EnGuyane, les­ma­gis­trats prêtsà­ces­ser­le­tra­vail

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - T. R.

Des juges qui exercent leur droit de re­trait, à l’ins­tar des en­sei­gnants, des chauf­feurs de bus ou en­core des contrô­leurs dans les tran­sports en com­mun. Après plus de cinq ans de cour­riers d’alerte adres­sés aux mi­nistres de la Jus­tice suc­ces­sifs sur la si­tua­tion ca­tas­tro­phique de leurs lo­caux, les per­son­nels du tri­bu­nal de grande ins­tance de Cayenne ( Guyane) me­nacent au­jourd’hui d’exer­cer leur droit de re­trait, une pre­mière dans l’his­toire ju­di­ciaire fran­çaise.

Un agent de l’Etat peut in­vo­quer ce droit, et donc ces­ser son travail, s’il es­time être rai­son­na­ble­ment ex­po­sé à un dan­ger et im­mi­nent pour sa vie ou sa san­té. A Cayenne jus­te­ment, fonc­tion­naires, gref­fiers et ma­gis­trats craignent pour leur sé­cu­ri­té et ceux des jus­ti­ciables après le rap­port alar­miste d’une com­mis­sion de sé­cu­ri­té pré­fec­to­rale re­mis fin jan­vier.

Dans ce do­cu­ment confidentiel, que nous avons pu consul­ter, les ser­vices de la pré­fec­ture, de la po­lice et de la sé­cu­ri­té ci­vile émettent à l’una­ni­mi­té un « avis dé­fa­vo­rable à la pour­suite de l’ac­ti­vi­té » du tri­bu­nal. « L’état du bâ­ti­ment pré­sente beau­coup de dan­gers pour le pu­blic et pour le per­son­nel » , ex­pliquent les rap­por­teurs après ins­pec­tion des lo­caux. Prin­ci­pal risque, « la pro­ba­bi­li­té de voir naître un incendie est ac­crue du fait d’une ins­tal­la­tion très vé­tuste, sur­charge de prises, sto­ckage anar­chique de ma­té- riaux com­bus­tibles ( pa­pier, car­ton, ar­chives, mu­ni­tions), et de la dé­fec­tuo­si­té des ins­tal­la­tions tech­niques » .

Le dan­ger im­mé­diat dé­non­cé par le do­cu­ment en­traîne l’union sa­crée des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales qui ont adop­té ven­dre­di der­nier une mo­tion in­vi­tant les per­son­nels à exer­cer leur droit de re­trait au­jourd’hui. « Une réu­nion avec les chefs de cour s’était te­nue le ma­tin même. Le pre­mier pré­sident de la cour d’ap­pel et le pré­sident du tri­bu­nal se sont mon­trés so­li­daires, mais le pro­cu­reur gé­né­ral et le pro­cu­reur ont an­non­cé qu’ils s’y op­po­se­raient » , rap­porte

A ce jour, au­cune so­lu­tion concrète n’a été

ap­por­tée par la chan­cel­le­rie”

Eric Four­nie, vice- pré­sident

au tri­bu­nal de Cayenne un par­ti­ci­pant. Ha­sard du ca­len­drier, Ch­ris­tiane Tau­bi­ra était à Cayenne ce week- end pour un dé­pla­ce­ment privé. La mi­nistre de la Jus­tice, ori­gi­naire de Guyane, « s’in­té­resse de près à cette si­tua­tion dif­fi­cile qu’elle connaît bien » , sou­ligne- t- on dans son en­tou­rage. « A ce jour, au­cune so­lu­tion concrète n’a été ap­por­tée par la chan­cel­le­rie » , dé­nonce de son cô­té Eric Four­nie, vice- pré­sident au tri­bu­nal de Cayenne et dé­lé­gué FO- Ma­gis­trats.

Jus­qu’ici, les mou­ve­ments so­ciaux de juges, très rares, consis­taient à ren­voyer le trai­te­ment des af­faires non ur­gentes du jour à une date ul­té­rieure. Si les ma­gis­trats de Cayenne mettent leur me­nace à exé­cu­tion, cet ar­rêt de travail pur et simple consti­tue­rait un pré­cé­dent in­édit.

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