Le « riz­do­ré » re­lan­ce­le­dé­bat sur­lesOGM

Le su­jet s’in­vite dans les al­lées duSa­lon de l’agri­cul­ture. Le mi­nistre Sté­phane Le Foll appelle àun « vrai dé­bat » . Un­chan­ge­mentde dis­cours.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

C’nLa Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne re­dit son op­po­si­tion

( à droite), est un grain de riz qui re­met le feu aux poudres. Quelques mil­li­mètres à l’as­pect in­of­fen­sif et à la jo­lie teinte blonde ap­pe­lés gol­den rice par ses in­ven­teurs en 1999, deux bio­lo­gistes de l’Ecole po­ly­tech­nique fé­dé­rale de Zu­rich. A l’oc­ca­sion de l’ou­ver­ture du Sa­lon de l’agri­cul­ture, à Pa­ris, le mi­nistre de l’Agri­cul­ture a en­trou­vert, avec ce grain de riz, la porte aux OGM de deuxième gé­né­ra­tion, dé­ve­lop­pés de­puis 1998. C’est au dé­tour d’une interview sur RTL que Sté­phane Le Foll a cité l’exemple de cet ali­ment en­ri­chi en bê­ta­ca­ro­tène, com­mer­cia­li­sé par le groupe Syn­gen­ta ( ex- As­traZe­ne­ca) et culti­vé, no­tam­ment, aux Phi­lip­pines. « Le riz do­ré, dans le­quel on aug­mente la te­neur en vi­ta­mine A, est ab­so­lu­ment né­ces­saire pour lut­ter contre la cé­ci­té » , a- t- il lâ­ché. Pour ce genre de cas, un « vrai dé­bat mé­ri­te­rait d’être or­ga­ni­sé » . Un exemple choi­si, d’après l’en­tou­rage du mi­nistre, pour lan­cer « un mes­sage d’op­ti­misme aux cher­cheurs » , car sa culture n’est pas en­vi­sa­gée en Eu­rope pour l’ins­tant — au­cune de­mande d’au­to­ri­sa­tion n’existe. Mais le mot est lan­cé… Et bruisse dans les al­lées du sa­lon de­puis quelques jours. Alors que le grain de riz do­ré a du mal à pas­ser chez les uns, il fait le ré­gal des autres. « Ce n’est pas ano­din, cet exemple, re­marque Ch­ris­tiane Lam­bert, vice- pré­si­dente de la FNSEA, le syn­di­cat agri­cole ma­jo­ri­taire. Le Foll a en­vie de par­ler d’autres OGM. En France, ce su­jet reste un to­tem. Il faut être pour ou contre. 80 % des Fran­çais ne veulent pas des OGM, mais 75 % ne sa- vent pas ce que sait. Il y a en­core be­soin d’in­for­mer, de dé­battre » , pour­suit- elle. Au stand de la co­opé­ra­tion agri­cole, son pré­sident, Phi­lippe Man­gin, semble aus­si plu­tôt sa­tis­fait de l’ou­ver­ture d’un dé­bat « qui per­mette d’ana­ly­ser les avan­tages de cer­tains OGM » .

Se­lon l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té ( OMS), 500 000 per­sonnes, dont 350 000 en­fants, de­viennent aveugles chaque an­née par manque de vi­ta­mine A — pré­sente dans les pro­duits lai­tiers, les oeufs et de nom­breux fruits et lé­gumes — qui peut aus­si être syn­thé­ti­sée dans l’or­ga­nisme avec le bê­ta­ca­ro­tène pré­sent dans le fa­meux riz do­ré. « C’est une nou­velle of­fen­sive. L’idée est de dire que les OGM de pre­mière gé­né­ra­tion sont dé­pas­sés… mais qu’on peut s’in­ter­ro­ger sur la deuxième. Mais c’est un très mau­vais exemple, un OGM de pro­pa­gande ! ful­mine ain­si Guy Kast­ler, char­gé des se­mences à la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne, qui s’est tou­jours clai­re­ment op­po­sé à ce type de culture. Il doit y avoir une tren­taine de bre­vets sur ce riz. Et puis man­ger du riz- ca­rotte, ça re­vient au même » , lance- t- il.

Ce dé­bat, qui di­vise aus­si bien en France que dans l’Union eu­ro­péenne, re­bon­dit alors que le Sé­nat a re­je­té, la se­maine der­nière, la pro­po­si­tion de loi dite Fau­con­nier ( du nom du sé­na­teur ( PS) Alain Fau­con­nier) vi­sant à in­ter­dire la mise en culture du maïs OGM en France, en par­ti­cu­lier duMON810, seule culture OGM au­to­ri­sée ac­tuel­le­ment en Eu­rope. Dans la fou­lée, Bru­no Le Roux, chef de file des dé­pu­tés so­cia­listes, a an­non­cé que l’As­sem­blée na­tio­nale étu­die­rait à nou­veau le texte le 10 avril.

( CPS Ir­ri Ima­gesI­sa­ga­ni Ser­ra­no.)

Los Baños, Phi­lip­pines. Le riz do­ré culti­vé dans le pays, est en­ri­chi en bê­ta­ca­ro­tène, ce qui aug­mente sa te­neur en vi­ta­mine A.

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