Des sol­dats fran­çais pris au piège

Le Parisien (Paris) - - Politique - AVA DJAMSHIDI

Les stra­tèges du mi­nis­tère de la Dé­fense avaient pla­ni­fié une vic­toire par KO en Cen­tra­frique. Une in­ter­ven­tion coup- de­poing, comme ils s’en tar­guaient of­fi­cieu­se­ment, qui ne de­vait du­rer que six mois. Pour fi­nir, les mi­li­taires fran­çais en­ga­gés de­puis le 5 dé­cembre der­nier vont de­voir jouer les pro­lon­ga­tions.

Du bout des lèvres, les au­to­ri­tés ont ad­mis que l’opé­ra­tion San­ga­ris se­ra plus longue que pré­vue. Hier soir, le Par­le­ment, qui doit être consul­té pour les opé­ra­tions ex­té­rieures su­pé­rieures à quatre mois, a donc don­né son feu vert à la pour­suite de l’opé­ra­tion.

nS­pi­rale gé­no­ci­daire

Mais ce consen­sus cache mal les couacs au­tour de l’en­ga­ge­ment de l’ar­mée fran­çaise dans ce pays en­cla­vé au coeur de l’Afrique. Sur le ter­rain, douze se­maines après le dé­clen­che­ment de l’in­ter­ven­tion, la sé­cu­ri­té n’est tou­jours pas re­ve­nue. A Ban­gui, une di­zaine de per­sonnes meurent en­core chaque jour. Mar­di, la Croix- Rouge lo­cale a an­non­cé avoir ra­mas­sé neuf ca­davres dans la ca­pi­tale, des mu­sul­mans et des chré­tiens tués par balle ou à coups de ma­chette. Signe que la si­tua­tion est in­te­nable à Ban­gui, les mu­sul­mans conti­nuent de fuir la ca­pi­tale pour quit­ter le pays ou se ras­sem­bler dans le Nord, créant, de fait, une par­ti­tion com­mu­nau­taire en Cen­tra­frique.

La pré­sence des sol­dats fran­çais n’a donc pas en­rayé la spi­rale gé­no­ci­daire dans la­quelle est em­pê­tré le pays. Pro­blème de pré­pa­ra­tion ? Plu­sieurs dé­pu­tés qui se sont ren­dus ré­cem­ment à Ban­gui ont poin­té des « er­reurs d’ap­pré­cia­tion » dans la pla­ni­fi­ca­tion de l’opé­ra­tion ain­si qu’une « sous- es­ti­ma­tion » des vio­lences. Les in­ter­ro­ga­tions res­tent éga­le­ment nom­breuses sur le nombre de mi­li­taires fran­çais en­ga­gés sur le ter­rain. Le for­mat ini­tial de 1600 hommes a été re­vu à la hausse. L’en­voi de 400 sol­dats sup­plé­men­taires doit les por­ter à 2000. Les dif­fi­cul­tés s’ac­cu­mulent donc. Et la so­lu­tion semble dé­sor­mais dans le camp du Con­seil de sé­cu­ri­té de l’ONU, qui va se pen­cher sur le cas cen­tra­fri­cain au dé­but du mois pro­chain. « Une opé­ra­tion de main­tien de la paix sous casques bleus nous pa­raît seule à même de ré­pondre aux be­soins de la Cen­tra­frique » , a lan­cé, hier, Jean- Marc Ay­rault de­vant les dé­pu­tés.

( AFP/ Sia Kam­bou.)

Ban­gui ( Cen­tra­frique), hier. Des sol­dats fran­çais en patrouille. Quatre cents hommes sup­plé­men­taires doivent ve­nir ren­for­cer les 1 600 mi­li­taires en­ga­gés sur le ter­rain au dé­but de l’opé­ra­tion San­ga­ris.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.