A 76 ans, Bou­te­fli­ka se pré­sente une 4e fois

Le pré­sident al­gé­rien, Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka, a le­vé le sus­pense hier en dé­po­sant sa can­di­da­ture pou­run qua­trième man­dat.

Le Parisien (Paris) - - La Une - AL­GER ( AL­GÉ­RIE) De notre en­voyé spé­cial FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka est- il réel­le­ment en état de me­ner cam­pagne ? Alors qu’on ne l’a pas en­ten­du s’ex­pri­mer pu­bli­que­ment de­puis son dis­cours de Sé­tif, en mai 2012, le pré­sident al­gé­rien, ma­lade et fa­ti­gué après un AVC soi­gné au Val- de- Grâce, a of­fi­ciel­le­ment bri­gué, hier, un qua­trième man­dat. Mais comme tout est étrange en Al­gé­rie ces der­niers temps, ce n’est pas lui qui a di­rec­te­ment fait acte de can­di­da­ture. C’est son pre­mier mi­nistre, Ab­del­ma­lek Sel­lal, qui s’est char­gé de l’an­non­cer à la presse lors d’un dé­pla­ce­ment à Oran. Ren­for­çant au pas­sage l’idée que le vieux chef — 77 ans bien­tôt — li­mi­te­ra stric­te­ment ses ap­pa­ri­tions d’ici au scru­tin, pré­vu le 17 avril. Une ano­ma­lie de plus alors que de nom­breuses per­son­na­li­tés et par­tis po­li­tiques se sont dé­jà pro­non­cés pour un boy­cott de l’élec­tion.

« C’est bien simple, per­sonne n’ira vo­ter. Il y au­ra une abs­ten­tion re­cord car la po­pu­la­tion ne sou­hai­te­ra pas s’as­so­cier à cette mas­ca­rade » , pro­nos­tique So­fiane Be­nyou­nés, 42 ans, ani­ma­teur du groupe Fa­ce­book Al­gé­rie de­bout, qui compte plu­sieurs mil­liers d’abon­nés.

Dans les rues d’Al­ger, dif­fi­cile de croi­ser des par­ti­sans d’une ré­élec­tion du chef de l’Etat. « Ce n’est pas la per­son­na­li­té de Bou­te­fli­ka qui est en cause. On le res­pecte, il a beau­coup fait pour la sta­bi­li­té et la paix en Al­gé­rie en lut­tant contre les is­la­mistes. Mais on est en 2014. Par­tout dans le monde les di­ri­geants se re­tirent au bout de deux man­dats. On ne sait même pas où il est, ce qu’il fait, ce qu’il pense. Il est pro­ba­ble­ment ma­ni­pu­lé par son en­tou­rage » , sou­pire Ok­ba, 22 ans, étu­diant en com­merce in­ter­na­tio­nal.

Cer­tains re­doutent des troubles

Croi­sée au mar­ché Meis­so­nier au centre de la ca­pi­tale, Na­dia , avo­cate de 39 ans, est en­core plus cin­glante : « Il est in­apte, tout le monde le sait. Sa san­té est dé­sas­treuse. Ce sont les gé­né­raux cor­rom­pus qui vont en­core s’en­tendre sur le dos de la po­pu­la­tion pour se par­ta­ger les ri­chesses du pays. Il y a de quoi être très, très dé­çue. »

In­quiets, cer­tains dé­ci­deurs éco­no­miques re­doutent des troubles. Une sorte de prin­temps arabe à re­tar­de­ment. « Dans un pays où la li­ber­té de la presse est grande, où les ca­ri­ca­tu­ristes peuvent des­si­ner à la une de leurs jour­naux un Bou­te­fli­ka ha­gard, en fau­teuil rou­lant, et les édi­to­ria­listes par­ler de putsch à pro­pos de la can­di­da­ture du chef de l’Etat, le dé­ca­lage avec l’opa­ci­té du pou­voir de­vient im­mense » , ad­met un an­cien mi­nistre.

Conscients des ten­sions qui tra­versent la so­cié­té, les di­ri­geants al­gé­riens ont ré­cem­ment pris une sé­rie de me­sures pour amé­lio­rer le pou­voir d’achat de la po­pu­la­tion. Les cré­dits à la consom­ma­tion ont ex­plo­sé ain­si que le nombre de voi­tures neuves en cir­cu­la­tion, au point de pro­vo­quer des em­bou­teillages monstres dans la ca­pi­tale à toute heure de la jour­née. Pêle- mêle, le gou­ver­ne­ment a aus­si lan­cé un plan de re­cru­te­ment de 140 000 fonc­tion­naires et dis­tri­bué l’équi­valent de plu­sieurs milliards d’eu­ros d’aides aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales et aux pré­fec­tures. Une fa­çon d’apai­ser la grogne so­ciale avant une élec­tion qui est en train de sus­ci­ter beau­coup d’in­com­pré­hen­sion.

( AP.)

Al­ger ( Al­gé­rie), le 16 juillet 2013. Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka, dont les ap­pa­ri­tions pu­bliques se ra­ré­fient, a char­gé son Pre­mier mi­nistre d’an­non­cer sa can­di­da­ture.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.