Au Sa­lon del’ agri­cul­ture, Hollande ne re­ma­nie pas

Le Parisien (Paris) - - Politique - PHI­LIPPE MARTINAT

« Elle s’appelle Fi­nesse, c’est tout en fi­nesse au­jourd’hui. » En ac­cueillant cha­leu­reu­se­ment Fran­çois Hollande, hier à 7 heures, cet éle­veur qui lui pré­sen­tait sa vache ne croyait pas si bien dire. Le pré­sident de la Ré­pu­blique au­ra en ef­fet ar­pen­té pen­dant sept heures et trente mi­nutes les al­lées du Sa­lon de l’agri­cul­ture, s’ap­pli­quant à apai­ser les ten­sions, tout en tor­dant le cou, sans ja­mais en par­ler ou­ver­te­ment, aux ru­meurs de re­ma­nie­ment du gou­ver­ne­ment.

Dans sa combinaison de travail ha­bi­tuelle — cos­tume- cra­vate, che­mise blanche —, le pré­sident s’est fait un de­voir de ré­pondre aux ques­tions par­fois poin­tues des pro­fes­sion­nels et aux in­quié­tudes des pro­duc­teurs de lait. « Quand les prix baissent en Al­le­magne, ils baissent ici aus­si et, quand ils re­montent en Al­le­magne, ils ne re­montent pas en France » , s’em­porte un agri­cul­teur des Pays de la Loire. Un su­jet que Hollande a dé­jà dé­bat­tu quelques mi­nutes plus tôt à l’ate­lier de traite des vaches. « Même à cet en­droit, qui n’était pas le plus fa­cile pour lui, j’ai sen­ti de la part de ses in­ter­lo­cu­teurs une en­vie d’échan­ger. Le pré­sident a ap­por­té des ré­ponses claires, ce que re­con­naisent les res­pon­sables agri­coles » , com­mente Guillaume Ga­rot, le mi­nistre dé­lé­gué à l’Agroa­li­men­taire. Pas de Bon­nets rouges Fran­çois Hollande est plus tard in­ter­pel­lé par Jean- Pierre Fleu­ry, pa­tron de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale bo­vine ( FNB) : « Vous avez sou­le­vé beau­coup d’es­poirs, mais on a l’im­pres­sion qu’ils ne sont pas ré­com­pen­sés. » Un re­proche sans grande convic­tion et qui n’a pas per­tur­bé une vi­site sans sif­flets ni huées. Les Bon­nets rouges étaient d’ailleurs re­mar­qua­ble­ment ab­sents.

Sans for­cer sa na­ture gour­mande et mal­gré l’heure ma­ti­nale, Hollande sa­cri­fie à la tra­di­tion en dé­gus­tant des mor­ceaux de viande de boeuf et d’agneau grillés, quelques bouts de fro­mage et un verre de vin blanc. « Ah, ça, c’est très bon » , com­pli­mente- t- il. Sur le stand ovin, on le sur­prend à évo­quer le… loup : « Le loup, il faut en par­ler. Moi, j’ai don­néles au­to­ri­sa­tions aux chas­seurs, le loup, il ne faut pas lais­ser faire ! » A 9 heures, quand les portes de la « plus grande ferme d’Eu­rope » s’ouvrent au pu­blic, la marée hu­maine en­va­hit les al­lées. Une femme crie sou­dain : « Hollande, cas­se­toi ! » , avant d’être vite écar­tée. Le pré­sident n’a même pas eu le temps de l’en­tendre et file s’adres­ser aux étu­diants des fi­lières agri­coles. Songe- t- il à son Pre­mier mi­nistre et aux ru­meurs de re­ma­nie­ment qui ont émaillé la se­maine en van­tant les mé­rites de « la du­rée qui fait la confiance » ? En apar­té, un­con­seiller mi­nis­té­riel mur­mure: « Le re­ma­nie­ment, ce ne se­ra pas avant dix se­maines. En at­ten­dant, il faut te­nir. »

Porte de Ver­sailles ( Pa­ris XVe), hier. La vi­site de Fran­çois Hollande au Sa­lon de l’agri­cul­ture a du­ré plus de sept heures.

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