EX­PO­SI­TION

A Metz, les pa­pa­raz­zis entrent au­mu­sée

Le Parisien (Paris) - - La Une - HU­BERT LIZÉ

Il y a les chas­seurs et leur gi­bier, et nous tous, abo­mi­nables voyeurs, qui nous ré­ga­lons chaque se­maine du ta­bleau de chasse offert par les ma­ga­zines people. En consa­crant, à par­tir de de­main, une ex­po­si­tion de taille aux pa­pa­raz­zis et aux cé­lé­bri­tés qu’ils traquent, le Centre Pom­pi­dou- Metz fait de nous des voyeurs dé­sor­mais dé­com­plexés et même très éclai­rés. Car les 600 pho­to­gra­phies et oeuvres réunies au musée dé­montrent com­bien l’es­thé­tique des images vo­lées, avec leur grain sale, leurs plans loin­tains au té­lé­ob­jec­tif, les gestes de ré­bel­lion des stars, les pers­pec­tives écra­sées ont don­né nais­sance à un vé­ri­table style. « Et comme l’art re­cycle à peu près tout, les ar­tistes contem­po­rains se sont à leur tour ins­pi­rés des pa­pa- raz­zis pour créer des oeuvres » , ex­plique Clé­ment Ché­roux, le com­mis­saire de l’ex­po­si­tion.

Conçue au­tour de trois thèmes — les pho­to­graphes, les stars, les ar­tistes —, l’ex­po fait la part belle aux cli­chés, aux faits d’armes et aux mé­thodes sans scru­pule des pros de la planque, les Ron Ga­lel­la, Da­niel An­ge­li, Sé­bas­tien Va­lie­la, Bru­no Mou­ron, Pas­cal Rostain… « La fi­gure du pa­pa­raz­zi dans la culture po­pu­laire est celle d’un voyou. Il est de­ve­nu le double né­ga­tif du re­por­ter de guerre, le cô­té obs­cur de la pro­fes­sion, pour­suit le com­mis­saire. On vou­lait dé­pas­ser cette vi­sion et ana­ly­ser ce phé­no­mène d’un point de vue his­to­rique, éthique et es­thé­tique. »

C’est Fel­li­ni, en in­ven­tant le terme pa­pa­raz­zi dans le film « La Dolce Vi­ta » , qui a lan­cé le mythe. Mais les pre­mières images vo­lées re­montent aux re­vues illus­trées du dé­but du XXe siècle, quand la pho­to rem­place la gra­vure. Un cli­ché de Bis­marck sur son lit de mort, en 1898, en té­moigne.

Mains ten­dues et doigts d’hon­neur

Dans les an­nées 1960, les pho­to­graphes shootent les stars de près, au flash, « à la ma­ta­dor » . Et font par­fois le coup de poing. « Ces contraintes don­naient du mou­ve­ment, de l’in­ten­si­té à l’image » , sou­ligne le pa­pa­raz­zi Sé­bas­tien Va­lie­la. Les mains ten­dues en avant pour bar­rer l’ob­jec­tif ou les doigts d’hon­neur de­viennent des codes du genre.

De quoi don­ner des idées… Le peintre amé­ri­cain An­dy Wa­rhol trouve ces images gé­niales et réa­lise des ta­bleaux avec des cou­ver­tures de ma­ga­zines. Le père du pop art bri­tan­nique, Ri­chard Ha­mil­ton, s’en ins­pire aus­si. Plus tard, le peintre de street art Keith Ha­ring dé­tour­ne­ra une pho­to de Ma­don­na. Un tour­nant in­ter­vient en 1962, lorsque le pho­to­graphe de mode Ri­chard Ave­don, s’ins­pi­rant des pho­tos vo­lées du couple Ri­chard Bur­ton - Eli­za­beth Tay­lor, réa­lise toute une sé­rie à la ma­nière des pa­pa­raz­zis pour une ligne de vê­te­ments. « Avec sa mise en scène tu­mul­tueuse et éche­ve­lée, c’est de­ve­nu un mo­dèle du genre. William Klein l’ad­mi­rait énor­mé­ment » , in­dique Clé­ment Ché­roux.

Riche, ex­ci­tante, édi­fiante, l’ex­po­si­tion de Metz n’élude ni la dif­fi­cul­té du travail des pa­pa­raz­zis, ni la souf- france in­fli­gée aux cé­lé­bri­tés. Hier, dans une lettre pu­bliée par le « New York Ma­ga­zine » , l’acteur amé­ri­cain Alec Bald­win, 55 ans, a an­non­cé qu’il quit­tait la vie pu­blique. En par­tie par las­si­tude d’être pour­chas­sé par les pho­to­graphes. « Pa­pa­raz­zi ! Pho­to­graphes, stars et ar­tistes » , du 26 fé­vrier au 9 juin au Centre Pom­pi­dou- Metz ( Mo­selle). Ta­rif : 7 €, 10 €, 12 €. Tél. 03.87.15.39.39. www. cen­tre­pom­pi­dou- metz. fr.

( AFP/ Jean- Ch­ris­tophe Verhaegen.)

Mick Jag­ger et Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger par Jean Pi­goz­zi à l’hô­tel du Cap à An­tibes ( Alpes- Ma­ri­times) en 1990.

La man­ne­quin Kate Moss im­mor­ta­li­sée par Bru­no Mou­ron lors de la Fa­shion Week, à Pa­ris, en 1992.

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