C’est le John­ny por­tu­gais

Au Por­tu­gal, c’est une star. To­ny Car­rei­ra fait aus­si un ta­bac dans la com­mu­nau­té lu­so­phone de France. Son nouvel album, en fran­çais, sor­ti le 10fé­vrier, dé­marre fort.

Le Parisien (Paris) - - Mon Dimanche - ÉRIC BU­REAU

Trem­blez Fré­dé­ric, Frank, Ju­lio : il y a un nou­veau dans la course. Sou­rire de com­pé­ti­tion, voix de ve­lours, rou­cou­lades im­pa­rables, phy­sique im­pec­cable, et seule­ment 50 prin­temps, To­ny Car­rei­ra fait une en­trée to­ni­truante dans la chan­son ro­man­tique à la fran­çaise. Son pre­mier album dis­tri­bué dans l’Hexa­gone, « Nos Fian­çailles, France/ Por­tu­gal » , a fait la meilleure en­trée des ventes d’al­bums cette se­maine ( 10000 ache­teurs). Mal­gré la pré­sence de Mi­chel Sar­dou, Serge Lama, Da­ny Brillant ou Vincent Ni­clo au cas­ting de ce disque de duos bi­lingues, mal­gré la sé­lec­tion de clas­siques du ré­per­toire fran­co­phone — « Mi­chèle » , « Une île » , « En chan­tant » , « Sous le vent » — , on doit avant tout ce phé­no­mène à la mo­bi­li­sa­tion des Por­tu­gais de France. Une com­mu­nau­té de quelque 1,2 mil­lion de per­sonnes, pour qui To­ny Car­rei­ra est une star de la trempe des foot­bal­leurs Luis Fi­go et Cris­tia­no Ro­nal­do — qu’il compte d’ailleurs par­mi ses amis.

« Ce qui me fait le plus plai­sir, ce sont les mes­sages de mes com­pa­triotes de France qui me disent qu’ils sont fiers de moi, avoue To­ny Car­rei­ra lors­qu’on le ren­contre. Car je suis un en­fant de cette com­mu­nau­té. » Cet album bi­lingue est en fait un re­tour aux sources pour le chan­teur, qui vit à Lis­bonne mais a gran­di à Dour­dan, dans l’Es­sonne, et a débuté sa car­rière dans les bals et les fêtes por­tu­gaises de ré­gion pa­ri­sienne.

A 12 ans, j’ai eu un choc en voyant Mike Brant à la té­lé”

Comme beau­coup de fa­milles lu­so­phones, les pa­rents d’Antó­nio Ma­nuel Ma­teus An­tunes — son vrai nom— ont fui la dic­ta­ture de Sa­la­zar dans les an­nées 1960. « A Dour­dan, mon père était ma­çon et ma mère femme de mé­nage, ra­conte- t- il. Mais l orsque j e l es ai r ejoints à 10 ans, j’ai eu l’im­pres­sion de vivre le rêve amé­ri­cain. Au bout de quatre mois, je par­lais fran­çais. Et à 12 ans, j’ai eu un choc en voyant Mike Brant à la té­lé : je se­rai chan­teur. »

Le pe­tit Antonio a quit­té l’école à 16 ans pour faire une for­ma­tion de bou­cher, puis tra­vailler dans une usine de char­cu­te­rie. « Et j’ai com­men­cé à faire les bals les week- ends, comme chan­teur et gui­ta­riste avec mon frère et mes cou­sins. Je tra­vaillais le jour et ma femme, Fer­nan­da, la nuit à l’usine. On se re­layait pour s’oc­cu­per de notre bé­bé. C’était dur, j’ar­ri­vais souvent en re­tard le lun­di au bou­lot. Mais c’était une ga­lère heu­reuse. »

C’est là, aus­si, qu’il a ap­pris le mé­tier. « L’école de la per­sé­vé­rance, ré­sume- t- il. Car la suite n’a pas été fa­cile. Mes quatre pre­miers al­bums, ma ten­ta­tive à l’Eu­ro­vi­sion en 1988 ont été des fias­cos. Je pen­sais lais­ser tom­ber lors­qu’une nou­velle mai­son de disques a mi­sé sur moi. Elle m’a pro­po­sé une avance fi­nan­cière énorme. Je leur ai pro­po­sé de mettre cet ar­gent dans l’en­re­gis­tre­ment. Et, en 1993, ça a en­fin mar­ché ! »

Vingt ans et une quin­zaine de disques plus tard, chaque album se vend au Por­tu­gal à 150 000 exem­plaires, ce qui est énorme. Il rem­plit les stades, les fêtes de vil­lage… « En 2009, j ’ a i même r as­sem­blé 700 000 per­sonnes dans le centre de Lis­bonne, pré­cise- t- il, sans for­fan­te­rie. Plus que le pape ! » Le chan­teur fi­gure même dans le livre Gui­ness des re­cords pour la per­for­mance la plus ap­plau­die de tous les temps. « C’est le seul chan­teur de va­rié­té por­tu­gais à s’ex­por­ter, pré­cise Na­ta­cha Gomes de Li­ma, de Ra­dio Al­fa, la sta­tion lu­so­phone de France. Il s’est pro­duit aux Etats- Unis, en Gran­deB­re­tagne, comme les stars du fa­do. »

Les Car­rei­ra, au Por­tu­gal, c’est la fa­mille royale”

La chan­teuse Ang­gun « C’est le John­ny por­tu­gais, ou El­vis, tant il est ado­ré, adu­lé, ren­ché­rit Ang­gun, qui chante sur son album. Je l’ai vu si­gner des au­to­graphes non- stop jus­qu’à 5 heures du ma­tin après un concert ! Les Car­rei­ra, au Por­tu­gal, c’est la fa­mille royale. Il n’y a pas un jour sans qu’on ne les voie dans les jour­naux. »

Une fa­mille en or à la­quelle Mi­chel Dru­cker va consa­crer, le 2 mars, un « Vi­ve­ment di­manche » . Car ses deux fils marchent sur ses traces : Mi­chael, 27 ans, tente sa chance au Mexique dans un ré­per­toire la­ti­no, et Da­vid, 22 ans, est par­ti lui aus­si à la conquête de la France, mais dans une veine pop ur­baine. Ce der­nier a dé­jà sé­duit les ra­dios avec « Obrigado la fa­mille » et pré­pare son pre­mier album pour le 19 mai avec Tal, les rap­peurs Tunisiano et Mo­ko­bé, Snoop Dogg… « C’est gé­nial de faire la pro­mo en France avec mon père, sou­rit Da­vid. Je passe plus de temps avec lui que quand j’étais ga­min. Mon pro­chain ob­jec­tif, c’est de lui faire chan­ter du rap. Mais… il pré­fère AC/ DC. »

Pa­ris ( VIIIe), mar­di. A 50 ans, To­ny Car­rei­ra, qui a long­temps vé­cu en France avant de s'ins­tal­ler à Lis­bonne, pré­pare une tour­née des Zé­nith pour cet au­tomne.

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