« La re­li­gion ne doit pas ac­ca­bler »

Fan­ny, psy­cho­logue pa­ri­sienne d’une tren­taine d’an­nées

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - ROME ( ITA­LIE) De notre cor­res­pon­dante FLO­RA ZANICHELLI

Ce qui est agréable avec le pape Fran­çois, c’est qu’il n’ignore pas l’évo­lu­tion de notre so­cié­té”

Ma­ri­na, re­trai­tée

Hier après- mi­di, place Saint- Pierre, Fan­ny, Thony et En­zo, trois amis pa­ri­siens tren­te­naires, pro­fitent des rayons de so­leil après avoir vi­si­té la ba­si­lique. En ces jours de consis­toire, la place est noire de monde. Si Fan­ny, psy­cho­logue, ne se dit pas sur­prise par le ré­sul­tat de notre son­dage sur les ca­tho­liques et les évo­lu­tions so­cié­tales, En­zo pince les lèvres. « Je suis croyante non pra­ti­quante, sou­rit la jeune femme. Nous vi­vons les choses dif­fé­rem­ment. »

Les deux amis en­gagent la conver­sa­tion, les opi­nions di­vergent : Fan­ny, en tant que femme, sou­hai­te­rait que l’Eglise s’ouvre plus sur la ques­tion de l’IVG, En­zo s’op­pose fer­me­ment à l’ho­mo­pa­ren­ta­li­té. « Je trouve ça im­por­tant qu’un en­fant ait un père et une mère » , in­siste- t- il. Les deux s’ac­cordent sur la né­ces­si­té d’ou­vrir le ma­riage aux prêtres. « La re­li­gion ne doit pas être quelque chose qui ac­cable, pour­suit Fan­ny. Peu­têtre qu’avec la fin du cé­li­bat des prêtres, aus­si, plus de per­sonnes en­tre­raient dans les ordres. »

Dans la file qui mène à la cité pa­pale, Agathe et Mi­chael, couple d’étu­diants de 22 ans, at­tendent pa­tiem­ment. Lui croit mais ne pra­tique pas. Agathe, elle, est is­sue d’une fa­mille très ca­tho­lique : « L’Eglise qui me re­pré­sente doit être to­lé­rante. » Elle pour­suit : « Mais dis­cu­ter le ma­riage de di­vor­cés ou de couples du même sexe se­rait, par exemple, quelque chose d’in­com­pré­hen­sible pour ma mère. » Pour la jeune femme, la so­cié­té est bou­le­ver­sée : « Dans ma fa­mille, j’ai un oncle prêtre et un cou­sin ho­mo. Lorsque ce der­nier a an­non­cé son ho­mo­sexua­li­té à ses pa­rents, ils étaient dé­vas­tés, mais c’est mon oncle qui les a ai­dés à l’ac­cep­ter. »

Quelques mètres plus loin, Amé­lie et Oli­vier tiennent à sou­li­gner la com­plexi­té de la ques­tion. « Est- ce que l’Eglise doit être plus pro­gres­siste ? C’est très dif­fi­cile de ré­pondre, ré­flé­chit Oli­vier, 32 ans. Elle a ses po­si­tions à dé­fendre, elle doit rap­pe­ler les prin­cipes, mais sans les im­po­ser. » Sa com­pagne pré­cise : « Par exemple, on ne veut pas ju­ger les femmes qui re­courent à l’avor­te­ment, ça peut ar­ri­ver, cha­cun fait ce qu’il veut se­lon ses croyances… mais c’est vrai que, pour nous, l’IVG touche des no­tions fon­da­men­tales comme la vie. » Pour Oli­vier, il existe une nou­velle gé­né­ra­tion de ca­tho­liques qui voyage, dis­pose d’une nou­velle ou­ver­ture sur le monde, pour qui les choses sont « moins cloi­son­nées » .

Pour Isa­belle, com­mer­çante ori­gi­naire de Poi­tiers et en week- end à Rome avec son co­pain Bap­tiste, pay­sa­giste, le pape donne in­dé­nia­ble­ment une nou­velle orien­ta­tion à l’Eglise : « Il en donne une image moins tran­chante. Il a ses po­si­tions mais ne juge pas, c’est ap­pré­ciable, no­tam­ment concer­nant l’ho­mo­sexua­li­té. » Le couple a en­core dans la tête ces mots du Saint- Père lan­cés après son voyage au Bré­sil en juillet der­nier : « Si une per­sonne est ho­mo­sexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne vo­lon­té, qui suis- je pour la ju­ger ? »

« Ce qui est agréable avec Fran­çois, c’est qu’il n’ignore pas l’évo­lu­tion de notre so­cié­té » , sou­rit Ma­ri­na, re­trai­tée « un peu croyante seule­ment » , comme elle se qua­li­fie, ori­gi­naire de Lille : « Il fait ré­fé­rence aux ho­mo­sexuels, bap­tise l’en­fant d’une mère cé­li­ba­taire… Ce sont des gestes forts, même pour les non- ca­tho­liques. » Et d’ajou­ter avec ma­lice : « Si l’Eglise conti­nue dans ce sens, je pour­rais presque m’en rap­pro­cher, presque re­ve­nir à la messe… »

( LP/ Flo­ra Zanichelli.)

Cité du Va­ti­can, hier. En­zo, Fan­ny et Thony, ve­nus de Pa­ris, ain­si que Bap­tiste et Isa­belle, ve­nus de Poi­tiers, sont à l’image des ca­tho­liques fran­çais : ils sou­haitent que l’Eglise soit plus pro­gres­siste.

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