« Je veux sa­voir qui est res­pon­sable de la mort de Ma­rine »

Na­ta­lia Weber n’a au­cune nou­velle de l’en­quête ou­verte sur l’ac­ci­dent de ski qui a coû­té la vie à sa fille de 9 ans, il y a un a nà Mor­zine. Meur­trie par ce si­lence, cette mère ori­gi­naire de Seine- et- Marne se confie.

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - GRE­NOBLE ( ISÈRE) De notre cor­res­pon­dant Pro­pos re­cueillis par SERGE PUEYO

C’est l’ap­pel d’une ma­man qui ré­clame jus­tice, un an après la mort de sa pe­tite fille sur une piste de la sta­tion de Mor­zine ( Hau­teSa­voie). Le 4 mars 2013, Ma­rine Weber, 9 ans, ori­gi­naire de La Croix- en- Brie ( Seine- et- Marne), en va­cances dans les Alpes, skie sur une piste bleue lors­qu’elle va per­cu­ter une bar­rière en bois si­tuée en bor­dure de piste. Vic­time d’un très grave trau­ma­tisme crâ­nien, la fillette dé­cé­de­ra peu de temps après à l’hô­pi­tal.

Au­jourd’hui, sa mère Na­ta­lia dé­nonce le si­lence de la jus­tice qui n’a tou­jours pas com­mu­ni­qué le dos­sier de l’en­quête à son avo­cat. Elle se dit même prête à en­ta­mer une grève de la faim de­vant le pa­lais de jus­tice de Tho­non- les- Bains si les choses ne bougent pas. Car Na­ta­lia est per­sua­dée que la sta­tion a une res­pon­sa­bi­li­té dans cet ac­ci­dent. Dans quelles cir­cons­tances Ma­rine a- t- elle per­du la vie ? NA­TA­LIA WEBER. Il était 11 heures ce jour- là. Ma fille, dont c’était la 4e an­née de ski, a pris de la vi­tesse et n’est pas ar­ri­vée à maî­tri­ser sa tra­jec­toire. Elle est pas­sée sur un pe­tit che­min qui a fait ef­fet de trem­plin. Je l’ai vue faire une rou­lade en l’air et al­ler per­cu­ter, le long de la piste, une bar­rière en bois, consti­tuée de ron­dins, qui n’était pas pro­té­gée, ni par des ma­te­las ni par des fi­lets. Pour ma fille, c’était la mort as­su­rée. Por­tait- elle un casque ? Oui, mais elle a per­cu­té la bar­rière au ni­veau du front. J’ai trou­vé que les se­cours ont tar­dé à in­ter­ve­nir. Ma fille a été hé­li­por­tée sur l’hô­pi­tal de Ge­nève vers 12 h 10. Lorsque j’y suis ar­ri­vée en taxi, on m’a dit que Ma­rine n’avait pas sur­vé­cu. Je n’ai même pas eu le temps de l’em­bras­ser. C’est ter­rible pour une ma­man. Es­ti­mez- vous que la res­pon­sa­bi­li­té de la sta­tion est en­ga­gée ? C’est une évi­dence. Clai­re­ment. Dès le len­de­main de l’ac­ci­dent, ils ont d’ailleurs ins­tal­lé un fi­let pour évi­ter un autre drame. Si ce fi­let avait été en place le jour de l’ac­ci­dent, ma fille n’au­rait ja­mais quit­té la piste et ne se se­rait ja­mais écra­sée sur cette bar­rière. Le maire de Mor­zine m’a d’ailleurs confié que la com­mis­sion de sé­cu­ri­té n’avait pas vu qu’il y avait un dan­ger à cet en­droit. On était pour­tant sur une piste bleue fré­quen­tée par de nom­breux en­fants. Un an après le drame, vous ne ca­chez pas votre amer­tume vis- à- vis de la jus­tice… Oui, je suis en co­lère. Je n’ai qua­si­ment pas de nou­velles de la jus­tice et mon avo­cat n’a tou­jours pas ac-

Si ce fi­let avait été en place le jour de l’ac­ci­dent, ma fille n’au­rait ja­mais quit­té la piste”

cès au dos­sier. Je ne sais donc pas ce qu’a don­né l’en­quête, où elle en est. Ce n’est pas nor­mal. Pour l’ac­ci­dent de Mi­chael Schu­ma­cher, les gen­darmes, le pro­cu­reur se sont mo­bi­li­sés tout de suite. Et en un mois et de­mi, l’af­faire était bou­clée. Il y a une jus­tice pour les gens riches et cé­lèbres, qui va très vite, et il y a une jus­tice pour nous, simples ci­toyens du bas de l’échelle, qui n’avance pas. Comment expliquer une telle len­teur ? Il a d’abord fal­lu que nous por­tions plainte, avec cons­ti­tu­tion de par­tie ci­vile, de­vant le doyen des juges d’ins­truc­tion de Tho­non- les- Bains. Et ce n’est que le 2 août 2013 que le pro­cu­reur a ou­vert une in­for­ma­tion ju­di­ciaire. Le dos­sier a été confié à un pre­mier juge. Mais ce ma­gis­trat s’est fi­na­le­ment des­sai­si car il connais­sait le maire de Mor­zine. Un nou­veau juge a été nom­mé. Et il a dit der­niè­re­ment à mon avo­cat, qui se trouve à Pa­ris, qu’il lui en­ver­rait le dos­sier lorsque le tri­bu­nal au­ra ache­té des CD. Le dos­sier étant nu­mé­ri­sé, il doit être gra­vé sur CD. C’est com­plè­te­ment hal­lu­ci­nant. La jus­tice

J’avais confiance en la jus­tice, mais au­jourd’hui, je suis dé­goû­tée”

n’a- t- elle même plus les moyens d’ache­ter des CD ? Que comp­tez- vous faire ? J’avais confiance en la jus­tice, mais au­jourd’hui, je suis dé­goû­tée. Si ce­la conti­nue à traî­ner, je suis prête à al­ler faire la grève de la faim de­vant le pa­lais de jus­tice de Tho­non. Je ne lâ­che­rai pas. Je veux sa­voir qui est res­pon­sable de la mort de Ma­rine. J’irai jus­qu’au bout. En mé­moire de ma fille.

( DR.)

Mal­gré son casque, Ma­rine est dé­cé­dée après avoir per­cu­té une bar­rière en bois si­tuée au bord d’une piste à Mor­zine.

( DR.)

Na­ta­lia Weber est au­jourd’hui en co­lère. Elle n’a tou­jours pas de nou­velles de l’en­quête sur l’ac­ci­dent de ski de sa fille alors que « pour Mi­chael Schu­ma­cher, les gen­darmes, le pro­cu­reur se sont mo­bi­li­sés tout de suite » .

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