Ver­rat­ti, iti­né­raire d ’un en­fant

Avec Ma­tui­diet Mot­ta, Marco Ver­rat­ti af­firme tou­te­sa clas­seau­sein du­mi­lieu pa­ri­sien. Voyage auxo­ri­gines du­gé­niedes Abruzzes.

Le Parisien (Paris) - - Sports - RO­NAN FOLGOAS

De­puis son ar­ri­vée au PSG en juillet 2012, Marco Ver­rat­ti n’avait ja­mais brillé avec au­tant d’éclat que lors de ces der­nières se­maines. Sa pres­ta­tion en Ligue des cham­pions mar­di, face au Bayer Le­ver­ku­sen, a été une dé­mons­tra­tion, et le match face à Tou­louse cet après- mi­di pro­met en­core un nou­veau ré­ci­tal. Mais où donc at- il pui­sé ce concen­tré unique de cu­lot et de ta­lent ?

Pour com­prendre la gé­néa­lo­gie du gé­nie, il faut re­gar­der du cô­té de Ma­nop­pel­lo, dans les Abruzzes, une ré­gion du centre de l’Ita­lie. La fa­mille Ver­rat­ti ha­bite de­puis plu­sieurs gé­né­ra­tions dans ce vil­lage de 6 000 âmes si­tué entre mer et mon­tagne. Après avoir fait car­rière dans l’as­su­rance, le grand­père de Marco, Don Igna­zio, en est de­ve­nu le maire. Il a élu do­mi­cile au centre de la com­mune, dans une mai­son tra­di­tion­nelle de deux étages, vieille de plu­sieurs siècles. Il ha­bite seul au rez- de- chaus­sée.

Son fils Fa­bri­zio, em­ployé dans l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale, oc­cupe le reste de la grande mai­son­née avec sa femme, Li­dia, et leurs deux gar­çons. Ste­fa­no est l’aî­né, Marco le ca­det. Faute de jar­din pour jouer, les deux frères se dé­foulent en im­pro­vi­sant des matchs de foot en un contre un dans le cou­loir qui mène à leur chambre.

« Au tout dé­but, Marco ne mon­trait pas de dis­po­si­tions par­ti­cu­lières, se sou­vient Ste­fa­no, qui vit au­jourd’hui à Pa­ris à ses cô­tés. Mais à par­tir de 6 ans, il a com­men­cé à m’éner­ver. J’étais obli­gé de le pous­ser pour lui re­prendre le ballon. J’avais pour­tant cinq ans de plus que lui… »

Un sur­doué du foot gran­dit à Ma­nop­pel­lo et la ru­meur ne tarde pas à se ré­pandre dans la ré­gion. Les di­ri­geants du club de Pes­ca­ra se pen- chent très tôt sur le dos­sier Ver­rat­ti. Ils contactent la fa­mille à plu­sieurs re­prises, mais Marco re­fuse obs­ti­né­ment de quit­ter ses co­pains. Con­trai­re­ment à beau­coup d’Ita­liens, Fa­bri­zio ne fait pas du football une deuxième re­li­gion. Pas ques­tion de brus­quer les choses. Ce n’est qu’à l’âge de 13 ans que Mar­co­li­no fi­nit par quit­ter son vil­lage.

En­suite, tout s’ac­cé­lère. Après deux sai­sons éblouis­santes en équipe de jeunes, le grand AC Mi­lan lui dé­roule le ta­pis rouge pour l’in­té­grer au centre de for­ma­tion. Tout le monde semble d’ac­cord. « Dans un bu­reau de Mi­lan, juste avant de faire la vi­site mé­di­cale, Marco s’est mis à pleu­rer, se sou­vient en­core Ste­fa­no, son aî­né. Il ne vou­lait plus quit­ter Pes­ca­ra. C’était sa ville, sa ré­gion. Je lui ai dit : Tu es fou, ce genre de train ne passe pas deux fois. Fi­na­le­ment, il a sans doute bien fait. »

La peur du chan­ge­ment, du dé­ra­ci­ne­ment et de l’iso­le­ment ? En fait rien de plus na­tu­rel pour un ado­les­cent amou­reux de Laura, une jo­lie fille ori­gi­naire comme lui de Ma­nop­pel­lo. Plu­sieurs an­nées plus tard, les deux tour­te­reaux vivent tou­jours en­semble dans leur co­con de Neuilly­sur- Seine. En­ceinte de huit mois, Laura ac­cou­che­ra d’un gar­çon d’ici à la fin mars.

Après cette spec­ta­cu­laire volte- face, Ver­rat­ti re­joint au mois d’août 2008, à 15 ans et de­mi, l’équipe pre­mière de Pes­ca­ra, qui évo­lue alors en troi­sième di­vi­sion ita­lienne. Son père doit si­gner une dé­charge pour que son fils joue avec les adultes. Les pre­miers mois sont un peu rudes. Marco n’a pas ache­vé sa crois­sance et il lui faut en­cais­ser des charges de travail sans rap­port avec sa ré­sis­tance mus­cu­laire. Les ge­noux trinquent et il doit se faire opé­rer d’un mé­nisque.

Ver­rat­ti ré­ap­pa­raît sur les ra­dars

Il ne vou­lait plus quit­ter Pes­ca­ra. C’était sa ville,

sa ré­gion”

Ste­fa­no Ste­fa­no Ver­rat­ti, Ver­rat­ti, son son frère frère

du foot ita­lien en août de l’an­née sui­vante. Remplaçant lors du pre­mier match de la sai­son face à Ri­mi­ni, il entre à quelques mi­nutes de la fin. Au bout d’une course d’une tren­taine de mètres, balle au pied, et d’une sé­rie de cro­chets, il dé­sta­bi­lise deux dé­fen­seurs et ins­crit le pre­mier but de sa car­rière pro­fes­sion­nelle.

La chance du dé­bu­tant ? De­puis ce jour bé­ni, il y a plus de quatre ans et de­mi, Marco n’a ré­ci­di­vé qu’une seule fois en club ( avec Pes­ca­ra) et à deux re­prises en sé­lec­tion ita­lienne des moins de 21 ans. Au PSG, il n’a en­core ja­mais mar­qué.

« C’est son seul dé­faut, es­time Eu­se­bio Di Fran­ces­co, son en­traî­neur lors de la sai­son 2010- 2011. Sa frappe de balle manque de puis­sance. A part ça, il fait tou­jours preuve d’un cu­lot in­croyable. A Pes­ca­ra ou à Pa­ris, c’est comme s’il jouait à chaque fois de­vant sa mai­son. Il a tou­jours ten­té des dribbles de­vant sa sur­face de ré­pa­ra­tion. Ce n’est pas nou­veau. Et quand je le re­vois faire ces gestes au Parc des Princes, ce­la me donne le sou­rire. Je me dis qu’il n’a pas chan­gé. »

Alors que sa car­rière épouse une courbe as­cen­sion­nelle et que se pro-

Il a tou­jours ten­té des dribbles de­vant sa sur­face

de ré­pa­ra­tion” Eu­se­bio Di Fran­ces­co, son coach

lors de la sai­son 2010- 2011

file le dé­but de la pa­ter­ni­té, Marco Ver­rat­ti reste donc le même. Un drôle de lu­tin, gé­nial et fa­cé­tieux, qui re­chigne à gran­dir trop vite.

De son vil­lage de Ma­nop­pel­lo ( ici à 4 ans, en route pour l’école avec son grand frère) à la Ville- Lu­mière, en passant par Pes­ca­ra ( ici lors de la sai­son 2011- 2012), Marco Ver­rat­ti a connu une ascension ful­gu­rante. A 21 ans...

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