Coup­de­grâ­ce­pour­le­col­lège Cé­ve­nol­duC­ham­bon

Dé­jàen­per­te­de­vi­tesse, l’éta­blis­se­ment­pri­véà­la­re­nom­méein­ter­na­tio­na­lenes’est ja­mais­re­le­véa­prèsl’as­sas­si­natd’une­de­ses­pen­sion­nai­res­pa­ru­né­lève. Il va­fer­mer.

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - LE CHAM­BON- SUR- LI­GNON ( HAUTE- LOIRE) De notre cor­res­pon­dante LOUISE COL­COM­BET

De grands bâ­ti­ments de pierre, po­sés au mi­lieu de vastes prai­ries en­core en­nei­gées et ba­layées par un vent gla­cial. Un gym­nase mo­derne, des ter­rains de ten­nis à l’aban­don, un mo­deste pan­neau en bois gra­vé des mots « col­lège Cé­ve­nol » et, au mi­lieu, des élèves qui dé­am­bulent li­bre­ment, dans ce vaste parc de 15 ha sans murs ni grilles. Ins­tal­lé à 1 000 m d’al­ti­tude en pleine cam­pagne, l’éta­blis­se­ment tient plus du cam­pus à l’amé­ri­caine que du tra­di­tion­nel col­lège- ly­cée, sug­gé­rant d’em­blée une pé­da­go­gie dif­fé­rente. Et c’est aus­si cette spé­ci­fi­ci­té, louée hier et dé­criée au­jourd’hui qui, peut- être, a conduit à l’iné­luc­table. Il y a quinze jours, l’As­so­cia­tion uni­fiée du col­lège Cé­ve­nol ( AUCC), qui gère cette ins­ti­tu­tion pri­vée, a an­non­cé que cette an­née sco­laire se­rait la der­nière, faute d’ins­crip­tions. Un choc pour les ha­bi­tants du Cham­bon et les an­ciens élèves, très at­ta­chés à cet éta­blis­se­ment em­blé­ma­tique.

Créé en 1938 par les pas­teurs Theiss et Troc­mé, il a, comme tout ce bourg de Haute- Loire, ac­cueilli et pro­té­gé de nom­breux élèves et pro­fes­seurs de confes­sion juive pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Fort de sa ré­pu­ta­tion, il a en­suite re­çu en in­ter­nat des en­fants du monde en­tier, mais aus­si des élèves en dif­fi­cul­té sco­laire ou fa­mi­liale. Les ef­fec­tifs sont mon­tés jus­qu’à 500. Cette an­née, les élèves ne sont plus que 87.

En perte de vi­tesse de­puis les an­nées 1990, le col­lège, pla­cé en re­dres­se­ment ju­di­ciaire l’an der­nier, ne s’est ja­mais re­le­vé de la mort tra­gique d’Agnès Ma­rin, une ado­les­cente de 13 ans vio­lée et sau­va­ge­ment as­sas­si­née par un autre élève, Mar­tin*, âgé de 17 ans, le 18 no­vembre 2011. Dès le len­de­main du drame, la res­pon­sa­bi­li­té du di­rec­teur avait été mise en cause par les pa­rents d’Agnès, ou­trés que Mar­tin, dé­jà au­teur d’un viol en 2010, ait pu y être sco­la­ri­sé. L’éta­blis­se­ment a tou­jours main­te­nu avoir igno­ré les dé­tails de son pas­sé ju­di­ciaire. Mais au Cham­bon, beau­coup sont du­bi­ta­tifs.

« Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été très cu­rieux… On leur en veut énor­mé­ment » , in­siste cette élève de ter­mi­nale, qui se sou­vient de sa stu­peur lorsque les gen­darmes sont ve­nus in­ter­pel­ler Mar­tin, en plein cours de sport. « Quand on a ap­pris son pas­sé, c’est comme s’il avait deux vi­sages. Il n’au­rait ja­mais dû être là. » Pour au­tant, la jeune fille re­fuse de condam­ner l’éta­blis­se­ment, qu’elle loue pour ses qua­li­tés pé­da­go­giques et humaines. « Ici, c’est une fa­mille, pas un ly­cée quel­conque… » A son image, l’en­semble des élèves est at­tris­té par cet épi­logue. « C’est dé­so­lant de pen­ser qu’un en­droit aus­si im­por­tant dans l’his­toire va fer­mer » , re­grette Gré­goire, élève de ter­mi­nale ve­nu de Mont­pel­lier ( Hé­rault) pour suivre la sec­tion sport- études ten­nis… qui a éga­le­ment mis la clé sous la porte l’an pas­sé. « Il y a ici un es­prit de res­pect et de to­lé­rance in­croyable » , pour­suit le jeune homme, qui as­sure : « Tous les élèves se connaissent et s’apprécient, alors qu’ils viennent de tous les coins du monde. Al­lez trou­ver ça ailleurs… » Même en­thou­siasme chez Sé­lim, un Fran­co- Egyp­tien sco­la­ri­sé en se­conde, ren­voyé de son pré­cé­dent ly­cée au Caire. « J’ai vé­cu des mo­ments ma­giques ici ! Et de­puis que je suis ar­ri­vé, je me suis re­mis à tra­vailler. Il faut dire qu’on n’est pas très nom­breux par classe, c’est un co­con. »

Mais pour beau­coup d’ha­bi­tants du Cham­bon, pour­tant meur­tris par cette fer­me­ture, le Cé­ve­nol fait au­jourd’hui les frais d’un cer­tain laxisme né dans les an­nées 1980. « Les gosses de riches n’étaient pas ren­voyés car les pa­rents payaient… Et puis les frais sont de­ve­nus trop chers pour les en­fants du coin, qui sont par­tis vers le pu­blic. C’est l’ar­gent qui a tout pour­ri » , tance Oli­vier, an­cien élève puis sur­veillant. Un

C’est dé­so­lant de pen­ser qu’un

en­droit aus­si im­por­tant dans l’his­toire va fer­mer”

Gré­goire, élève de ter­mi­nale constat par­ta­gé par cette ex- in­fir­mière, qui a quit­té ses fonc­tions au mi­lieu des an­nées 1990. « C’est tout juste s’il ne fal­lait pas ap­por­ter la pi­lule du len­de­main aux jeunes filles le ma­tin. Il y avait vrai­ment du lais­ser- al­ler, et la ges­tion fi­nan­cière était ca­tas­tro­phique. C’est ter­rible, car c’est un lieu my­thique, mais c’est il y a vingt ans qu’il au­rait fal­lu agir. » De fait, la re­prise par une nou­velle équipe n’au­ra pas suf­fi à re­lan­cer l’éta­blis­se­ment, d’au­tant que la cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion a été éclip­sée par le pro­cès de Mar­tin en juin der­nier. « C’est triste » , dit Mu­riel, dont la fille, à son grand re­gret, a pré­fé­ré s’ins­crire dans un ly­cée pu­blic du sec­teur. « J’ai de fa­bu­leux sou­ve­nirs là- bas. Mais jus­te­ment, ce sont des sou­ve­nirs… » * Le pré­nom a été chan­gé, l’au­teur étant mi­neur au mo­ment des faits.

Le Cham­bon- sur- Li­gnon ( Haute- Loire). Le col­lège Cé­ve­nol, où a eu lieu le meurtre de la jeune Agnès Ma­rin

en 2011, ne compte plus que 87 élèves.

Fré­dé­ric Ma­rin veut que la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment rende des comptes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.