Ar­na­quesàPô­leem­ploi Le­faux­chô­meur aux100iden­ti­tés

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - STÉ­PHANE SELLAMI

C’est l’une des plus im­por­tantes es­cro­que­ries au pré­ju­dice de Pôle em­ploi ja­mais ré­vé­lée. Plus connu pour ses liens avec l’af­faire Rey- Mau­pin et la mou­vance au­to­nome que pour ses ta­lents de faus­saire pré­su­mé, le prin­ci­pal pro­ta­go­niste de cet hal­lu­ci­nant dos­sier a été in­ter­pel­lé le 24 avril 2012 à sa sor­tie d’une agence Pôle em­ploi en ban­lieue pa­ri­sienne. En se fai­sant pas­ser une cen­taine de fois pour un chô­meur grâce à de faux pa­tro­nymes, l’homme a réus­si à em­po­cher la ba­ga­telle de 2 M€ en deux ans !

Lorsque les po­li­ciers de l’Of­fice cen­tral pour la ré­pres­sion de l’im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière et de l’em­ploi d’étran­gers sans titre ( Ocriest) mettent en­fin la main sur lui, après l’avoir fait ve­nir sous un pré­texte fal­la­cieux dans cette agence, son visage ne leur dit pas grand- chose.

Des faux do­cu­ments d’iden­ti­té, des adresses qui ne cor­res­pon­daient à rien et des nu­mé­ros de té­lé­phone bi­dons”

Une source proche de l’af­faire

Qui plus est, l’homme ne porte sur lui au­cun pa­pier d’iden­ti­té. « Il n’avait que des clés de voi­ture, vé­hi­cule ra­pi­de­ment re­trou­vé » , ré­sume un proche de l’af­faire. D’une ex­trême pru­dence, ce sus­pect n’a, semble- t- il, rien lais­sé der­rière lui qui pour­rait le tra­hir. Mais l’obs­ti­na­tion des po­li­ciers de l’Ocriest fi­nit par payer. Après avoir dé­mon­té les gar­ni­tures des por­tières de sa voi­ture, ils mettent la main sur des di­zaines de do­cu­ments ad­mi­nis­tra­tifs fal­si­fiés, mais aus­si sur son vé­ri­table nom : Phi­lippe Le­moual. Ce der­nier, âgé de 48 ans, avait été mis en exa­men pour « com­pli­ci­té de vol à main ar­mée » et « as­so­cia­tion de mal­fai­teurs » après l’équi­pée san­glante du couple Flo­rence Rey- Au­dry Mau­pin, le 4 oc­tobre 1994, qui s’était sol­dée par la mort de trois po­li­ciers, d’un chauf­feur de taxi et d’Au­dry Mau­pin. Des faits sur­ve­nus entre la place de la Na­tion à Pa­ris et Vin­cennes ( Val- deMarne). A l’époque, dé­si­gné comme le com­man­di­taire de l’achat d’un fu­sil à pompe, Phi­lippe Le­moual avait été écroué pen­dant cinq mois, puis la­vé de tout soup­çon.

Alors, lorsque les en­quê­teurs de l’Ocriest le font « tom­ber » dix- huit ans plus tard pour cette af­faire d’escroquerie, ils veulent com­prendre. Mais Phi­lippe Le­moual ne lâche rien. Il ne s’ex­plique pas sur les faits. Chez lui, à Co­lombes ( Hauts- de- Seine), les po­li­ciers saisissent près d’une ving­taine de cartes d’iden­ti­té, de vrais sup­ports vierges des mêmes do­cu­ments et des per­mis de conduire contre­faits. Mais aus­si plu­sieurs or­di­na­teurs, une im­pri­mante la­ser, ain­si que des dos­siers d’al­lo­ca­taires à Pôle em­ploi éta­blis sous de mul­tiples noms d’em­prunt et dont cer­tains n’avaient pas été re­pé­rés par la di­rec­tion des fraudes de l’or­ga­nisme.

L’ex- au­to­nome a été mis en exa­men, puis pla­cé quelques mois en dé­ten­tion pro­vi­soire, pour avoir mul­ti­plié les de­mandes et ob­te­nu le ver­se­ment de près de 2 M€ d’al­lo­ca­tion chô­mage sous des di­zaines de noms dif­fé­rents en l’es­pace de deux ans. Près de cin­quante comptes ban­caires ser­vant à cette vaste ar­naque ont été fi­na­le­ment iden­ti­fiés.

On peut se po­ser la ques­tion de la fa­ci­li­té avec la­quelle il a pu

agir…”

Un proche de l’af­faire

L’alerte avait été don­née en jan­vier 2012 par Pôle em­ploi alors que deux bé­né­fi­ciaires, sans lien ap­pa­rent, se fai­saient ver­ser leurs al­lo­ca­tions sur un même compte.

« Il est ap­pa­ru que l’en­semble de ces dos­siers de de­mandes d’al­lo­ca­tion chô­mage dé­po­sés dans plu­sieurs agences avaient été en­tiè­re­ment consti­tués avec des faux do­cu­ments d’iden­ti­té, des adresses de do­mi­ciles qui ne cor­res­pon­daient à rien et des nu­mé­ros de té­lé­phone bi­dons, ré­vèle une source proche de l’af­faire. L’au­teur pré­su­mé des faits pre­nait le soin de se rendre dans des cy­ber­ca­fés pour se connec­ter au ser­veur de Pôle em­ploi et mettre à jour ses dif­fé­rents dos­siers et contac­tait tou­jours l’or­ga­nisme de­puis des ca­bines té­lé­pho­niques. On peut se po­ser la ques­tion de la fa­ci­li­té avec la­quelle il a pu agir… »

L’ai­gre­fin, qui n’af­fi­chait au­cun signe ex­té­rieur de ri­chesse, pre­nait éga­le­ment la pré­cau­tion de tou­jours re­ti­rer l’ar­gent dé­tour­né de­puis des dis­tri­bu­teurs. Se­lon nos in­for­ma­tions, une par­tie du fruit de cette fraude au­rait pu être in­ves­tie dans des biens im­mo­bi­liers à l’étran­ger. Sol­li­ci­té, l’avo­cat de Phi­lippe Le­moual, Me Ch­ris­tophe Gé­rard, n’a « pas sou­hai­té s’ex­pri­mer » alors que ce dos­sier est tou­jours en cours d’ins­truc­tion.

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