Coup de froid sur la Terre pri­mi­tive

L’ana­lyse des plus vieux mi­né­raux du monde montre que, peu après sa nais­sance, la Terre s’est re­froi­die plus ra­pi­de­ment qu’onne le croyait et abri­tait dé­jà de l’eau.

Le Parisien (Paris) - - Le rendez- Vous -

Nous sommes tous des en­fants du So­leil, la Terre, les mon­tagnes, les plantes ou les êtres hu­mains. Tous, nous sommes sor­tis de ses flancs en­flam­més il y a en­vi­ron 4,6 milliards d’an­nées. Après, la boule en fu­sion qu’était en­core notre pla­nète s’est re­froi­die, per­met­tant à l’eau d’exis­ter sous forme li­quide et, plus tard, à la vie d’ap­pa­raître.

Jus­qu’à pré­sent, la théo­rie do­mi­nante était que cette phase de re­froi­dis­se­ment avait du­ré en­vi­ron 600 mil­lions d’an­nées. Or une dé- cou­verte ré­cente prouve que la baisse des tem­pé­ra­tures s’est pro­duite beau­coup plus ra­pi­de­ment.

Une équipe de l’uni­ver­si­té du Wis­con­sin ( Etats- Unis), uti­li­sant une nou­velle mé­thode d’ana­lyse, la to­mo­gra­phie ato­mique, a en ef­fet réus­si à da­ter avec cer­ti­tude des cris­taux de zir­con trou­vés dans des roches. Ce si­li­cate, ré­pu­té ex­trê­me­ment stable, reste chi­mi­que­ment in­tact au cours des âges. D’après les scien­ti­fiques amé­ri­cains, les échan­tillons qu’ils ont exa­mi­nés, en pro­ve­nance des Jack Hills, dans l ’ ouest de l ’ Aus­tra­lie, ont 4,374 milliards d’an­nées, ce qui en fait les mi­né­raux les plus vieux du monde. Sur­tout, le pro­ces­sus d’in­clu­sion du zir­con dans les roches im­pli­quant plu­sieurs phases de fu­sion, en­tre­cou­pées de pé­riode de re­froi­dis­se­ment, montre que notre pla­nète pos­sé­dait de l’eau très peu après sa nais­sance.

Des condi­tions né­ces­saires à la vie dé­jà réunies

« L’étude* ren­force notre conclu­sion que la Terre avait une hy­dros- phère ( NDLR : en­semble des formes d’eau) il y a plus de 4,3 milliards d’an­nées » , sou­ligne le pro­fes­seur John Val­ley, à la tête de l’équipe amé­ri­caine. Le pro­fes­seur Pas­cal Phi­lip­pot, géo­logue et géo­chi­miste à l’Ins­ti­tut de phy­sique du globe de Pa­ris, pense de même. « Ce­la fait une di­zaine d’an­nées qu’on pense que le pro­ces­sus de re­froi­dis­se­ment a été plus ra­pide que ce qui est en­core en­sei­gné. Grâce à ces cris­taux de zir­con, on sait que la Terre abri­tait des océans très tôt, même si, sans doute, de com­po­si­tion dif­fé­rente d’au­jourd’hui. C’est im­por­tant parce que ce­la veut dire que, il y a presque 4,4 milliards d’an­nées, un peu moins de 200 mil­lions d’an­nées après la nais­sance de la Terre, les condi­tions né­ces­saires à la vie exis­taient dé­jà. » Une vie dont on es­time gé­né­ra­le­ment qu’elle a pu ap­pa­raître il y a en­vi­ron 3,5 milliards d’an­nées, mais dont on sait dé­sor­mais qu’elle a pu voir le jour bien plus tôt. * Pu­bliée dans la re­vue spé­cia­li­sée « Na­ture Geos­cience » .

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