Es­cro­qués par un ma­fieux mexi­cain

Joa­quin Guz­man, un nar­co­tra­fi­quant, cible de la jus­tice amé­ri­caine, blan­chis­sait son ar­gent grâce à un mon­tage à la Ma­doff. Des mil­liers de Fran­çais ont été pié­gés.

Le Parisien (Paris) - - La Une - MAT­THIEU PELLOLI

Entre la France et le Mexique, un océan et 10 000 km de dis­tance. Pour­tant, de très nom­breux Fran­çais scrutent ner­veu­se­ment l’ac­tua­li­té mexi­caine de­puis l’ar­res­ta­tion, le week- end der­nier, de Joa­quin Guz­man, le tra­fi­quant de co­caïne le plus puis­sant du monde. Sur­nom­mé El Chapo ( « le Cour­taud » ) , ce baron de la drogue était la cible d’une gi­gan­tesque en­quête de la jus­tice amé­ri­caine de­puis plu­sieurs an­nées.

Outre ses ac­ti­vi­tés de nar­co­tra­fi­quant, il est soup­çon­né d’avoir blan­chi une par­tie de sa gi­gan­tesque for­tune via des so­cié­tés qui au­raient es­cro­qué des cen­taines de mil­liers de pe­tits épar­gnants de par le monde, dont des di­zaines de mil­liers de Fran­çais. Com­bien pré­ci­sé­ment ? Il est trop tôt pour le dire.

Dans cette af­faire ro­cam­bo­lesque, cer­tains ont per­du quelques mil­liers d’eu­ros, d’autres plu­sieurs cen­taines de mil­liers. Le mon­tant glo­bal n’est pas en­core connu, mais il se chif­fre­ra en mil­lions d’eu­ros.

L’ins­tru­ment du dé­lit ? Le site In­ter­net Fi­nan­zas Fo­rex, hé­ber­geant no­tam­ment la so­cié­té pan­améenne Evo­lu­tion Mar­ket Group ( EMG), qui se pré­sen­tait comme une « so­cié­té d’in­ter­mé­dia­tion fi­nan­cière com­po­sée d’une équipe de pro­fes­sion­nels et d’ex­perts en in­ves­tis­se­ments s ur l e mar­ché des de­vises » . En pleine crise fi­nan­cière, EMG pro­met­tait aux in­ves­tis­seurs un ren­de­ment à deux chiffres.

De 2007 à 2009, des cen­taines de mil­liers de per­sonnes mordent à l’ha­me­çon, ori­gi­naires de France, mais aus­si d’Eu­rope, d’Amé­rique et même d’Océa­nie. Les vic­times fran­çaises — qui se dé­fen- dent toutes d’avoir vou­lu faire de l’éva­sion fis­cale — pen­saient avoir trou­vé le « pla­ce­ment du siècle » . Elles étaient loin d’ima­gi­ner qu’elles avaient tout sim­ple­ment confié leurs éco­no­mies à des es­crocs pré­su­més tra­vaillant pour un re­dou­table car­tel de la drogue mexi­cain.

Dans son architecture, l’escroquerie n’a rien d’ori­gi­nal ni de no­va­teur. Elle est du type py­ra­mide de Pon­zi, du même genre que celle mise en place par le fi­nan­cier amé­ri­cain Ber­nard Ma­doff— condam­né à cent cin­quante ans de pri­son en juin 2009. Con­crè­te­ment, l’ar­gent des der­niers clients en date fi­nan­çait les in­té­rêts des clients plus an­ciens. Jus­qu’au mo­ment où, faute d’in­ves­tis­seurs

Le gou­ver­ne­ment

amé­ri­cain ré­cu­pé­re­rait des in­for­ma­tions sur les car­tels en échange d’une im­pu­ni­té ”

Ch­ris­tophe, l’une des vic­times fran­çaises

et de li­qui­di­tés, la py­ra­mide s’est ef­fon­drée au pré­ju­dice des der­niers ar­ri­vés.

En France, une cin­quan­taine de vic­times d’El Chapo se sont re­grou­pées dans l’as­so­cia­tion Arces In­ter­na­tio­nal ( lire ci- des­sous). L’as­so­cia­tion a por­té plainte pour escroquerie en bande or­ga­ni­sée en 2011 et, après deux ans d’en­quête, la bri­gade fi­nan­cière fran­çaise se­rait sur le point de la bou­cler. Une pro­cé­dure est éga­le­ment en cours aux Etats- Unis, mais l’en­quête pé­nale n’y avance pas aus­si vite que le sou­hai­te­raient les vic­times fran­çaises.

« De­puis son ar­res­ta­tion, nous sommes plu­sieurs à craindre un deal avec El Chapo, re­doute Ch­ris­tophe, l’une des vic­times fran­çaises. Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ré­cu­pé­re­rait des in­for­ma­tions sur les car­tels de la drogue en échange d’une im­pu­ni­té en ce qui concerne les af­faires d’es­cro­que­ries. »

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