LeT­ra­puen­fin­rat­tra­pé

C’était le plus puis­sant tra­fi­quant de dro­gue­du­monde. LeMexi­cain Joa­quin Guz­man, sur­nom­mé­leT­ra­pu, a été ar­rê­té sa­me­di après treize ans de cavale.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - THI­BAULT RAISSE

Le­Ben La­den mexi­cain, le Tra­pu, l’Agri­cul­teur… La va­leur d’un em­pe­reur du crime se me­sure au nombre de ses sur­noms. Joa­quin Guz­man n’en manque pas. In­trou­vable de­puis son éva­sion d’une pri­son de haute sé­cu­ri­té en 2001, le tra­fi­quant de drogue le plus puis­sant et le plus recherché de la pla­nète a été ar­rê­té aux au­rores, sa­me­di, dans la sta­tion bal­néaire de Ma­zatlán, à l’est du Mexique.

Le chef du car­tel de Si­na­loa est soup­çon­né d’avoir ali­men­té à lui seul 25 % du mar­ché mon­dial de drogue. Les Etats- Unis of­fraient pas moins de 5 M$ ( 3,6 M€) pour toute in­for­ma­tion per­met­tant son ar­res­ta­tion.

Les cou­lisses de cette prise spec­ta­cu­laire sont à la hau­teur de la lé­gende. Un « tuyau » par­ve­nu à la po­lice mexi­caine il y a cinq se­maines a d’abord per­mis de lo­ca­li­ser sept ré­si­dences pos­sé­dées par l’em­pe­reur de la drogue dans la ville de Cu­liacán. Une pre­mière ten­ta­tive d’in­ter­pel­la­tion échoue. Le baron s’en­fuit sur la côte, sans sa­voir qu’un vaste dis­po­si­tif de sur­veillance le suit à la trace.

a eu re­cours à la chi­rur­gie es­thé­tique

nIl Avec l’aide de l’US Mar­shals Ser­vice, la force d’élite amé­ri­caine spé­cia­li­sée dans la traque des fu­gi­tifs, Guz­man est fi­na­le­ment neu­tra­li­sé dans une chambre d’hô­tel en com­pa­gnie d’une femme vers 6 h 40. L’ef­fet de sur­prise joue à plein : le tra­fi­quant se rend sans au­cune vio­lence. L’homme est mé­con­nais­sable. De­puis son éva­sion ro­cam­bo­lesque de pri­son à bord d’un cha­riot à linge, Guz­man a pris soin de re­cou­rir à la chi­rur­gie es­thé­tique : im­plants ca­pil­laires, opé­ra­tion de la mâchoire, des yeux et des sour­cils pour af­fi­ner ses traits, le tout agré­men­té d’une mous­tache four­nie. Il fau­dra at­tendre plu­sieurs heures pour que le gou­ver­ne­ment mexi­cain cer­ti­fie à 100 % l’iden­ti­té du sus­pect grâce à une ana­lyse ADN.

Les per­qui­si­tions de ses pro­prié­tés mettent au jour un ar­se­nal digne d’une pe­tite ar­mée : 97 fu­sils, 36 pis­to­lets, 2 lance- gre­nades, 1 lance- roquettes et 19 vé­hi­cules blin­dés. Plus fort : les en­quê­teurs dé­couvrent que chaque mai­son est re­liée aux autres par un sys­tème de tun­nels sou­ter­rains, lui- même rac­cor­dé aux égouts de la ville.

nWa­shing­ton

sou­haite son ex­tra­di­tion

Trans­por­té sous très haute sur­veillance à l’aé­ro­port de Mexi­co, le nar­co­tra­fi­quant âgé d’une cin­quan­taine d’an­nées est offert aux mé­dias lo­caux me­nottes aux mains avant d’être trans­fé­ré par hé­li­co­ptère dans une pri­son se­crète. La prise est si belle que les au­to­ri­tés amé­ri­caines et mexi­caines se dis­putent dé­jà son des­tin ju­di­ciaire : Wa­shing­ton sou­haite son ex­tra­di­tion im­mé­diate, tan­dis que Mexi­co veut un pre­mier pro­cès sur ses terres d’ori­gine. En plus du tra­fic de co­caïne et de can­na­bis, il est sus­pec­té de di­zaines d’as­sas­si­nats et d’en­lè­ve­ments.

Né dans une fa­mille pauvre de la ré­gion du Si­na­loa, sur la côte est du Mexique, Guz­man, qui est al­lé jus­qu’en CE 2, com­mence sa car­rière cri­mi­nelle dans les an­nées 1980. Il gra­vit les éche­lons jus­qu’à de­ve­nir l’un des bras droits de Mi­guel An­gel Fé­lix Gal­lar­do, l’un des plus gros bon­nets du tra­fic de co­caïne du pays.

Spé­cia­li­sé dans la lo­gis­tique, le Tra­pu dé­ve­loppe de vé­ri­tables cou­loirs aé­riens de la drogue entre la Co­lom­bie et l’Ari­zo­na, qui consti­tue­ront la base de son em­pire. Il a été ar­rê­té une pre­mière fois en 1993, et sa for­tune est es­ti­mée à plus de 1 Md$ ( 0,7 Md€).

Mexi­co ( Mexique), sa­me­di. Le chef du car­tel de Si­na­loa, Joa­quin Guz­man, est soup­çon­né d’avoir ali­men­té à lui seul 25 % du mar­ché mon­dial de drogue.

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