Mon amour ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus”

Le Parisien (Paris) - - Mon Dimanche - CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

Avec sa mort, c’en est fi­ni pour plu­sieurs mois des FTP- MOI, ces ré­sis­tants étran­gers, tous com­mu­nistes et pour la plu­part juifs, qui dé­fiaient de­puis deux ans l’oc­cu­pant na­zi en ré­gion pa­ri­sienne. Une lutte achar­née, sans is­sue, hé­roïque, nour­rie par la haine du na­zisme et un amour in­con­di­tion­nel de cette France des droits de l’homme. Beau­coup, par­mi eux, n’ont pas 20 ans.

De­puis que les rafles ont dé­por­té leurs pa­rents, leurs frères et soeurs, ils vivent sous de faux noms. Ol­ga en a deux : Ma­rie Le­bon et Alice Mon­tia. Mais, au sein des FTP- MOI, c’est Pier­rette, ma­tri­cule 10.011. Vivre ca­chée ne lui fait pas peur. Ap­pren­tie ma­te­las­sière à 12 ans dans sa Bes­sa­ra­bie na­tale, cette fille de pe­tits fonc­tion­naires par­ti­cipe très tôt à une grève, ce qui lui vaut d’être em­pri­son­née et pas­sée à ta­bac. Plu­sieurs fois ar­rê­tée, tra­quée par la po­lice rou­maine pour ses ac­ti­vi­tés syn­di­cales, elle s’exile en France en 1938. Pa­ral­lè­le­ment à des études de lettres, elle par­ti­cipe à l’en­voi d’armes aux ré­pu­bli­cains es­pa­gnols. La guerre est per­due, mais elle y trouve l’amour : Alexandre Jar, un sol­dat des Bri­gades in­ter­na­tio­nales, juif rou­main comme elle. Ils donnent nais­sance en mai 1939 à une fille pré­nom­mée Do­lo­rès, en hom­mage à la Pa­sio­na­ria, la com­mu­niste Do­lo­rès Ibar­ru­ri. Ol­ga à sa fille Do­lo­rès avant d’être exé­cu­tée

Pen­dant les heures sombres de l’oc­cu­pa­tion al­le­mande, ils doivent la confier à une fa­mille fran­çaise et dé­cident de vivre sé­pa­ré­ment, pour plus de sé­cu­ri­té. Au sein des FTP- MOI, Ol­ga est res­pon­sable du dé­pôt et du trans­port des armes de poing ou des pe­tites bombes ar­ti­sa­nales, qu’elle dis­si­mule le plus souvent dans un lan­dau. Elle par­ti­cipe à une cen­taine d’opé­ra­tions an­ti- al­le­mandes au sein du groupe Ma­nou­chian. « Ils n’exé­cu­taient ja­mais des Fran­çais, même les pires col­la­bos. En tant qu’étran­gers, ils ne vou­laient pas heur­ter l’opi­nion » , ex­plique l’his­to­rien De­nis Pes­chans­ki*. Dé­but 1943, les rangs des FTP ont été dé­ci­més. Ils ne sont plus que 65, tra­qués par les bri­gades spé­ciales de la po­lice pa­ri­sienne. En sep­tembre, un com­man­do abat Ju­lius Rit­ter, le res- pon­sable du STO ( ser­vice du travail obli­ga­toire) en France. Der­nier coup d’éclat avant l’ar­res­ta­tion du ré­seau clan­des­tin, le 16 no­vembre.

Le jour­na­liste Be­noît Rays­ki, fils d’un grand ré­sis­tant des FTP, a pu re­cons­ti­tuer les der­nières heures d’Ol­ga Ban­cic. Et cette ul­time lettre adres­sée à la Croix- Rouge, qu’elle jette lors de son trans­fert à Stutt­gart, la veille de son exé­cu­tion. Un mes­sage d’adieu à Do­lo­rès. «

Mon amour ne

pleure pas, ta mère ne pleure pas non

plus. Je meurs avec la conscience

tran­quille et avec toute la convic­tion

que de­main tu au­ras une vie et un ave­nir plus heu­reux que ta mère. Sois fière de ta mère mon pe­tit amour.

»

* « Des étran­gers dans la Ré­sis­tan-

ce » , Edi­tions de l’Ate­lier.

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