Au­bi­vouac del’em­pe­reur

Le Parisien (Paris) - - Mon Dimanche -

Le pa­lais Fesch porte le nom de l’oncle ma­ter­nel de l’em­pe­reur, le car­di­nal Fesch. On dit que, si Na­po­léon n’avait pas ab­di­qué, ce­lui­ci, dé­jà pri­mat des Gaules, se­rait de­ve­nu pape. Son pa­lais, conçu au XIXe siècle par l’homme d’Eglise comme « un ins­ti­tut des arts et des sciences » pour édu­quer les jeunes Corses, abrite une ex­tra­or­di­naire col­lec­tion de pein­tures, dont un Ti­tien mais aus­si, de­puis quelques jours, une ex­po­si­tion aty­pique et ori­gi­nale, « le Bi­vouac de Na­po­léon - Luxe im­pé­ria­len cam­pagne » .

On y dé­couvre l’unique tente qui a sur­vé­cu aux opé­ra­tions mi­li­taires de l’em­pe­reur. Fa­bri­quée en 1808 par le ta­pis­sier Pous­sin, uti­li­sée en Espagne, elle a été conser­vée au Mo­bi­lier na­tio­nal. Un mi­racle, car la toile ici re­cons­ti­tuée et ten­due, avec son N, a dor­mi pen­dant deux siècles avec pi­quets et maillets dans des sacs et des coffres. La re­cons­ti­tu­tion fi­dèle de la « chambre » de l’em­pe­reur sur les champs de ba­taille, avec son lit, son bu­reau, sa lampe, son fau­teuil, consti­tue une pre­mière. Le Mo­bi­lier na­tio­nal, qui prête tout un en­semble de pièces, ex­hume ce patrimoine mi­li­taire de­puis deux ou trois ans seule­ment. L’his­toire de France par le pe­tit bout de la lor­gnette, mais la vraie, celle du vain­queur d’Aus­ter­litz, qui ne quit­tait ja­mais son cou, comme un pen­den­tif, pour suivre les com­bats.

« Na­po­léon ne dor­mait ja­mais dans un autre lit que le sien » , sou­rit Phi­lippe Cos­ta­ma­gna, di­rec­teur du pa­lais Fesch. Il l’em­me­nait par­tout. C’est même de­ve­nu son lit de mort à Sainte- Hé­lène, comme en at­teste une lithographie, réa­li­sée qua­torze heures après son dé­cès, le 5 mai 1821. Et quel lit ! Pliant, d’une seule pièce, avec des char­nières pour fa­ci­li­ter le trans­port. Mi­li­taire, mais pas spar­tiate : l’em­pe­reur dor­mait sur plu­sieurs ma­te­las em­pi­lés, l’un de crin, l’autre en laine, sous un lit de du­vet de Hollande, le tout taillé dans les meilleurs co­tons. Aux an­ti­podes des condi­tions de vie de ses gro­gnards, qui dor­maient à la belle étoile, dans leur uni­forme.

Après une nuit de pluie bat­tante, ils par­tirent ain­si com­battre et mou­rir à Wa­ter­loo trem­pés jus­qu’aux os. Bo­na­parte ne vou­lait pas de tentes pour eux afin que l’en­ne­mi ne puisse pas comp­ter les t roupes. Mieux qu’un film, cette ex­po­si­tion plonge dans la tête, le corps et la tente du gar­dien de l’Em­pire. Ou plu­tôt quatre tentes réunies pour recréer un appartement im­pé­rial sur les plaines en­ne­mies, avec son fa­meux fau­teuil — abî­mé par un membre du per­son­nel du musée lors de l’ins­tal­la­tion de l’ex­po mais res­tau­ré en ur­gence.

Des ta­bleaux, prê­tés no­tam­ment par Ver­sailles, ain­si que des do­cu­ments d’époque com­plètent l’ex­po­si­tion, comme cette fac­ture de 1 556 F pour les four­ni­tures de Na­po­léon. Ou cette cas­se­role, ou plu­tôt « sau­teuse » , or­née de la lettre N, uti­li­sée pour le nour­rir. La Grande Ar­mée vue par les pe­tits dé­tails.

Na­po­léon ne dor­mait ja­mais dans un autre lit

que le sien”

Phi­lippe Cos­ta­ma­gna, di­rec­teur du pa­lais Fesch

Pa­lais Fesch, Ajac­cio ( Corse- du- Sud). Cette pein­ture re­pré­sente le bi­vouac de Na­po­léon Ier sur le champ de ba­taille de Wa­gram dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809.

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