Cet­te­mé­nin­gi­te­qui­fait­peur

Trois jeu­nes­hommes sont dé­cé­dés le week- end der­nier, à Nice, de mé­nin­gites à mé­nin­go­coque. Une­for­me­peu fré­quente mais dan­ge­reu­sede cette ma­la­die qui frappe chaque hi­ver.

Le Parisien (Paris) - - Société - CLAU­DINE PROUST

Trois jeunes gens sont morts à Nice ( Alpes- Ma­ri­times) ce week- end, pré­sen­tant les symp­tômes de mé­nin­gite. Un jeune homme de 29 ans est mort di­manche à l’hô­pi­tal, alors que son beau- frère de 22 ans, avec qui il avait été en contact, est dé­cé­dé ven­dre­di à son do­mi­cile. Tous deux ont été at­teints par une mé­nin­gite à mé­nin­go­coque de type C. Leurs en­tou­rages ont im­mé­dia­te­ment été mis sous an­ti­bio­tiques.

Un autre homme de 22 ans est dé­cé­dé sa­me­di d’une mé­nin­gite à mé­nin­go­coque, mais de type B, alors qu’il se trou­vait de­puis long­temps en hô­pi­tal psy­chia­trique et sans lien avec les deux autres.

Mal­gré la conco­mi­tance de ces cas, alors que deux ado­les­cents sont par ailleurs hos­pi­ta­li­sés à Fré­jus et à Dra­gui­gnan pour des in­fec­tions in­va­sives à mé­nin­go­coque, il n’y a pas d’épi­dé­mie, ras­sure l’agence ré­gio­nale de san­té. Le point sur cette ma­la­die par­mi les plus ter­ri­fiantes.

nP­lu­sieurs types de mé­nin­gite

La mé­nin­gite est une infection de la mem­brane qui en­ve­loppe le cer­veau et le sys­tème ner­veux cen­tral. Il n’y a pas une mais des mé­nin­gites. La plus fré­quente est vi­rale, « dans la qua­si­to­ta­li­té des cas bé­nigne » ras­sure Mu­ha­med- Kheir Ta­ha, res­pon­sable du centre de ré­fé­rence des mé­nin­gites à l’Ins­ti­tut Pasteur. Dans 20 à 30 % des cas, elle est en re­vanche cau­sée par une bac­té­rie. On en dé­nombre trois es­pèces ( pneu­mo­coque, Hae­mo­phi- lus in­fluen­zae et mé­nin­go­coque), cha­cune se sub­di­vi­sant… en plu­sieurs types, plus ou mois pré­sents dans le monde. En France, les cas de mé­nin­gites bac­té­riennes les plus fré­quents sont à mé­nin­go­coque B ( 68 %) et C ( 18 %).

nUn germe mi­gra­teur

Germe stric­te­ment hu­main, aus­si sai­son­nier et hi­ver­nal que la grippe, le mé­nin­go­coque frappe sur­tout les en­fants, les ado­les­cents et les jeunes adultes, de 0 à 24 ans. La plu­part du temps, il niche en si­lence au fond de la gorge, à tout âge : « Dix pour cent de la po­pu­la­tion, soit quelque 7 mil­lions de per­sonnes en cette sai­son, s’en trouve por­teur sans même le sa­voir » , ex­plique Mu­ha­med- Kheir Ta­ha. Le pro­blème, c’est que le mé­nin­go­coque peut « chan­ger son ma­té­riau gé­né­tique comme un che­wing- gum, se trans­for­mant par­fois en va­riant hy­per­in­va­sif et passant du cô­té obs­cur de la force dans le sang » .

nUr­gence mé­di­cale ab­so­lue

Parce qu’elle peut em­por­ter le ma­lade en quelques heures s’il n’est pas trai­té as­sez tôt par de lourds an­ti­bio­tiques, cette mé­nin­gite ter­ri­fie pa­rents — et mé­de­cins — qui craignent de pas­ser à cô­té lorsque la combinaison des symp­tômes ( lire l’in­fo­gra­phie ci- contre) n’est pas au ren­dez­vous. « Une fois dans le sang, sans plus de signes que des cour­ba­tures, voire de pe­tites taches sous la peau, le germe peut tuer avant même d’avoir at­teint les mé­ninges et de se si­gna­ler par les clas­siques maux de tête et vo­mis­se­ments. Une forme ful­gu­rante pré­coce heu­reu­se­ment peu fré­quente » , sou­ligne le doc­teur Ta­ha.

nDes vac­cins utiles

Si glo­ba­le­ment « les in­fec­tions in­va­sives à mé­nin­go­coque sont rares en France et le plus souvent spo­ra­diques » , 500 à 600 cas sont néan­moins re­cen­sés chaque an­née. Huit à 10 % se ré­vèlent mor­tels et jus­qu’à 20 % des gué­ris s’en sortent avec des sé­quelles neu­ro­lo­giques. « De quoi mi­li­ter pour amé­lio­rer la cou­ver­ture vac­ci­nale » , es­time le mé­de­cin. Les vac­cins existent en ef­fet : for­te­ment re­com­man­dés chez les nour­ris­sons contre les mé­nin­gites à Hae­mo­phi­lus de­puis les an­nées 1990 et contre le pneu­mo­coque de­puis 2006. De­puis 2010, le vac­cin contre le mé­nin­go­coque C est éga­le­ment re­com­man­dé pour les 1- 24 ans, mais seuls la moi­tié des 1- 4 ans, 13 % des 15- 19 ans et 3 % à peine des 20- 24 ans sont au­jourd’hui cou­verts. Un vac­cin contre les souches B est aus­si ven­du ( mais pas rem­bour­sé) de­puis dé­cembre dans les phar­ma­cies.

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