JourJ­pour­la­loiF­lo­range cen­sée­sau­ver­les­si­tes­ren­tables

Pro­mes­se­du­can­di­dat Hollande, ce texte hau­te­ment­sym­bo­lique doit être vo­té au­jourd’hui. Ces nou­velles obli­ga­tions im­po­sées aux en­tre­prises fe­ront- elles le poids ?

Le Parisien (Paris) - - Economie - BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

Re­pous­sée, re­ma­niée, édul­co­rée, puis vo­tée, ha­sard du ca­len­drier, deux ans jour pour jour après la pro­messe du can­di­dat Hollande. Sou­te­nue par la gauche, dé­criée par l’UMP, la loi Flo­range doit être en­fin adop­tée au­jourd’hui par un ul­time vote de l’As­sem­blée na­tio­nale. Ce texte, qui vise à sauver l’em­ploi in­dus­triel en France en lut­tant contre le dé­man­tè­le­ment des en­tre­prises, a une his­toire mou­ve­men­tée.

Fé­vrier 2012. De­vant une nuée de ca­mé­ras et les vi­sages graves des ou­vriers, le can­di­dat Hollande se hisse sur la ca­mion­nette de l’in­ter­syn­di­cale du site de l’acié­rie Ar­ce­lor­Mit­tal à Flo­range ( Mo­selle). Là, aux cô­tés du leader em­blé­ma­tique de la CFDT, Edouard Mar­tin — dé­sor­mais tête de liste PS aux élec­tions eu­ro­péennes —, il pro­met de for­cer, par la loi, chaque grande firme « qui ne veut plus d’une uni­té de pro­duc­tion et ne veut pas non plus la cé­der » à la vente. Fer­me­té du po­li­tique en­vers les pa­trons ! nUn Cette pro­po­si­tion sur la re­prise des sites ren­tables cor­res­pon­dait à une re­ven­di­ca­tion des syn­di­cats fran­çais d’Ar­ce­lor­Mit­tal, le géant mon­dial de la si­dé­rur­gie ( pro­prié­té du mil­liar­daire in­dien Laksh­mi Mit­tal), qui re­fu­sait de cé­der son usine à un concur­rent. Las. A Flo­range, on es­pé­rait beau­coup de cette loi ( ci- des­sous). « Nous avons le sen­ti­ment d’avoir été tra­his » , s’em­por­tait fin 2012 Edouard Mar­tin. Les hauts- four­neaux ont ces­sé de fonc­tion­ner le 24 avril 2013, tan­dis que le texte at­ten­du était sans ar­rêt re­pous­sé.

An­non­cé avant la fin 2012 par le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, Ar­naud Mon­te­bourg, le texte a fi­na­le­ment été dé­po­sé sym­bo­li­que­ment la veille du 1er mai 2013.

Voi­là au­jourd’hui, bien amoin­drie, la loi Flo­range sur le point de naître dans un contexte par­ti­cu­lier. Après un pacte de res­pon­sa­bi­li­té in­ter­pré­té

contexte par­ti­cu­lier

comme le vi­rage so­cial- li­bé­ral du quin­quen­nat, Hollande a or­ches­tré, il y a une se­maine, une opé­ra­tion sé­duc­tion à l’Ely­sée pour convaincre les pa­trons étran­gers d’in­ves­tir en France. Cette loi ne va- t- elle pas les ef­frayer ? Sur­tout, sau­ra- t- elle être ef­fi­cace, puis­qu’elle ne pré­voit fi­na­le­ment qu’une pé­na­li­té contre les en­tre­prises de plus de 1 000 sa­la­riés ( voir ci- contre) ? L’ac­cès à l’in­for­ma­tion des sa­la­riés se­ra certes ren­for­cé, mais de là à mo­di­fier des stra­té­gies à l’échelle mon­diale ? L’Etat fran­çais a beau bom­ber le torse, son bud­get et ses marges de ma­noeuvre semblent fra­giles, com­pa­rés à la puis­sance fi­nan­cière de mul­ti­na­tio­nales ( voir notre in­fo­gra­phie) qui n’hé­si­te­ront pas à uti­li­ser les failles de la loi ni à plai­der leur cause de­vant les tri­bu­naux. D’après une étude me­née en 2011 par 3 cher­cheurs de l’Ecole po­ly­tech­nique fé­dé­rale de Zü­rich, 147 en­tre­prises in­ter­na­tio­nales, prin­ci­pa­le­ment des banques, exercent une in­fluence dé­ci­sive sur l’éco­no­mie glo­bale. « Une grande mul­ti­na­tio­nale peut au­jourd’hui avoir plus de pou­voir que le pré­sident d’un pe­tit ou d’un moyen pays » , constate Mau­ro Ba­ran­zi­ni, ex- doyen de la fa­cul­té d’éco­no­mie de l’uni­ver­si­té de la Suisse ita­lienne. De quoi jus­ti­fier un ré­équi­li­brage des forces.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.