per­mis en juillet de faire tom­ber le par­rain de Baia Mare, un ré­seau rou­main : près de 70 vols pour une va­leur de 3 M€. nDé­coupes « Le vol de ca­mions est le ter­rain de chasse de bandes or­ga­ni­sées. A chaque at­taque, le pré­ju­dice s’élève de 10 000 € à 3 M€ » , ex­plique le co­lo­nel Pa­trice Bayard, chef de l’Of­fice cen­tral de lutte contre la dé­lin­quance iti­né­rante ( OCLDI). « Cinq pour cent des vols concentrent 45 % du pré­ju­dice to­tal es­ti­mé à plus de

de bâches

29 M€. » Le centre de re­cherche spé­cia­li­sé FreightWatch In­ter­na­tio­nal a re­cen­sé 35 ca­mions ou char­ge­ments dé­cla­rés vo­lés par mois en 2012, soit plus de 400 dans l’an­née contre moins de 300 en 2011.

A cô­té des or­ga­ni­sa­tions cri­mi­nelles, il y a aus­si des vols d’op­por­tu­ni­té. A Reims, la dif­fé­rence est très nette, les aires sur la A 4 bien éclai­rées sont le « ter­rain de jeu de bandes ma­fieuses qui quittent vite le ter­ri­toire une fois leur mé­fait com­mis » , se­lon Phi­lippe Si­bille. Dans les pe­tits par­kings sans lu­mière sur le bas- cô­té de la N4 par exemple, les voleurs qui of­fi­cient sont des lo­caux. Sur une de ces aires de sta­tion­ne­ment, on voit une toile pas­sée au ca­nif, his­toire de je­ter un coup d’oeil. Les « dé­coupes de bâche » re­pré­sentent de loin le mode opé­ra­toire le plus im­por­tant. Se­lon l’OCLDI, les in­ter­cep­tions ne comptent que pour 5,2 % et les dé­tour­ne­ments, 0,7 % seule­ment.

Lors de notre tour­née en Cham­pagne, entre les planques et les tour­nées au mi­lieu des poids lourds en­dor­mis, nous au­rons vé­cu quelques mon­tées d’adré­na­line, no­tam­ment à 4 h 58 quand notre ra­dio an­nonce « une Mé­gane noire avec trois per­sonnes à bord, ce pour­rait être celle que tout le monde re­cherche » , avant de dou­cher nos es­poirs : « On l’a per­due au rond- point Tin­queux. » Peu après, la ca­bine d’un ca­mion s’al­lume, à tra­vers le pare- brise, un chauf­feur fait un brin de toi­lette. Les poids lourds re­prennent la route les uns après les autres.

( LP/ Phi­lippe La­vieille.)

Reims ( Marne), le 12 fé­vrier. Les vols de ca­mion sont es­sen­tiel­le­ment le fait de bandes or­ga­ni­sées.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.