Moi­rans­re­fu­se­de­croi­reau­crime

Alors qu’une ca­tho­lique pra­ti­quante han­di­ca­pée a ac­cu­séde viol le prêtre de cet­te­pa­rois­se­duHaut- Ju­ra, le vil­lage juge son­cu­ré in­ca­pable d’un tel acte.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - MOI­RANS- EN- MON­TAGNE ( HAUT- JU­RA) De notre en­voyée spé­ciale LOUISE COL­COM­BET

De jo­lies fa­çades co­lo­rées et, au fond, un ma­gni­fique clo­cher à dôme, ty­pique de la ré­gion. A Moi­rans- en- Mon­tagne, pe­tit vil­lage du Haut- Ju­ra, on s’en­or­gueillit presque au­tant du musée du Jouet que de l’église Saint- Ni­co­las, édi­fiée au XVe siècle.

Pour­tant, de­puis plus de trois ans, les pa­rois­siens sont meur­tris : le père Da­niel La­gnien, très ap­pré­cié dans ce vil­lage de 2 400 ha­bi­tants, a été éloi­gné par les au­to­ri­tés dio­cé­saines pour un mo­tif bien em­bar­ras­sant. L’homme, au­jourd’hui âgé de 69 ans, est en ef­fet ac­cu­sé d’avoir vio­lé en juin 2010 l’une de ses fi­dèles, une femme par­ti­cu­liè­re­ment dé­vote, souf­frant par ailleurs de troubles psy­cho­lo­giques et de mul­tiples pro­blèmes phy­siques, qui, à presque 40 ans, ha­bite chez sa mère dans un vil­lage voi­sin et vit de l’al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé.

C’est un homme de bien, ab­so­lu­ment

pas violent”

Un fi­dèle

Le prêtre, dont le pro­cès s’ouvre ce ma­tin de­vant les as­sises du Ju­ra, est ain­si pour­sui­vi pour « viol et agres­sion sexuelle sur per­sonne vul­né­rable » , une cir­cons­tance ag­gra­vante au re­gard du Code pé­nal. Un crime pas­sible de vingt ans de pri­son, et dont les pa­rois­siens, pour la plu­part, jugent le père La­gnien in­ca­pable. « C’est un homme de bien, ab­so­lu­ment pas violent » , mar­tèle ain­si l’un des fi­dèles qui, comme beau­coup, ne s’ex­prime que sous cou­vert d’ano­ny­mat. De fait, à Moi­rans, beau­coup ont même du mal à ima­gi­ner que Da­niel, comme ils l’ap­pellent en­core, ait pu avoir une re­la­tion in­time avec la plai­gnante — ce qu’il a ad­mis de­vant les en­quê­teurs, re­con­nais­sant d’abord le viol avant d’af­fir­mer que sa par­te­naire était consen­tante.

Très in­ves­tie dans cette pa­roisse, ani­mant le ca­té­chisme et des groupes de prières, la vic­time cô­toyait le père La­gnien très ré­gu­liè­re­ment. D’après son ré­cit, leur re­la­tion au­rait com­men­cé à chan­ger lors d’un pè­le­ri­nage en Isère, cou­rant juin, pen­dant le­quel le prêtre lui au­rait fait des avances ap­puyées, ten­tant de l’em­bras­ser avant de lui ca­res­ser les cuisses et le sexe.

Elle l’a ex­ci­té, et puis un homme est un homme, vous sa­vez…”

Jeanne, pa­rois­sienne de 89 ans

Sur les conseils d’un ami, celle- ci se rend alors quelques jours plus tard au do­mi­cile du prêtre pour cla­ri­fier les choses. C’est alors que les ver­sions di­vergent : la vic­time, qui était vierge avant les faits, di­sant avoir été en­traî­née dans la chambre, pous­sée par le prêtre et vio­lée. Elle af­firme avoir clai­re­ment dit non, ce que ré­fute le père La­gnien. « Il est constant sur ce point, in­siste son avo­cat, Me Ran­dall Sh­wer­dorf­fer, qui en­tend plai­der l’ac­quit­te­ment. Oui, il a été at­ti­ré par cette femme dif­fé­rente des autres, mais ce­la consti­tue une faute mo­rale et non une res­pon­sa­bi­li­té pé­nale. Elle l’a sui­vi spon­ta­né­ment dans sa chambre. Elle est dans un rap­port chao­tique à la sexua­li­té et res­sent sans doute de la culpa­bi­li­té par rap­port à cette re­la­tion » , in­ter­prète l’avo­cat.

Comme lui, beau­coup de pa­rois­siens ont d’ores et dé­jà ab­sous « leur » prêtre. « C’est tel­le­ment in­ima­gi­nable ! On n’y était pas, c’est sûr, mais en­fin, on se de­mande quand même si c’est pas un coup mon­té… » sou­pire une re­trai­tée. D’autres ne prennent pas de telles pré­cau­tions. « A ce qu’on m’a dit, c’est une vieille fille dont per­sonne ne vou­lait, lance Jeanne, 89 ans. Elle l’a ex­ci­té, et puis un homme est un homme, vous sa­vez… » Des pro­pos qui hé­rissent Me Au­ré­lie De­gour­nay, rap­pe­lant la « double peine » de sa cliente, mise au ban après avoir dé­non­cé les actes du père La­gnien.

« La re­li­gion, c’était toute sa vie, elle s’en re­trouve pri­vée au­jourd’hui. Il était ab­so­lu­ment im­pen­sable pour elle de pou­voir su­bir ce­la de la part d’un prêtre. Mais, en plus, elle a été mon­trée du doigt, in­sul­tée, à tel point qu’elle ne pou­vait plus sor­tir de chez elle. Elle a dû chan­ger de nu­mé­ro de té­lé­phone après des ap­pels mal­veillants » , dé­nonce- t- elle. L’avo­cate in­siste éga­le­ment sur le com­por­te­ment élo­quent du père La­gnien, une fois les faits ré­vé­lés. Il a écrit plu­sieurs lettres d’ex­cuses à la plai­gnante, pro­po­sant même un par­don pu­blic. Mais l’évêque de l’époque l’a alors conduit de­vant le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, puis en­voyé à Lourdes du­rant plu­sieurs mois.

De­puis, d’autres cu­rés se re­laient pour ani­mer la pa­roisse. « On est si­nis­trés à cause d’elle, tance une re­trai­tée. Après ça, elle est re­ve­nue à la messe, comme si de rien n’était. Les gens chan­geaient de place, mais je les com­prends ! Elle avait dé­jà ap­pro­ché le prêtre pré­cé­dent, mais lui, il l’a vue ve­nir. Là, c’est un coup de mal­chance, elle avait be­soin de ré­con­fort et puis… En tout cas, il a peut- être fau­té, conclut- elle, mais il ne l’a pas vio­lée ! » Le ver­dict est at­ten­du de­main soir.

On est si­nis­trés à cause d’elle. Après ça, elle est re­ve­nue à la messe, comme si de rien n’était.”

Une re­trai­tée

Moi­rans- en- Mon­tagne ( Haut- Ju­ra), hier. De nom­breux pa­rois­siens ont d’ores et dé­jà ab­sous « leur » prêtre, éloi­gné de la com­mune de­puis la plainte pour viol d’une fi­dèle.

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