L’eau­des­cam­pa­gne­sen­core très­pol­luée­parl’agri­cul­ture

Dans une étude pu­bliée hier, l’as­so­cia­tion de consom­ma­teurs dé­nonce la forte pré­sen­ce­de­pes­ti­ci­de­soude ni­trates dans l’eau du­ro­bi­netdes zones ru­rales.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

Bonne nou­velle : 98 % des Fran­çais boivent une eau du ro­bi­net de bonne qua­li­té. Mau­vaise pioche en re­vanche pour 1,48 mil­lion d’entre eux qui conti­nuent, en re­vanche, « à payer pour une eau non conforme aux cri­tères ré­gle­men­taires » , note l’as­so­cia­tion UFC- Que choi­sir dans une étude* sur l’eau potable en France pu­bliée hier, en plein Sa­lon de l’Agri­cul­ture. « La grande ab­sente y est la po­li­tique de l’eau » , dé­nonce Alain Ba­zot, son pré­sident.

nLes pes­ti­cides en cause

L’eau dite « non conforme » aux seuils ré­gle­men­taires est pour­tant potable. « Des marges de sé­cu­ri­té existent » , jus­ti­fie Oli­vier An­drault, spé­cia­liste de l’agroa­li­men­taire à l’UFC. Pes­ti­cides, ni­trates et sé­lé­nium, les trois sub­stances pol­luan- tes d’ori­gine agri­cole sont res­pon­sables de 69 % de la to­ta­li­té des eaux non conformes en France. 774 com­munes sont concer­nées par la pol­lu­tion aux pes­ti­cides, 371 com­munes par la pol­lu­tion aux ni­trates et 134 com­munes par le sé­lé­nium, com­po­sé na­tu­rel mais toxique des couches pro­fondes de la croûte ter­restre. « Cette conta­mi­na­tion est émer­gente. L’eau étant pol­luée dans les couches su­per­fi­cielles, on va la cher­cher plus pro­fon­dé­ment » , in­dique l’étude. 900 000 consom­ma­teurs du quart nord- est de l’Hexa­gone sont po­ten­tiel­le­ment concer­nés par cette pol­lu­tion liée à l’agri­cul­ture et, pa­ra­doxa­le­ment, pas les consom­ma­teurs bre­tons ( voir ci- des­sous).

nL’eau est meilleure en ville

En­vi­ron 500 000 Fran­çais — un tiers de la po­pu­la­tion concer­née par l’eau pol­luée —, qui ré­sident en zones ru­rales et mon­ta­gneuses sont concer­nés par un pro­blème dû « à la vé­tus­té des ré­seaux ou au manque de sur­veillance » des équi­pe­ments. La pe­tite part qui reste est liée à la ra­dio­ac­ti­vi­té na­tu­relle, éga­le­ment en zone ru­rale ( 4 % des cas dans les ré­gions de sous- sol en gra­nit comme la Bre­tagne, la Cor­rèze, la Creuse).

C’est donc dans les com­munes ru­rales que les sub­stances pol­luantes sont les plus im­por­tantes… Et con­trai­re­ment aux idées re­çues, c’est en ville que l’on boit la meilleure eau.

L’écart ne fait que se creu­ser de­puis la der­nière étude de 2012 avec un ni­veau de conta­mi­na­tion en baisse de 35 % dans les com­munes de plus de 5 000 ha­bi­tants mais en hausse de 8 % dans les vil­lages de moins de 500 ha­bi­tants.

nLa pas­si­vi­té des au­to­ri­tés

Si l’eau est potable en France, sa qua­li­té est donc « en trompe- l’oeil » d’après l’as­so­cia­tion de consom­ma­teurs, qui s’in­surge contre « la pas­si­vi­té des pou­voirs pu­blics et des agences de l’eau » . Elle rap­pelle que le coût de la dé­pol­lu­tion de l’eau est es­ti­mé chaque an­née entre 640 000 et 1 140 mil­lions d’eu­ros.

C’est le prin­cipe du « non- pol­lueur payeur » qui s’ap­plique, les consom­ma­teurs payant l’es­sen­tiel des taxes de dé­pol­lu­tion. L’as­so­cia­tion profite du Sa­lon de l’agri­cul­ture pour ré­cla­mer des sou­tiens fi­nan­ciers ac­crus aux « agri­cul­tures uti­li­sant une faible quan­ti­té d’in­trants » . Et rap­pelle à la France l’ob­jec­tif fixé par l’Eu­rope d’at­teindre un bon état éco­lo­gique des eaux d’ici à 2015.

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