Un pacte… mais peu d’em­plois à es­pé­rer

Les ex­perts man­da­tés par Ma­ti­gnon ont­li­vréun­pre­mier chif­fra­ge­des­re­tom­bées­du­pac­te­de­res­pon­sa­bi­li­té. Unees­ti­ma­tion­qui­peut­pa­raî­tre­dé­ce­vante.

Le Parisien (Paris) - - Economie - CA­THE­RINE GASTÉ

En­vi­ron 300 000 créa­tions d’em­plois en cinq ans… Soit à peine 60 000 par an. Voi­là l’im­pact at­ten­du du pacte de res­pon­sa­bi­li­té pro­po­sé par le pré­sident Fran­çois Hollande au pa­tro­nat. C’est le chiffre avan­cé par le Haut Con­seil au fi­nan­ce­ment de la pro­tec­tion so­ciale — com­po­sé d’ex­perts et de re­pré­sen­tants des par­te­naires so­ciaux —, qui re­met au­jourd’hui son rap­port au Pre­mier mi­nistre sur les moyens de fi­nan­cer cette nou­velle baisse du coût du travail. 300 000 em­plois ? Pas de quoi ré­soudre la crise du chô­mage en France ( le nombre de de­man­deurs d’em­ploi pour jan­vier est pu­blié au­jourd’hui), d’au­tant que ce chiffre ne vaut qu’à la condition qu’un nouvel al­lé­ge­ment des charges des en­tre­prises ( à hau­teur de 10 Mds€) soit bien ci­blé sur les bas sa­laires. Avec une ré­duc­tion de co­ti­sa­tions pa­tro­nales uni­forme — sur tous les sa­laires —, les ef­fets se­raient moindres : entre 134 000 et 214 000 em­plois sup­plé­men­taires. De quoi y voir plus clair, sans doute, sur les con­tre­par­ties à exi­ger du pa­tro­nat.

La ques­tion agite les es­prits de­puis les an­nonces de Fran­çois Hollande. Les syn­di­cats, scep­tiques, ont pré­ve­nu : hors de ques­tion de si­gner un chèque en blanc aux en­tre­prises. Il faut des con­tre­par­ties chif­frées en termes d’em­bauches. Ce­pen­dant, per­sonne ne l’en­tend de la même oreille.

nL’Ely­sée ne veut pas fixer de con­tre­par­ties chif­frées

Elles doivent d’ailleurs en dis­cu­ter avec le Me­def ce ven­dre­di. Une belle foire d’em­poigne en pers­pec­tive car, si le pa­tro­nat pro­pose tou­jours de créer 1 mil­lion d’em­plois, c’est à la condition de dé­cro­cher un al­lé­ge­ment to­tal de 60 Mds€ ( en plus du cré­dit d’im­pôt com­pé­ti­ti­vi­té) d’ici à 2017 et non de 10 Mds€.

A l’Ely­sée comme à Ma­ti­gnon, on ne veut pas s’aven­tu­rer sur ce ter­rain- là. Fixer des con­tre­par­ties chif­frées aux en­tre­prises, c’est prendre un double risque : se les mettre à dos et faire mon­ter les en­chères. Comme l’ex­plique le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Pierre Mos­co­vi­ci, la créa­tion d’em­plois passe d’abord par une « chose fon­da­men­tale : qu’elles re­trouvent confiance, in­ves­tissent da­van­tage, aillent de l’avant » . Du coup, l’exé­cu­tif parle plu­tôt d’en­ga­ge­ments sur des thèmes pré­cis, comme l’em­bauche de jeunes et de se­niors ou la re­lo­ca­li­sa­tion en France d’en­tre­prises. Une po­si­tion que ne par­tagent pas tous les mi­nistres, comme Ar­naud Mon­te­bourg. Le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif a des exi­gences très pré­cises en termes d’em­plois. Il a ain­si évo­qué le chiffre de 2 mil­lions d’em­plois créés.

Le PS, lui, se garde bien d’al­ler aus­si loin. Ob­jet de ten­sions entre Har­lem Dé­sir, le pa­tron du PS, et la gauche de son par­ti, la ques­tion des con­tre­par­ties n’en fi­nit pas là aus­si de di­vi­ser. Elles « de­vront être né­go­ciées » , a dé­ci­dé hier la Rue de Sol­fe­ri­no : « Dans le cadre du dia­logue so­cial dans toutes ses di­men­sions : au ni­veau in­ter­pro­fes­sion­nel, dans les branches pro­fes­sion­nelles, dans les en­tre­prises, dans les ter­ri­toires » , pré­cise ce texte du PS qui es­time qu’ « une grande né­go­cia­tion so­ciale doit s’en­ga­ger dans le pays, au ni­veau na­tio­nal comme à l’éche­lon lo­cal » . Tou­te­fois, au­cun chiffre de créa­tions d’em­plois n’est cité dans le do­cu­ment. Une tâche qu’il re­vien­dra à l’exé­cu­tif et aux par­te­naires so­ciaux de dé­fi­nir, ex­plique- t- on au PS. Une pru­dence jus­ti­fiée par la vo­lon­té de ne pas em­pié­ter sur le dia­logue so­cial…

Pa­lais de l’Ely­sée, Pa­ris ( VIIIe), le 4 juillet 2013. Pierre Gat­taz, le pa­tron du Me­def, pro­met tou­jours la créa­tion de 1 mil­lion d’em­plois. Mais seule­ment s’il ob­tient un al­lé­ge­ment to­tal de charges de 60 Mds€ d’ici à 2017 et non de 10 Mds€.

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