A Lyon, aspirateurs et­sèche- linges tes­tés dan­sun la­bo­ra­toire top se­cret

Le Parisien (Paris) - - Economie - De notre en­voyée spé­ciale À LYON ( RHÔNE- ALPES) BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

Une ruche de cin­quante blouses blanches qui s’ac­tivent au mi­lieu d’éton­nants au­to­mates, pour tes­ter dans le plus grand se­cret des di­zaines de fers à re­pas­ser, la­ve­vais­selle et autres ap­pa­reils d’hy­giène et d’en­tre­tien. Un uni­vers tech­no­lo­gique qui fleure bon la les­sive, à mi- che­min entre l’antre de Géo Trou­ve­tou et ce­lui de « Re­tour vers le fu­tur » . Voi­là qui ré­sume ce la­bo­ra­toire pu­blic créé à la fin des an­nées 1950 dont on tai­ra le nom, ain­si que ceux de ses res­pon­sables et sa lo­ca­li­sa­tion pré­cise. Im­pos­sible d’en fran­chir la porte sans res­pec­ter cer­taines règles de confi­den­tia­li­té.

Pour les la­ve­vais­selle, la ma­ti­née est consa­crée à la pré­pa­ra­tion des sa­lis­sures”

Pa­trick, l’un des res­pon­sables

« Nous te­nons à gar­der notre in­dé­pen­dance par rap­port aux fa­bri­cants » , jus­ti­fie l’un des res­pon­sables, Pa­trick*. « Heu­reux et ca­chés » , donc, c’est la phi­lo­so­phie des lieux. A l’in­té­rieur, une di­zaine de tests peuvent se dé­rou­ler en si­mul­ta­né à la de­mande de l’UFC- Que choi­sir, d’in­dus- triels ou d’une ving­taine d’as­so­cia­tions du monde en­tier. Com­men­çons par le royaume des lave- vais­selle qui s’ap­pa­rente à une cui­sine géante. Chaque test ré­pond à une pro­cé­dure par­ti­cu­lière. « Pour les lave- vais­selle, la ma­ti­née est consa­crée à la pré­pa­ra­tion des sa­lis­sures » , ex­plique Pa­trick. En l’oc­cur­rence, une « re­cette mai­son » : 1 g d’épi­nard, 1 g de flo­cons d’avoine et 1 g de jaune d’oeuf, pas­sés pen­dant deux heures dans une étuve à 80 ° C. La mix­ture est soi­gneu­se­ment éta­lée dans chaque as­siette en­suite char­gée, bien sale, dans les ma­chines. Tout est stan­dar­di­sé, scien­ti­fique, afin de res­pec­ter une éga­li­té de trai­te­ment en- tre les ap­pa­reils. Après un pre­mier cycle de la­vage à 15 ° C viennent les éva­lua­tions vi­suelles et au­di­tives. Chaque pa­ra­mètre est re­trans­crit noir sur blanc se­lon un ba­rème : nui­sances au­di­tives, qua­li­té du sé­chage, du la­vage, consom­ma­tion d’eau, d’élec­tri­ci­té, etc. « On tente de s’adap­ter aux styles de vie, à l’évo­lu- tion des ha­bi­tudes fa­mi­liales. Il y a six ans, nous avons ajou­té dans les tests des cas­se­roles sales et des boîtes en plas­tique. Au­jourd’hui, les gens ne veulent plus rien la­ver à la main. »

Dans la pièce d’à cô­té, c’est l’ate­lier des aspirateurs. Un tech­ni­cien est en plein « en­cras­sage » — se­lon l’ex­pres­sion en vi­gueur — de bandes de mo­quettes nor­ma­li­sées en Al­le­magne à l’aide de pous­sière im­por­tée… des Etats- Unis ! Au fond, des di­zaines d’aspirateurs mul­ti­co­lores, traî­neaux, ba­lais, avec ou sans sac, at­tendent leur tour. Quelques pas dans un cou­loir où s’en­tassent des pro­duits d’en­tre­tien et nous voi­là au pa­lais des fers à re­pas­ser. Au pas­sage, on croise un ro­bot dé­nom­mé « au­to­mate de pré­pa­ra­tion de sa­lis­sures de thé » . Pa­trick ex­plique : « On passe notre temps à net­toyer mais, pour net­toyer, il faut trou­ver des moyens de sa­lir. » Et, pour tes­ter les fers à re­pas­ser, il faut « fri­per » . Le la­bo­ra­toire a donc fa­bri­qué des « fri­peuses » de co­ton, po­ly­es­ter, jean. En 2012, pas moins de 1 200 ma­chines en tout genre ont été tes­tées ici. Il y a les de­mandes stan­dards… et les autres. Par­fois ori­gi­nales. Comme cet hur­lu­ber­lu qui avait de­man­dé de dé­ver­ser 70 litres d’un grand cru de vin rouge dans les ma­chines à la­ver… pour voir l’ef­fet pro­duit. Pa­trick s’en rap­pelle, amer : « On en a en­core tous mal au coeur. » * Le pré­nom a été mo­di­fié.

Lyon ( Rhône), le 5 dé­cembre. Un tech­ni­cien teste une es­so­reuse à linge pour vé­ri­fier les in­for­ma­tions four­nies par son fa­bri­cant.

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