« J’ai­peur­que­ce­ne­soit­qu’un­coupd’épée­dansl’eau »

Jean- MarcVé­crin, dé­lé­guéCFDT­del’usi­neAr­ce­lorMit­ta­làF­lo­range

Le Parisien (Paris) - - Economie - Pro­pos re­cueillis par B. L.

ean- Marc Vé­crin ré­agit à la pro­chaine adop­tion de la loi qui porte le nom de son usine. Cette loi vo­tée, qu’est- ce que ce­la change pour les sa­la­riés de Flo­range ? JEAN- MARC VÉ­CRIN. Pour nous, mal­heu­reu­se­ment, c’est trop tard. Mais on a vou­lu cette loi, c’est très im­por­tant de l’avoir ob­te­nue. Je se­rai très content si, dans deux ou trois mois, une en­tre­prise est sau­vée grâce à la loi Flo­range. Mais j’ai des doutes. Ce texte au­ra- t- il peu d’im­pact ? Au­jourd’hui, les maîtres du monde, ce sont les pa­trons de Moo­dy’s ou Stan­dard & Poor’s ( NDLR : les grandes agences de no­ta­tion in­ter­na­tio­nales). Pas Fran­çois Hollande, Ba­rack Oba­ma ou An­ge­la Mer­kel. Les

Jpo­li­tiques ne di­rigent plus vrai­ment la pla­nète. Alors, cette loi pour­ra- t- elle vrai­ment être ap­pli­quée ? J’ai peur que ce ne soit qu’un coup d’épée dans l’eau. J’ima­gine qu’il se­ra plus fa­cile de la mettre en oeuvre pour les pe­tites en­tre­prises. Pour celles du CAC 40, en re­vanche… A Flo­range, cette loi ali­mente- t- elle les conver­sa­tions ? Non, on n’en parle plus. Au­jourd’hui, les gars pensent à l’ave­nir. Ils veulent sa­voir si l’usine va conti­nuer de fonc­tion­ner. J’en ai un peu marre du mi­sé­ra­bi­lisme qui plane dès qu’on prononce notre nom. Flo­range, ce n’est pas « Ger­mi­nal » . Que vou­lez- vous dire ? Au­jourd’hui, quand je dis que je viens de Flo­range en Lor­raine, c’est

Cette loi pour­ra- t- elle vrai­ment être ap­pli­quée ?”

tout juste si on ne me donne pas 1 €, alors qu’en réa­li­té on a sau­vé la ma­jo­ri­té de nos em­plois ! Les in­ves­tis­seurs ont en­core du mal à nous faire confiance. Pour­tant, on reste une ré­fé­rence in­dus­trielle dans le monde en­tier. Où en sont les em­plois sur le site ? A Flo­range, il n’y a eu au­cun li­cen­cie­ment sec ! Et j’en suis fier. Il y avait 2 800 sa­la­riés, il y en a au­jourd’hui 2 200 qui conti­nuent de tra­vailler sur le site dans l’usine à froid ; 130 per­sonnes sont parties à la re­traite, 498 de­vaient être re­clas­sées et il ne reste plus que 5 per­sonnes à qui on va re­trou­ver du bou­lot ! Les autres sont par­tis sur d’autres sites. Certes, les hauts- four­neaux ont fer­mé. On n’a pas réus­si à sauver l’ac­ti­vi­té. Mais, sur le plan hu­main, per­sonne ne reste sur le car­reau.

Saint- De­nis, le 1er oc­tobre 2012. Jean- Marc Vé­crin se fé­li­cite de l’adop­tion de cette loi mais il doute de la ca­pa­ci­té des po­li­tiques à l’im­po­ser aux grandes en­tre­prises.

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