Cloî­trés pour pré­pa­rer les concours

Les élèves de classes pré­pas sont de plus en plus nom­breux à pas­ser des va­cances stu­dieuses au mo­nas­tère. Re­por­tage dans un prieu­ré où une tren­taine d’étu­diants sont cloî­trés pour la se­maine.

Le Parisien (Paris) - - Société - ÉPERNON ( EURE- ET- LOIR) De nos en­voyés spé­ciaux CH­RIS­TEL BRI­GAU­DEAU

Il règne un si­lence de ca­thé­drale dans la salle d’études du prieu­ré Saint- Tho­mas. Ceux qui lisent sous le cru­ci­fix, voû­tés sur leurs ca­hiers et plan­qués sous leur ca­puche, ne sont pour­tant pas des no­vices mais des étu­diants qui préparent les concours d’en­trée aux grandes écoles de com­merce et d’in­gé­nieurs.

Si­tué à Eper­non, un bourg de 5 000 âmes plan­té en pleine na­ture, à 60 km de Pa­ris, le prieu­ré abrite cette se­maine une tren­taine de ces re­clus vo­lon­taires. A moins de deux heures de chez eux et pour 43,60 € par jour en pen­sion com­plète, ils trouvent un re­fuge contre la ten­ta­tion de la pro­cras­ti­na­tion, écueil fa­tal dans la der­nière ligne droite qui doit les me­ner aux Mines ou à HEC. Ici, il n’y a pas d’écran plat. Pas de co­pains qui passent et pas de fri­go où pi­co­rer pour grap­piller quelques mi­nutes loin du pu­pitre. « On est cloî­trés dans un en­droit où il n’y a rien à faire, c’est par­fait ! » ré­sume un élève.

« Pen­dant la pre­mière se­maine des va­cances, j’ai sur­tout re­gar­dé les Jeux olym­piques chez moi. Même si je vou­lais bos­ser, je trou­vais tou­jours un pré­texte pour sor­tir de ma chambre, té­moigne Adrien, un Ver­saillais de 21 ans, ar­ri­vé lun­di avec une co­pine. Au prieu­ré, le cadre est pro­pice. C’est mo­ti­vant de voir que les autres tra­vaillent, y com­pris le soir. On ne se pose pas de ques­tion, on bosse. » Pour com­plé­ter son as­cèse, il s’est aus­si « dés­ins­crit de Fa­ce­book » .

Messe non obli­ga­toire

Au grand bon­heur de la con­gré­ga­tion des Soeurs du Ch­rist, qui trouve là une oc­ca­sion pro­vi­den­tielle de rem­plir sa « mai­son d’ac­cueil » , le bouche- à- oreille fonc­tionne, et les ré­ser­va­tions sont de plus en plus nom­breuses. Dans la classe de Louis, un as­pi­rant ingénieur de 19 ans, « un tiers des élèves part en mo­nas­tère pen­dant ces va­cances » . Lui est ve­nu avec Ra­ni, un co­pain d’ori­gine mu­sul­mane. « Mes pa­rents étaient in­ter­lo­qués au dé­but, mais ils ont vite com­pris, ex­plique ce der­nier. Ce­la n’a rien de re­li­gieux. »

Soeur Ma­ry­lise, la di­rec­trice de la mai­son, n’oblige pas ses hôtes étu- diants à as­sis­ter à la messe, bien qu’elle se dise « ra­vie » quand ils passent une tête cu­rieuse dans la cha­pelle. Au prieu­ré, les jeunes sont en re­vanche priés de res­pec­ter les ho­raires des re­pas et la quié­tude des lieux. « On fait des grosses jour­nées, on bosse de 8 heures à 22 heures en moyenne » , note Ca­mille.

A 12 h 30, après quatre heures de ba­cho­tage, la salle aux cru­ci­fix se vide d’un coup. Can­tine ! Au ré­fec­toire, les hôtes font hon­neur aux cro­quettes pommes ris­so­lées en dis­cu­tant de leurs sa­cro- saints « pro­grammes de ré­vi­sions » . Des groupes se forment, en fonc­tion des fi­lières vi­sées ou des ly­cées d’ori­gine des étu­diants. Pas ques­tion pour au­tant de s’at­tar­der : en trois quarts d’heure, tout le monde a quit­té la pièce, et per­sonne n’a tou­ché au vin de pays po­sé sur les tables. Quelques- uns vont griller une ci­ga­rette avant l’in­évi­table re­tour aux bou­quins.

Tom, un Pa­ri­sien ve­nu avec trois ca­ma­rades de la pré­pa pri­vée Ipé­sup « n’est pas ici pour se faire des amis. » Lui pré­pare HEC pour la deuxième an­née consé­cu­tive, et « ce n’est pas le mo­ment de fri­co­ter, pense- t- il. Les autres pré­pas, je ne leur parle pas parce que je n’ai rien à y ga­gner » .

Il es­père tout de même « sor­tir boire une bière pour se dé­tendre vers 22 heures » . Dom­mage : à cette heure- là à Eper­non, les ca­fés sont souvent fer­més.

( LP/ Oli­vier Aran­del.)

Eper­non ( Eure- et- Loir), lun­di. Pour 43,60 € par jour en pen­sion com­plète, de nom­breux étu­diants en classe pré­pa­ra­toire trouvent le calme né­ces­saire aux ré­vi­sions dans la con­gré­ga­tion des Soeurs du Ch­rist.

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