8,5 mil­lions d’hy­po­con­driaques

Plus d’un Fran­çais sur dix, soit 13 % se­lon une étude dé­voi­lée au­jourd’hui, dé­ve­loppe une peur ir­rai­son­née d’être at­teint par une ma­la­die, alors qu’il n’en a au­cun symp­tôme. Çase soigne ?

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MA­TEUS

Un trou de mé­moire ? Sans doute un Alz­hei­mer pré­coce. Des four­mis dans le bras gauche ? C’est, sû­re­ment, un in­farc­tus. Un point de cô­té ? Un can­cer du foie qui s’an­nonce… C’est le pa­ra­doxe. A force de vous croire ma­lade en per­ma­nence, vous avez réus­si à dé­ve­lop­per une vraie ma­la­die : l’hy­po­con­drie. Un mal qui est au coeur de « Su­per­con­driaque » , la nou­velle co­mé­die de Da­ny Boon qui y tient le rôle prin­ci­pal et qui sor­ti­ra en salles, mer­cre­di ( lire aus­si p. 38). Si cette ob­ses­sion prête par­fois à sou­rire, elle n’en de­meure pas moins une souf­france pour les in­té­res­sés. Une étude Ifop- Ca­pi­tal Image, ré­vé­lée au­jourd’hui, montre que l’hy­po­con­drie concerne 13 % de la po­pu­la­tion. Peut- on s’en dé­faire ? nUne ex­trême an­xié­té. « L’hy­po­con­drie est une pa­tho­lo­gie, in­siste le pro­fes­seur Jean- Pierre Olié, psy­chiatre et membre de l’Aca­dé­mie de mé­de­cine. Il en existe deux types. L’hy­po­con­drie dé­li­rante, une forme grave mais rare, qui re­pré­sente moins de 1 % des cas. La per­sonne est alors in­ti­me­ment convain­cue qu’elle a le si­da, un can­cer, quoi qu’en disent les exa­mens médicaux. Ce sont des ma­lades men­taux, po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reux parce qu’ils peuvent en vou­loir à leur mé­de­cin et être agres­sifs. » L’im­mense ma­jo­ri­té des autres hy­po­con­driaques sont des su­jets qui n’ar­rivent pas du­ra­ble­ment à se ras­su­rer sur leur état de san­té, mal­gré le diag­nos­tic sé­cu­ri­sant d’un mé­de­cin. C’est une forme ex­trême d’an­xié­té. nMa­la­die mé­dia­ti­sée, ma­la­die re­dou­tée. L’hy­po­con­driaque est fa­cile à reconnaître : c’est ce­lui qui scrute les moindres ma­ni­fes­ta­tions de son corps et les in­ter­prète comme des symp­tômes. Ses craintes peuvent se por­ter sur un or­gane, par exemple le cer­veau, ou sur une fonc­tion, comme l’ap­pa­reil di­ges­tif. Elles peuvent aus­si sur­ve­nir lorsque des ma­la­dies font l’ob­jet d’une cou­ver­ture mé­dia­tique ex­cep­tion­nelle comme le can­cer, lors de l’an­nonce du plan Can­cer, le si­da, pen­dant le Si­dac­tion, la grippe au mo­ment de son pic épi­dé­mique. Se­lon l’étude, réa­li­sée au­près d’un échan­tillon de 1 017 per­sonnes en juillet 2013, cette mé­dia­ti­sa­tion peut dé­clen­cher une pa­nique pour 48 % des hy­po­con­driaques. nNe pas cau­tion­ner, ni ri­di­cu­li­ser. « L’en­tou­rage ne doit pas dire aux hy­po­con­driaques : Mais non, tu n’as rien ! conseille Mi­chèle De­clerck, psy­cho­logue. L’hy­po­con­drie est une vraie ma­la­die psy­chique. Il faut donc les ai­der à com­prendre que ce ne sont pas les mé­de­cins du corps qui pour­ront les ai­der, mais plu­tôt les psys. Cette an­xié­té peut d’ailleurs avoir des consé­quences phy­siques : une rai­deur dans une jambe, des crampes d’es­to­mac, des in­som­nies… C’est pour cette rai­son que je ne suis pas d’ac­cord avec l’idée que l’hy­po­con­driaque n’a pas de symp­tôme. Il a tou­jours un pe­tit quelque chose. » nFaire di­mi­nuer son stress. Pour al­ler mieux, le pro­fes­seur Olié conseille éga­le­ment les tech­niques psy­cho­thé­ra­piques, comme la re­laxa­tion ou la mé­di­ta­tion, voire la thé­ra­pie cog­ni­ti­vo- com­por­te­men­tale qui vise à rem­pla­cer les idées né­ga­tives par des pen­sées en adé­qua­tion avec la réa­li­té. « Amé­lio­rer son hy­giène de vie, en fai­sant du sport par exemple, peut aus­si ai­der à di­mi­nuer son stress. Ne nous in­ter­di­sons au­cune stra­té­gie et, quand le ni­veau d’an­xié­té est trop éle­vé, faites- vous ai­der par votre mé­de­cin. »

( en bas à droite).

Mi­chel Dru­cker, Mi­chel Blanc et Ar­thur ( de gauche à droite et de haut en bas) sont connus pour leur hy­po­con­drie. A l’ins­tar d’un cer­tain nombre d’ar­tistes comme Mar­cel Proust

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