Mu­sique.

« J’aime mon­pays, laFrance » AmelBent sort au­jourd’hui son 5e album. Ren­contre avec une ar­tiste qui ne­mâ­che­pas ses­mots.

Le Parisien (Paris) - - Loisirsetspectacles - Pro­pos re­cueillis par EM­MA­NUEL MAROLLE

Elle arrive au vo­lant d’un 4 x 4. Toute seule comme une grande. A 28 ans, Amel Bent n’est plus la jeune fille dé­cou­verte en 2004 dans « Nou­velle Star » . Dix ans plus tard, la chan­teuse sort au­jourd’hui son 5e album, « Ins­tinct » . Un disque où elle se laisse sé­duire par des pro­duc­tions dan­santes à l’amé­ri­caine. L’ar­tiste as­sume, ses choix, ses suc­cès, ses er­reurs, son par­cours d’en­fant de La Cour­neuve, ses dé­cla­ra­tions qui ne plaisent pas tou­jours. Fonc­tion­nez- vous à l’ins­tinct, comme l’an­nonce votre nouvel album ? AMEL BENT. Oui. J’ai dû prendre des res­pon­sa­bi­li­tés très tôt, des dé­ci­sions, sur ma mu­sique. Or j’ar­ri­vais dans l’in­con­nu, dans une vie nou­velle. Je ne re­grette rien parce que j’ai fait des choix na­tu­rels. Quel re­gard avez- vous sur vos dé­buts ? Les images qui me re­viennent ne sont pas si dif­fé­rentes de celles d’au­jourd’hui. Je suis tou­jours cette jeune fille qui s’ima­gine chan­teuse de­vant la glace avec sa brosse à che­veux, une robe qu’elle n’ose­ra ja­mais mettre, des gestes qu’elle ne fe­ra ja­mais en pu­blic. Je l’ai en­core fait tout à l’heure en me pré­pa­rant chez moi. L’idée est tou­jours de se rap­pro­cher de cette per­sonne qui se lâche de­vant sa glace. C’est le cas avec cet album. Cer­tains vous re­pro­che­ront des chan­sons moins in­times ? Oui. Mais c’est moi aus­si. Pour­quoi de­vrais- je me can­ton­ner à un genre avec la voix en avant parce que je suis née dans un té­lé- cro­chet. Il y a tou­jours l’idée d’être dans la dé­mons­tra­tion. Là, je vou­lais autre chose. Pour­quoi main­te­nant ? L’émission « Danse avec les stars » à la­quelle j’ai par­ti­ci­pé en 2012 m’a per­mis d’être plus dans l’éner­gie. Certes, c’était de la danse. Mais j’ai en­suite cher­ché à me sor­tir des chan­sons mé­lan­co­liques. Vous êtes plus heu­reuse ? Peut- être. Je n’ai que 28 ans, je ne vais pas m’in­ven­ter des vies. J’ai dé­jà chan­té ma fa­mille, mon en­fance, mes amis. Il faut qu’il se passe des choses. Je ne me suis pas ma­riée, je n’ai pas di­vor­cé. Vous abor­dez la ques­tion du ma­riage mixte dans le disque. Oui. En ce mo­ment, il y a de la vio­lence entre les com­mu­nau­tés. On est de plus en plus dans la culture de la haine de l’autre. Or, moi, j’ai gran­di dans la mixi­té. J’ai un beau- père qui est bé­ni­nois to­go­lais de confes­sion ca­tho­lique, un père al­gé­rien né en

On est de plus en plus dans la culture de la haine de l’autre”

France, une mère ma­ro­co- al­gé­rienne née en Al­gé­rie. Mes voi­sins de La Cour­neuve étaient chi­nois, in­diens. Ma voi­sine d’en haut, qui a connu la guerre, me de­man­dait de lui lire des bou­quins, me par­lait de la ligne Ma­gi­not. J’avais 11 ans, je ne com­pre­nais rien. Sur In­ter­net, on vous re­proche d’avoir dit dans une interview il y a quelques an­nées que c’était plus fa­cile de sou­le­ver le dra­peau al­gé­rien que fran­çais pour vous. Cette phrase a été sor­tie de son contexte. J’étais une ga­mine, on était en plein dé­bat sur l’iden­ti­té na­tio­nale. On me de­man­dait pour­quoi « la Mar­seillaise » se fai­sait sif­fler, pour­quoi des en­fants de l’im­mi­gra­tion ne bran­dis­saient pas le dra­peau fran­çais. J’ai es­sayé de ré­pondre en di­sant que c’était un ma­laise dans un pays où, à l’époque, on es­sayait de mon­trer qu’un en­fant d’im­mi­gré n’était pas un vrai Fran­çais. Ça vous pour­suit en­core ? Oui. Ça s’énerve par­fois sur Twit­ter. Je ne ré­ponds pas. Je n’ai pas à prou­ver à ces gens que j’aime la France. C’est quoi ce dé­bat ? Ma fis­ca­liste me dit : « Ah ! S’il y avait plus de gens qui payaient leurs im­pôts avec le sou­rire comme vous… » Or il y a des bons Fran­çais, qui se barrent d’ici pour ne pas payer. Moi, j’aime mon pays, j’aime la France. Avec les concerts, je connais plus de villes, de vil­lages que n’im­porte qui. Mais, pour cer­tains, si je cri­tique le pré­sident, mon pré­sident, on va me dire « re­tourne dans ton pays » , que je n’aime pas la France, parce que je suis une en­fant d’im­mi­grés. C’est triste.

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