Ces pho­tos que les chefs ne di­gèrent pas

Dans les res­tau­rants étoi­lés, les clients n’hé­sitent pas àdé­gai­ner leur smart­phone pour im­mor­ta­li­ser les plats... et les com­men­ter sur le Net. Une­ma­nie qui hé­risse énor­mé­ment.

Le Parisien (Paris) - - Société - TOURS ( INDRE- ET- LOIRE) De notre cor­res­pon­dant STÉ­PHANE FRA­CHET

C’est une mode ve­nue des Etats- Unis, que les Fran­çais s’ap­pro­prient d’au­tant mieux qu’ils sont fans de res­tos. Le tweet gas­tro est cette ma­nie de prendre en pho­to les plats au res­tau­rant et de les pu­blier sur les ré­seaux so­ciaux, Twit­ter et Ins­ta­gram no­tam­ment, his­toire de faire ba­ver les amis. Aux Etats- Unis, chaque ville a sa com­mu­nau­té. En Eu­rope, le phé­no­mène prend une telle am­pleur que cer­tains chefs com­mencent à s’en aga­cer, au point de vou­loir in­ter­dire les pho­tos. Car­lo Pe­tri­ni l’a même re­bap­ti­sé « food porn » , di­mi­nu­tif de por­no­gra­phie. L’ins­ti­ga­teur du mou­ve­ment Slow Food, qui or­ga­nise un évé­ne­ment tous les deux ans à Tours ( Indre- etLoire), prône les cir­cuits courts et dé­nonce les dé­rives de la mé­dia­ti­sa­tion de la gas­tro­no­mie.

La thé­ma­tique food est le troi­sième su­jet dis­cu­té sur les ré­seaux so­ciaux dans le monde”

Sté­phane Mer­ce­ron, se­cré­taire gé­né­ral de la Cité de la gas­tro­no­mie à Tours

Par cet abus de lan­gage, il com­pare le voyeu­risme des spec­ta­teurs de ci­né­ma por­no à ce­lui des clients de res­tau­rants da­van­tage sou­cieux de réus­sir leur pho­to, voire de se mettre en scène, que de sa­vou­rer leur plat.

« Ça de­vient n’im­porte quoi. Je me suis re­trou­vé avec une blo­gueuse qui avait pris un pi­geon sous un angle tel­le­ment im­pro­bable qu’on pen­sait qu’il n’était pas dé­cou­pé » , s’em­porte Gilles Gou­jon, un chef trois étoiles ins­tal­lé à Font­jon­couse ( Aude), qui dé­fend aus­si son droit à la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle sur la com­po­si­tion de ses as­siettes.

Ré­cem­ment ins­tal­lé à Tours, Gae­tan Evrard, 31 ans, est moins vi­ru­lent. Il re­con­naît avoir été gê­né par des clients qui s’im­pro­visent cri­tiques gas­tro­no­miques, mais il est « im­pos­sible d’in­ter­dire les com­men­taires et les pho­tos sur les ré­seaux so­ciaux » . « Ce­la nous met une pres­sion per­ma­nente en cui­sine, mais c’est pour ça qu’on fait ce mé­tier » , ajoute- t- il. Le but, c’est de bien fi­gu­rer sur TripAd­vi­sor, le site qui est ve­nu concur­ren­cer le Guide du rou­tard et le guide Mi­che­lin.

« C’est le sens de l’his­toire. La thé­ma­tique food est le troi­sième su­jet dis­cu­té sur les ré­seaux so­ciaux dans le monde » , rap­pelle Sté­phane Mer­ce­ron, se­cré­taire gé­né­ral de la Cité de la gas­tro­no­mie à Tours. « Re­gar­dez ce qui se passe avec l’hô­tel­le­rie. De­main, on pour­ra aus­si ré­ser­ver et payer son res­tau­rant avec un smart­phone » , an­ti­cipe- t- il. Alors réus­sir à em­pê­cher les pho­tos...

( AFP/ Caroline.)

La pho­to­gra­phie d’as­siettes de nour­ri­ture est de­ve­nue un vé­ri­table phé­no­mène sur les ré­seaux so­ciaux. De grands cui­si­niers dé­noncent une pres­sion, qui s’ajoute à celle des com­men­taires sur les sites spé­cia­li­sés.

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