Ma­nif an­ti- aé­ro­port : scènes de gué­rilla ur­baine à Nantes

De vio­lents heurts ont op­po­sé les forces de l’ordre et les ma­ni­fes­tants ve­nus pro­tes­ter contre le pro­jet de Jean- Marc Ay­rault.

Le Parisien (Paris) - - La Une - NANTES ( LOIRE- AT­LAN­TIQUE) De notre cor­res­pon­dant PIERRE- BAP­TISTE VANZINI

La ma­ni­fes­ta­tion contre l’aé­ro­port de Notre- Dame- des- Landes, qui se vou­lait « fes­tive et fa­mi­liale » , se­lon les or­ga­ni­sa­teurs, a dé­gé­né­ré hier après- mi­di en ba­taille ran­gée entre forces de l’ordre et grou­pus­cules « de l’ul­tra- gauche et des au­to­nomes » , comme les a dé­crits Ma­nuel Valls. Six po­li­ciers ont été bles­sés. Des vio­lences « in­to­lé­rables » , a condam­né le mi­nistre de l’In­té­rieur, met­tant en cause l’ac­tion d’ « un mil­lier d’in­di­vi­dus » et « cette ul­tra- gauche, et ces Black Bloc, qui sont ori­gi­naires de notre pays mais aus­si de pays étran­gers » . Et de pro­mettre « une ré­ponse par­ti­cu­liè­re­ment dé­ter­mi­née de l’Etat » . S’ex­pri­mant sur un tout autre re­gistre — et bien avant les heurts de Nantes —, la mi­nistre éco­lo­giste du Lo­ge­ment, Cé­cile Du­flot, dé­cla­rait hier dans « le Monde » que, si elle n’était pas mi­nistre, elle sou­tien­drait « plu­tôt deux fois qu’une » les an­ti- aé­ro­port, se di­sant « de coeur avec eux » … Des ac­tions bien pré­pa­rées Ca­gou­lés, mas­qués, gri­més, ces op­po­sants ra­di­caux, 1 000 se­lon la pré­fec­ture, ont vi­sé les sym­boles de l’au­to­ri­té de l’Etat mais aus­si Vin­ci, le conces­sion­naire de l’aé­ro­port de Notre- Dame- des- Landes. Une agence du géant du BTP a été sac­ca­gée, tout comme la bou­tique de la TAN, les tran­sports en com­mun nan­tais, ain­si qu’une agence de pro­mo­tion du dé­par­te­ment de Loire- At­lan­tique. « Qu’est- ce que vous faites, c’est n’im­porte quoi, ça n’a rien à voir avec l’aé­ro­port ! » lance une ma­ni­fes­tante éba­hie par le spec­tacle de deux jeunes s’en pre­nant à une vi­trine à coups de barre de fer. Elle se fait sè­che­ment écon­duire tan­dis qu’à une di­zaine de mètres de là la salle de re­pos des conduc­teurs de tram­way est in­cen­diée. La re­prise de la cir­cu­la­tion des tram­ways s’an­nonce dif­fi­cile : le mo­bi­lier a été dé­gra­dé et des pa­vés des­cel­lés pour ser­vir de pro­jec­tiles. Le GIPN a aus­si dû in­ter­ve­nir pour pro­té­ger un com­mis­sa­riat pris pour cible.

Cette vio­lence semble avoir été soi­gneu­se­ment or­ga­ni­sée, cer­tains cas­seurs chan­geant plu­sieurs fois de te­nue. D’autres étaient équi­pés de deux paires de gants pour être sûrs de ne lais­ser au­cune trace sur les fu­sées de dé­tresse, les feux d’ar­ti­fice et les pro­jec­tiles lan­cés sur les forces de l’ordre.

« Tout était pré­pa­ré pour l’af­fron­te­ment, et je le re­grette, parce que ça des­sert com­plè­te­ment notre cause » , dé­plore Fran­çoise Ver­chère, conseillère gé­né­rale ( Front de gauche) de Loire- At­lan­tique et op­po­sante his­to­rique au pro­jet. « Ces dé­bor­de­ments ne doivent pas pa­ra­si­ter le mes­sage que nous dé­li­vrons, cet aé­ro­port est in­utile et ne doit pas se faire, ce ne sont pas ces vio­lences qu’il faut re­te­nir » , a ré­agi Pas­cal Du­rand, l’ex- nu­mé­ro 1 d’Eu­rope Eco­lo­gie- les Verts, en s’ex­tra­yant d’un nuage de gaz la­cry­mo­gène.

Après la dis­per­sion et le dé­part des quelque 500 tracteurs ve­nus de tout le Grand Ouest, les der­niers ma­ni­fes­tants ra­di­caux ont été re­pous­sés à coups de ca­non à eau et de gaz la­cry­mo­gène vers l’ouest de la ville, où ils se sont dis­per­sés. La ville de Nantes était in­ca­pable, hier soir, de chif­frer les dé­gâts.

Pa­vés des­cel­lés, jets de fu­sées, vi­trines bri­sées... Mille op­po­sants ra­di­caux, se­lon la pré­fec­ture, ont vio­lem­ment pris à par­tie les forces de l’ordre en marge de la ma­ni­fes­ta­tion.

Nantes ( Loire- At­lan­tique), hier.

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