Nous avons tes­té le ban­quier- bu­ra­liste

De­puis le 11 fé­vrier, il est pos­sible d’ou­vrir un compte ban­caire dans les dé­bits de ta­bac fran­çais. Bap­ti­sé compte Ni­ckel, il a dé­jà sé­duit plus de 3 000 per­sonnes.

Le Parisien (Paris) - - Le rendez- vous - V. V.

Après le ban­quier vir­tuel d’In­ter­net, voi­ci ve­nu le ban­quier- bu­ra­liste. Cette pe­tite ré­vo­lu­tion, qui dé­sa­cra­lise et dé­pous­sière un peu plus le monde ban­caire, a un nom : le compte Ni­ckel. Ac­ces­sible à par­tir de 18 ans, sans condi­tions de re­ve­nus ni de dé­pôts, il a été ima­gi­né pour les clients dé­si­reux de li­mi­ter leurs frais ban­caires aux seuls ser­vices de base ou pour les per­sonnes in­ter­dites ban­caires. Ré­sul­tat, pas de ché­quier ni de cré­dit, mais une carte de paie­ment per­met­tant de re­ti­rer de l’ar­gent, sans au­to­ri­sa­tion de dé­cou­vert. Un compte en banque mi­ni­ma­liste, sorte de low­cost ban­caire que nous avons tes­té.

Pre­mière étape, l’ou­ver­ture du compte

Drôle d’en­droit pour confier son ar­gent. Rue du Fau­bourg- SaintMar­tin, à Pa­ris ( Xe), tan­dis que je passe de­vant les agences de la Banque po­pu­laire, du CIC et de la Caisse d’épargne, c’est à la porte du bu­ra­liste Val­lée de Vi­nales, du nom de cette ré­gion cu­baine cé­lèbre pour sa culture de feuilles de ta­bac, que je m’ar­rête pour ou­vrir un compte. A l’in­té­rieur, près des éta­gères de pa­quets de ci­ga­rettes et des jeux à grat­ter, une borne électronique orange et blanc sur­mon­tée d’un pa­vé tac­tile amo­vible. En échange de 20 €, le bu­ra­liste me tend une boîte en car­ton. A l’in­té­rieur, une carte Mas­ter­card et un pe­tit li­vret d’ex­pli­ca­tions. La suite est un jeu d’en­fant. Je tape les dix chiffres de ma nou­velle carte de paie­ment sur le pa­vé tac­tile, j’y scanne ma carte d’iden­ti­té. Je rentre éga­le­ment mon adresse, mon nu­mé­ro de por­table, je ré­ponds à quelques ques­tions — sta­tut ma­ri­tal, ca­té­go­rie so­cio­pro­fes­sion­nelle — et le tour est joué. En très pré­ci­sé­ment six mi­nutes, mon compte est opé­ra­tion­nel.

Im­pa­tient de l’es­sayer, j’y dé­pose 10 €. Pour mon pre­mier dé­pôt, mon ban­quier- bu­ra­liste ne me fac­ture au­cuns frais ( 2 % nor­ma­le­ment). Pour ob­te­nir le code se­cret de ma carte, le bu­ra­liste me re­met un ti­cket de caisse, où fi­gure un pre­mier code que je dois en­voyer par SMS au nu­mé­ro de té­lé­phone in­di­qué sur ce même ti­cket. Deux se­condes plus tard, le code de ma Mas­ter­card arrive sur mon té­lé­phone.

Deuxième étape, le paie­ment par carte

Di­rec­tion le pre­mier pe­tit su­per­mar­ché du coin. Mes deux bou­teilles de jus d’orange et mes com­potes, soit 6,17 €, sont ré­glées sans dif­fi­cul­té comme avec une carte tra­di­tion­nelle.

Le re­trait et le dé­pôt d’es­pèces

Le compte in­ter­dit les dé­cou­verts. Il me reste 4 €, mais je tente mal­gré tout d’ob­te­nir 20 € à un dis­tri­bu­teur. Tran­sac­tion im­pos­sible. Je dé­cide cette fois de dé­po­ser 20 € chez un autre des cinq bu­ra­listes pa­ri­siens équi­pés de bornes Ni­ckel. Moyen­nant 2 % de frais ( 0,40 €), le dé­pôt est réa­li­sé sans ani­croches. Je m’in­ter­roge sur la sé­cu­ri­té des dé­bits de ta­bac avec cette nou­velle li­qui­di­té qui va rem­plir leurs ti­roirs- caisses : « On a l’ha­bi­tude, ré­torque le com­mer­çant. Les ci­ga­rettes sont de­ve­nues une mine d’or. On a dé­jà des ca­mé­ras. » Der­rière moi, Jo­sé, 39 ans, ouvre un compte. « C’est pour sé­cu­ri­ser mes achats sur In­ter­net. On m’a dé­jà vi­dé mon compte deux fois. Sur Ni­ckel, j’au­rai uni­que­ment l’ar­gent pour faire du shop­ping sur le Net. » Un peu plus loin, un autre client. « On vit une époque for­mi­dable. Un jour, les bou­lan­gers ven­dront des as­su­rances. »

Pa­ris ( Xe), hier. Ac­ces­sible sans condi­tions de re­ve­nus ni de dé­pôts, le compte Ni­ckel a été ima­gi­né pour des clients sou­hai­tant uni­que­ment une carte de paie­ment per­met­tant de re­ti­rer de l’ar­gent ou pour des per­sonnes in­ter­dites ban­caires.

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