Ac­quit­té­senCor­se­mais­re­ju­gésà… Pa­ris

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - TI­MO­THÉE BOU­TRY

En oc­tobre 2011, ce ver­dict avait pro­vo­qué une cer­taine sur­prise. Alors que l’avo­cat gé­né­ral avait re­quis à leur en­contre dix- huit et vingt- cinq ans de pri­son, Ce­dric Pie­ri et An­toine San­to­ni étaient res­sor­tis libre du pa­lais de jus­tice de Bas­tia. Ces deux Corses y étaient ju­gés aux as­sises pour le meurtre de Mi­chel Mah­jou­bi, un gé­rant de bar abattu de trois coups de feu ti­rés à bout por­tant en juin 2008 et dont la dé­pouille avait été re­trou­vée en contre­bas d’une route de mon­tagne. Un double ac­quit­te­ment qui n’a pas été du goût du mi­nis­tère pu­blic qui s’est empres- sé de faire ap­pel. Mais pas seule­ment. Fait par­ti­cu­liè­re­ment rare, le par­quet gé­né­ral a sol­li­ci­té, et ob­te­nu, le dé­pay­se­ment du se­cond pro­cès en évo­quant une « sus­pi­cion de pres­sions sur des membres du ju­ry » . C’est donc de­vant la cour d’as­sises de Pa­ris que s’ouvre au­jourd’hui le deuxième acte de ce dos­sier sen­sible. nL’un Le dé­cès de Mi­chel Mah­jou­bi ras­semble tous les in­gré­dients d’une mau­vaise his­toire corse. En­sei­gnant, cet homme as­su­rait éga­le­ment la gé­rance du White, un éta­blis­se­ment

ac­cu­sait l’autre

plu­tôt pros­père ins­tal­lé sur le port de Bas­tia. De quoi at­ti­rer les convoi­tises et les en­nuis : en oc­tobre 2005 et no­vembre 2006, le White su­bit deux plas­ti­cages. C’est dans ce contexte de me­naces et de ra­cket qu’in­ter­vient le guet- apens fa­tal à son gé­rant.

Très vite, grâce à des témoignages et à l’ex­ploi­ta­tion du té­lé­phone de la vic­time, les soup­çons se portent sur Ce­dric Pie­ri, 29 ans au­jourd’hui, et An­toine San­to­ni, 47 ans. En garde à vue, le plus jeune passe aux aveux. Ce­lui qui se pré­sente comme un ami de Mi­chel Mah­jou­bi ra­conte avoir ac­com­pa­gné An­toine San­to­ni le soir des faits. Il dé­taille le fu­neste scé­na­rio, les coups de feu ti­rés par An­toine San­to­ni et le dé­rou­le­ment de la nuit. Sur ses in­di­ca­tions, les en­quê­teurs re­trou­ve­ront no­tam­ment les vê­te­ments cal­ci­nés de San­to­ni. En dé­pit des in­dices, ce der­nier a tou­jours cla­mé son in­no­cence.

En pre­mière ins­tance, le pro­cès s’ouvre par un coup de théâtre. Cédric Pie­ri re­vient sur ses aveux et ac­cuse dé­sor­mais deux hommes, dont il re­fuse de don­ner l’iden­ti­té, d’avoir abattu le com­mer­çant de­vant lui. Au terme d’une au­dience em­preinte d’une cer­taine ten­sion, les deux ac­cu­sés sont fi­na­le­ment ac­quit­tés.

Pour les avo­cats de la dé­fense, da­van­tage que l’ap­pel, c’est le dé­pay­se­ment du dos­sier qui ne passe pas. « Il est in­to­lé­rable que la sus­pi­cion soit ain­si je­tée sur la jus­tice qui est ren­due en Corse » , avaient pes­té à l’époque Mes Jean- Mi­chel Al­ber­ti­ni et Gilles Antomarchi. Avo­cat de la mère de Mi­chel Mah­jou­bi, Me Pas­cal Gar­ba­ri­ni dé­fend cette dé­ci­sion. « Ma cliente a droit à un pro­cès se­rein et pas pol­lué » , plaide ce­lui qui en­tend sou­le­ver « de lé­gi­times in­ter­ro­ga­tions sur les faits » à l’au­dience. Le ver­dict est at­ten­du ven­dre­di.

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