Aux An­tilles, alerte aux pes­ti­cides

Se­lon un rap­port mé­di­cal, les pro­duits ré­pan­dus sur les ba­na­ne­raies se­raient dan­ge­reux pour la po­pu­la­tion. Les pro­duc­teurs dé­mentent.

Le Parisien (Paris) - - Enquête - SÉ­BAS­TIEN RAMNOUX

La Mar­ti­nique et la Gua­de­loupe sont- elles me­na­cées par un nou­veau scan­dale sa­ni­taire ? C’est ce que dé­nonce le rap­port d’un la­bo­ra­toire eu­ro­péen in­dé­pen­dant, l’Ece­ri, qui ac­cuse trois des cinq pes­ti­cides uti­li­sés dans la fi­lière ba­nane d’être toxiques pour la san­té.

De­puis 2011, l’épan­dage de pes­ti­cides par hé­li­co­ptère est in­ter­dit par l’Union eu­ro­péenne, sauf dé­ro­ga­tions ex­cep­tion­nelles. Des dé­ro­ga­tions que la France a ac­cor­dées aux An­tilles — et aus­si, plus rare- ment, sur le conti­nent — où les pro­duc­teurs de ba­nanes ( qui re­pré­sentent 30 % de l’ac­ti­vi­té agri­cole) doivent lut­ter contre un ter­rible cham­pi­gnon, la cer­co­spo­riose noire, qui fait des ra­vages dans les plan­ta­tions. Là- bas, la ques­tion des pes­ti­cides est sen­sible.

De­puis 2007 et le cri d’alarme d’un can­cé­ro­logue, le pro­fes­seur Do­mi­nique Bel­pomme, on sait que l’utilisation mas­sive d’un pro­duit toxique dans les an­nées 1980, le ch­lor­dé­cone, a mas­si­ve­ment pol­lué l’en­vi­ron­ne­ment et est à l’ori­gine de graves pro­blèmes sa­ni­taires, en cours d’éva­lua­tion par les au­to­ri­tés com­pé­tentes. Man­da­té par un col­lec­tif de mé­de­cins, l’Ece­ri vient de rendre un rap­port alar­miste.

Le Gar­dian al­tère la fer­ti­li­té

« Six ex­perts de plu­sieurs pays eu­ro­péens ont lon­gue­ment étu­dié les pro­duits en ques­tion, ex­plique Do­mi­nique Bel­pomme, le créa­teur de l’Ece­ri. Pour trois d’entre eux, ils concluent à une toxi­ci­té grave et de­mandent un ar­rêt im­mé­diat de leur utilisation. »

Le pro­pi­co­na­zole et le di­fé­no­co­na­zole sont des fon­gi­cides uti­li­sés pour désinfecter les bois et pro­té­ger les plan­ta­tions. L’étude montre qu’ils sont po­ten­tiel­le­ment can­cé­ri­gènes et neu­ro­toxiques. In­ha­lés, ils peuvent tou­cher le sys­tème ner­veux. Aux Etats- Unis, des ex­pé­riences ont mon­tré l’ap­pa­ri­tion de can­cers du foie chez les sou­ris.

Le Gar­dian, cen­sé s’at­ta­quer à la cer­co­spo­riose, est en­core plus in­quié­tant : il al­tère la fer­ti­li­té et peut être no­cif pour les foe­tus. Les scien­ti­fiques de l’Ece­ri condamnent l’utilisation de ces pro­duits, sur­tout « en épan­dage aé­rien dans des îles de di­men­sions mo­destes, et donc pos­sé­dant des ré­serves d’eau douce et terres arables li­mi­tées » .

Les au­to­ri­tés sa­ni­taires se re­tranchent der­rière des études en cours : « De nom­breux tra­vaux ont été lan- cés, sur le can­cer de la prostate, sur les troubles chez les en­fants, sur l’im­pré­gna­tion à ces pro­duits de la po­pu­la­tion an­tillaise, ex­plique- ton au mi­nis­tère de la San­té, qui re­con­naît que les pes­ti­cides posent un pro­blème de san­té pu­blique. Dans les mois à ve­nir, nous fi­na­li- se­rons notre po­si­tion sur les per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens. Un nou­veau plan ch­lor­dé­cone pren­dra en compte une stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du­rable aux An­tilles. » On as­sure aus­si que l’épan­dage aé­rien se­ra bien­tôt vé­ri­ta­ble­ment in­ter­dit.

( Bios­pho­to/ Ré­gis Do­mergue.)

Un la­bo­ra­toire mé­di­cal condamne l’utilisation de plu­sieurs pes­ti­cides, sur­tout s’ils sont ré­pan­dus par hé­li­co­ptère, dans les ba­na­ne­raies. Ils se­raient po­ten­tiel­le­ment can­cé­ri­gènes et neu­ro­toxiques.

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