LaC­ri­mée­pré­fè­reMos­cou au « chaos­deKiev »

ASim­fe­ro­pol, le­sac­ti­vis­tes­pro- Mos­couexi­gent­de­sau­to­ri­tés ré­gio­na­le­sun­ré­fé­ren­dum­pour­rat­ta­cher­laC­ri­méeà­laRus­sie.

Le Parisien (Paris) - - Politique - SIM­FE­RO­POL ( UKRAINE) De notre cor­res­pon­dant EM­MA­NUEL GRYNSZPAN

Toute la jour­née d’hier, quelques cen­taines de mi­li­tants pro- russes ont fait le siège du Par­le­ment de la Ré­pu­blique au­to­nome de Cri­mée à Sim­fe­ro­pol. An­dreï Krat­ko, un des me­neurs, ten­tant de pé­né­trer à l’in­té­rieur du bâ­ti­ment, ex­hor­tait les trois po­li­ciers en fac­tion : « Nous sommes votre seule pro­tec­tion contre le chaos ukrai­nien ! » La sueur perle au front des po­li­ciers qui barrent le pas­sage à Krat­ko et une poi­gnée d’hommes en uni­forme pa­ra­mi­li­taire co­saque. Krat­ko dé­taille les exi­gences de la foule. « Le Par­le­ment doit dé­ci­der d’or­ga­ni­ser un ré­fé­ren­dum sur le sta­tut de la Cri­mée. Avec trois pos­si­bi­li­tés : le rat­ta­che­ment à la Rus­sie, à l’Ukraine, ou l’in­dé­pen­dance. » Les dra­peaux russes agi­tés par la foule ré­pondent à la ques­tion. « Qua­tre­vingt- cinq pour cent de la po­pu­la­tion veut voir la Cri­mée en Rus­sie » , af­firme Krat­ko. « Le Par­le­ment est notre der­nière chance » , pour­suit- il, car le gou­ver­ne­ment ré­gio­nal a dé­jà re­con­nu l’au­to­ri­té de Kiev.

Le pré­sident du Par­le­ment, Vla­di­mir Kons­tan­ti­nov, re­fuse de se sou­mettre au nou­veau pou­voir cen­tral et dé­clare vou­loir « se battre jus­qu’au bout pour dé­fendre l’au­to­no­mie de la Cri­mée » . Il n’a pour l’ins­tant pas osé par­ler de ré­fé­ren­dum ni de rat­ta­che­ment à la Rus­sie.

nLa flotte russe est tou­jours sta­tion­née à Sé­bas­to­pol

Dans les deux jours qui ont sui­vi la chute du ré­gime de Ia­nou­ko­vitch, les gou­ver­neurs des ré­gions de l’est de l’Ukraine — qui for­maient sa base élec­to­rale — se sont tous sou­mis à l’au­to­ri­té de Kiev, à l’ex­cep­tion de la Cri­mée, dont la po­pu­la­tion est à 60 % com­po­sée de Russes eth­niques. De­hors, les in­sultes fusent. Re­fat Tchou­ba­rov, vice- pré­sident du Par­le­ment et re­pré­sen­tant des Ta­tars de Cri­mée, tra­verse la foule et file à l’in­té­rieur du Par­le­ment. « Mais at­tra­pez- le, les gars ! ru­git une dame. Ce traître est avec Maï­dan ! » Quelques rues plus loin, une qua­ran­taine de per­sonnes se sont réunies de­vant l’as­sem­blée des Ta­tars de Cri­mée. Le bâ­ti­ment a été as­per­gé de pein­ture jaune mar­di ma­tin. L’hu­meur est sombre. « Il n’y a pas eu de vio­lence pour l’ins­tant, mais nous sommes in­quiets » , ex­plique Zaïr Smed­lyaïev, 51 ans. « Nous ne vou­lons pas nous faire dic­ter la loi par cette bande de co­saques avi­nés. S’ils aiment tant la Rus­sie, qu’ils y aillent ! Ce sont eux les traîtres. » Les Ta­tars ne re­pré­sentent que 12 % de la po­pu­la­tion, mais ils sont pré­sents en Cri­mée de­puis le haut Moyen Age, bien avant l’an­nexion par l’Em­pire russe en 1863. « Nous vou­lons que la Ré­pu­blique de Cri­mée reste dans l’Ukraine et que l’Ukraine entre dans l’Union eu­ro­péenne » , pour­suit Smed­lyaïev.

Ce­pen­dant, l’in­ter­ven­tion étran­gère pour­rait ve­nir de l’Est. Le Krem­lin se tait pour l’ins­tant, mais il en­cou­rage le re­van­chisme à tra­vers les té­lé­vi­sions d’Etat. Ain­si, 56 % des Russes consi­dèrent que la Cri­mée est un ter­ri­toire russe. Et la flotte russe de la mer Noire est tou­jours sta­tion­née à Sé­bas­to­pol, le prin­ci­pal port de Cri­mée.

( AP/ Dar­ko Vo­ji­no­vic.)

Sim­fe­ro­pol ( Ukraine), hier. Quelques cen­taines de mi­li­tants pro- russes ont fait toute la jour­née le siège du Par­le­ment de la Ré­pu­blique au­to­nome de Cri­mée.

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