L’UFC- Que choi­sir dis­pose d’une nou­velle arme

Tout juste vo­tée, l’ac­tion de groupe arrive enF­rance. La plus grosse as­so­cia­tion de consom­ma­teurs, forte de cent cin­quante mille adhé­rents, compte bien s’en ser­vir.

Le Parisien (Paris) - - Economie - ER­WAN BE­NE­ZET ET BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

C’est la pe­tite soeur fran­çaise de la « class ac­tion » amé­ri­caine po­pu­la­ri­sée par le film « Erin Bro­cko­vich » dans le­quel Ju­lia Ro­berts, mère re­belle, fait plier des in­dus­triels mal­hon­nêtes. L’ac­tion de groupe vient d’être vo­tée dans le cadre de la loi Ha­mon sur la consom­ma­tion, qui se­ra bien­tôt pro­mul­guée. Une pe­tite ré­vo­lu­tion pour les consom­ma­teurs, qui, s’ils s’es­timent lé­sés, pour­ront dé­sor­mais ré­cla­mer jus­tice en se fai­sant re­pré­sen­ter par une as­so­cia­tion consu­mé­riste. La plus im­por­tante d’entre elles, l’UFC- Que choi­sir, qui de­puis soixante ans s’est construit une so­lide ré­pu­ta­tion grâce à ses tests de pro­duits ( voir ci- des­sous), compte bien se sai­sir de cette nou­velle arme.

Un dis­po­si­tif ré­ser­vé à quelques struc­tures agréées

Comment le dis­po­si­tif va- t- il fonc­tion­ner ? Con­trai­re­ment au Etats- Unis, où l’avo­cat est au coeur de la pro­cé­dure, seule une as­so­cia­tion de consom­ma­teurs agréée par l’Etat pour­ra pour­suivre les en­tre­prises en France. Une ma­nière d’évi­ter que les grands ca­bi­nets d’avo­cats ne pro­fitent du sys­tème. L’as­so­cia­tion sai­si­ra le tri­bu­nal, qui éta­bli­ra en­suite la res­pon­sa­bi­li­té, ou non, de l’en­tre­prise. La France compte quinze as­so­cia­tions de consom­ma­teurs, mais seules quelques- unes ont les reins as­sez so­lides pour par­tir au front. « Dans les faits, on sait bien que quatre ou cinq as­so­cia­tions, à la tête des­quelles l’UFC, le fe­ront » , re­con­naît Thier­ry Da­mien, le pré­sident de Fa­milles ru­rales.

Une in­dé­pen­dance fi­nan­cière né­ces­saire

La mé­ca­nique ne fonc­tion­ne­rait donc pas sans la force de frappe de l’UFC, de­ve­nue, sous l’im­pul­sion d’Alain Ba­zot, son pré­sident de­puis dix ans, une vé­ri­table ma­chine de guerre.

Cent cin­quante mille adhé­rents, ré­par­tis en 154 as­so­cia­tions lo­cales dans toute la France ( sans comp­ter des di­zaines d’antennes), font re­mon­ter les in­for­ma­tions de ter­rain au dis­cret siège du bou­le­vard Vol­taire ( Pa­ris, XIe). C’est là, dans ces lo­caux plu­tôt froids et im­per­son­nels, que sont re­cueillies les plaintes et do­léan- ces de mil­liers de consom­ma­teurs. Bud­get an­nuel : 30 M€, ali­men­té à 90 % par les re­ve­nus du ma­ga­zine « Que choi­sir » et à 5 % par les adhé­sions. Le com­plé­ment pro­vient des 800 000 € de sub­ven­tions de la DGCCRF ( Di­rec­tion gé­né­rale de la concur­rence, de la consom­ma­tion et de la ré­pres­sion des fraudes). De quoi as­su­rer une vraie in­dé­pen­dance fi­nan­cière. « L’UFC n’a au­cune at­tache par­ti­cu­lière, ni po­li­tique, ni par­ti­sane, as­sure un an­cien sa­la­rié. C’est d’ailleurs la seule as­so­cia­tion au monde, à part cer­taines aux Etats- Unis, à être à la fois une as­so­cia­tion na­tio­nale et un groupe de presse. » Une force dont Alain Ba­zot ne sau­rait se conten­ter.

« Nous ne sommes pas suf­fi­sam­ment re­con­nus au ni­veau ins­ti­tu­tion­nel, que ce soit à Ma­ti­gnon ou l’Ely­sée, dé­plore le pré­sident de l’UFC. Mal­gré tous nos ef­forts, le consu­mé­risme n’est pas en­core un grand en­jeu po­li­tique fran­çais. » Pour lui, le com­bat ne fait donc que com­men­cer.

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