Re­tour­ga­gnan­tauMa­li

Le Parisien (Paris) - - Politique - BA­MA­KO ( MA­LI) De notre en­voyé spé­cial SI­DY KEI­TA

De­puis son ins­tal­la­tion ici, en 2010, Ada­ma Ma­ri­ko, 39 ans, se sent « un autre homme » . Comme tant d’autres avant lui, il a choi­si de quit­ter la France pour re­com­men­cer sa vie dans le pays de ses pa­rents : le Ma­li. « J’ai tout pla­qué du jour au len­de­main. J’avais be­soin de re­trou­ver mes ra­cines, je ne me re­trou­vais plus en France » , ra­conte le na­tif de Cré­teil.

« J’étais un pe­tit gar­çon ti­mide tou­jours à la mai­son et j’avais en­vie de bou­ger » , se sou­vient le jeune ma­rié, qui s’était en­ga­gé dans l’ar­mée à 22 ans. Après une ex­pé­rience dans le mi­lieu spor­tif as­so­cia­tif à L’IleSaint- De­nis, di­rec­tion Ba­ma­ko sans billet re­tour. Avec quelques paires de gants, il com­mence à en­sei­gner la boxe thaïlandaise et le self- dé­fense, peu dé­ve­lop­pés dans la ca­pi­tale.

Cinq mois de bouche à oreille plus tard, le voi­là dans une salle de sport flam­bant neuve où Ma­liens et ex­pa­triés viennent se dé­fou­ler en fin d’après- mi­di, rap à fond dans les en­ceintes. Le reste du temps, il se dé­place pour des cours à do­mi­cile. « Il y a tel­le­ment de choses à faire ici » , sou­pire Ada­ma, qui sou­rit de se sen­tir par­fois plus Fran­çais que ja­mais au Ma­li. « Des fois on m’appelle le Blanc car je garde évi­dem­ment un com­por­te­ment très fran­çais. Ça me fait rire ! » De ce dé­ca­lage, il a fait une force. « Je prends ce qu’il y a de bon en France, ce qu’il y a de bon au Ma­li et je mixe tout ça. »

Sur l’autre rive du fleuve Ni­ger, dans le quar­tier d’af­faires de Ba­ma­ko aux « gou­drons » bor­dés de pal­miers, Dia­dié Sou­ma­ré pia­note sur son or­di­na­teur, che­mise rose im­pec­cable au mi­lieu des meubles et du ma­té­riel in­for­ma­tique blanc im­ma­cu­lé de son Apple Store. « Ça ne marche pas au­tant que je l’au­rais sou­hai­té, mais on at­teint notre seuil de ren­ta­bi­li­té » , ex­plique le fils d’ou- vrier et de femme de mé­nage ori­gi­naires de Kayes, foyer de l’émi­gra­tion ma­lienne en France. « Si on calque le mo­dèle fran­çais, on va droit dans le mur. Les choses sont beau­coup moins for­melles ici, c’est aus­si ce qui fait le charme du Ma­li. » Il pou­vait rê­ver meilleur trem­plin pour une jeune en­tre­prise qu’un coup d’Etat, une in­va­sion ji­ha­diste, puis une guerre. « Main­te­nant, ça se

Notre gé­né­ra­tion veut vivre sa double

culture”

Djou­ma Dra­mé, 23 ans, in­fir­mière sta­bi­lise. C’est très im­por­tant pour les af­faires. »

C’est pour elles qu’il a quit­té la France à 26 ans. « Mon em­ploi était peu mo­ti­vant et le mar­ché du travail était mo­rose, en­core plus quand tu es un jeune noir de ban­lieue. » Le Ma­li n’était pas pour au­tant une ter­ra in­co­gni­ta. En­fant, ses pa­rents l’en­voyaient chaque été au « bled » . « Ils fai­saient ça pour évi­ter qu’on ne tombe dans les tentations de la cité. Ça m’a per­mis d’avoir du re­cul, de me dire : On n’est pas dans les meilleures condi­tions, mais on n’est pas les plus à plaindre. »

Par­mi les proches de Djou­ma Dra­mé en France, au moins quatre veulent suivre son exemple et s’ins­tal­ler au Ma­li. « C’est gé­né­ra­tion­nel. Pour nos aî­nés, l’ave­nir était en France, il fal­lait ren­trer dans le moule. Notre gé­né­ra­tion, au contraire, veut vivre sa double culture » , es­time la sou­riante in­fir­mière de 23 ans, ori­gi­naire de Mon­treuil, « la deuxième ville ma­lienne après Ba­ma­ko, comme on dit » . Ar­ri­vé en France dans les an­nées 1960 pour étu­dier, son père s’as­so­cia fi­na­le­ment pour mon­ter un com­merce de gros. Bien plus tard, sa fille a tra­ver­sé la Mé­di­ter­ra­née en sens in­verse. « En tant qu’in­fir­mière j’avais dé­jà le pro­jet de ve­nir au Ma­li, car je me sens plus utile ici qu’en France. Je suis tom­bée amou­reuse d’un Ma­lien, ça a ac­cé­lé­ré les choses » , ra­conte- t- elle sur un ca­na­pé de sa vil­la, en re­gar­dant sa pe­tite fille.

( LP/ Fabien Offner.)

Djou­ma Dra­mé, in­fir­mière, est ori­gi­naire de Mon­treuil ; Ada­ma Ma­ri­ko, na­tif de Cré­teil. est au­jourd’hui pro­fes­seur de boxe thaïlandaise à Ba­ma­ko.

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