Les­le­çons­deP­hi­lippe Croi­zon­sur­le­han­di­cap

Le Parisien (Paris) - - Société - HÉ­LÈNE HAUS

Dès la fin de l’interview, Phi­lippe Croi­zon se prête au jeu des pho­tos sou­ve­nirs avec le per­son­nel de l’hô­tel pa­ri­sien où il avait don­né ren­dez- vous hier pour par­ler de son nou­veau livre, « Plus fort la vie » * , qui sort au­jourd’hui. « C’est fan­tas­tique ce que vous faites! » lui lance tout sou­rire la di­rec­trice des lieux. La cé­lé­bri­té fait dé­sor­mais par­tie in­té­grante du quo­ti­dien de ce père de fa­mille de 46 ans, am­pu­té des deux bras et des jeux jambes, qui a réus­si l’ex­ploit en 2012 de re­lier les cinq conti­nents à la nage avec son ami va­lide Ar­naud Chas­se­ry. Une aven­ture dont il ra­conte au­jourd’hui les cou­lisses. « Tout le monde me de­mande si je n’ai pas connu une pé­riode de dé­prime après, mais je n’ai pas eu le temps. Je n’ai pas une se­conde. Je suis obli­gé de me cou­per en quatre! » blague cet an­cien ou­vrier mé­tal­lo d’In­grandes ( Vienne) sous les yeux rieurs de son fils Gré­go­ry, 20 ans, ve­nu l’ac­com­pa­gner dans sa vi­rée pa­ri­sienne.

De­puis la fin de l’épo­pée, Phi­lippe Croi­zon a créé sa propre so­cié­té de con­seil, Phi­lippe Croi­zon con­sul­ting. « Je fais des confé­rences dans les écoles, mais aus­si en en­tre­prise pour mon­trer une autre image du han­di­cap. Il faut en­core ras­su­rer les sa­la­riés et les ma­na­geurs qui s’in­quiètent souvent des consé­quences que pour­rait avoir l’em­bauche d’une per­sonne han­di­ca­pée sur leur travail. On en est en­core là… » re­grette le spor­tif, am­pu­té de­puis vingt ans après une très grave élec­tro­cu­tion. Il reste pour­tant po­si­tif sur l’évo­lu­tion de l’image des han­di­ca­pés dans la so­cié­té. « Cette an­née, les Jeux pa­ra­lym­piques de Sot­chi vont être dif­fu­sés sur France 4. Ceux de Londres en 2012 avaient été re­trans­mis sur TV 8 Mont- Blanc. Il y a du pro­grès ! » juge- t- il.

Avec Ar­naud, on était ob­nu­bi­lés par le dé­fi spor­tif. En fait c’était

sur­tout une aven­ture hu­maine”

De­puis le mois de sep­tembre, Phi­lippe Croi­zon tient jus­te­ment une chro­nique men­suelle dans « le Ma­ga­zine de la san­té » , sur France 5, dans la­quelle il aborde des thé­ma­tiques liées au han­di­cap. Mais c’est sur­tout à l’écri­ture de son livre qu’il s’est consa­cré ces six der­niers mois. « C’était fan­tas­tique, ça m’a per­mis de vivre l’aven­ture une nou­velle fois. » Et de rendre pu­blic tout ce qui n’avait pas été dit à la ra­dio ou sur les pla­teaux té­lé : les ga­lères pour trou­ver des par­te­naires fi­nan­ciers d’une ex­pé­di­tion à 400 000 €, les pro­blèmes ad­mi­nis­tra­tifs ren­con­trés avec les au­to­ri­tés lo­cales une fois sur place… Mais il plonge aus­si le lec­teur au coeur des ren­contres qu’ont faites les deux hommes et leurs proches. Comme celle de Zeth, un jeune père de fa­mille de Pa­poua­sie- Nou­velle- Gui­née, qui dé­cide à la der­nière mi­nute de les ac­com­pa­gner dans leur pre­mière tra­ver­sée entre l’Océa­nie et l’Asie. Et qui réus­si­ra mal­gré le manque d’entraînement et l’épui­se­ment.

« On ne pen­sait pas vivre tout ça quand on est par­tis. Avec Ar­naud, on était ob­nu­bi­lés par le dé­fi spor­tif. En fait c’était sur­tout une aven­ture hu­maine. Ça res­te­ra en moi pour tou­jours » , sou­rit Phi­lippe Croi­zon. Mais aus­si sur les roues de son fau­teuil élec­trique, où il a col­lé des cartes du monde rap­pe­lant toutes les étapes qu’ils ont ef­fec­tuées à la nage. Un fau­teuil qu’il uti­lise quand il ne marche pas avec ses pro­thèses. Et dont ses deux fis­tons s’amusent par­fois à tra­fi­quer la com­mande à dis­tance lors­qu’il est au fond de son jar­din. « Il reste coin­cé, c’est trop drôle » , plai­sante Gré­go­ry. Chez les Croi­zon, l’hu­mour se trans­met de père en fils. * « Plus fort la vie » , de Phi­lippe Croi­zon et Em­ma­nuelle Dal’Sec­co aux Edi­tions Ar­thaud. 19,90 €.

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