« Mé­dia­ti­que­ment, ilé­tait­phé­no­mé­nal »

AlainMer­cier, res­pon­sa­bled’unea­gen­ce­de­pres­ses­pé­cia­li­sée­dans­le­sport

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - L. C. LOUISE COL­COM­BET

Qui est réel­le­ment Os­car Pistorius ? Un athlète exemplaire à la vo­lon­té de fer ou un homme violent et pa­ra­noïaque ? Alors que s’ouvre lun­di pro­chain en Afrique du Sud son pro­cès pour le meurtre — pré­mé­di­té se­lon l’ac­cu­sa­tion, ac­ci­den­tel se­lon lui — de sa com­pagne Ree­va Steen­kamp dans la nuit du 13 au 14 fé­vrier 2013, le clan Pistorius sait d’ores et dé­jà, et qu’elle qu’en soit l’is­sue, que l’image d’Os­car, athlète han­di­sport de­ve­nu star mon­diale, est dé­fi­ni­ti­ve­ment abî­mée.

De­puis le drame, la ma­chine mé­dia­tique a em­boî­té le pas à l’en­quête, son­dant les tré­fonds de l’âme de ce spor­tif jus­que­là pré­sen­té comme un gar­çon po­li, dé­ter­mi­né, sans as­pé­ri­té. Et c’est une autre fa­cette, beau­coup plus sombre, qui est ap­pa­rue, celle d’un ob­sé­dé d’armes à feu, ca­pable de ti­rer dans le toit d’une voi­ture dé­ca­po­table par éner­ve­ment, de se mon­trer cou- reur de ju­pons et pos­ses­sif avec les femmes, voire agres­sif, comme en té­moigne une al­ter­ca­tion avec une voi­sine en 2009 qui a ré­cem­ment fait l’ob­jet d’un rè­gle­ment fi­nan­cier à l’amiable.

En l’ab­sence de té­moin di­rect du drame, et mal­gré la foule d’ex­perts conviés au pro­cès, les ob­ser­va­teurs savent que la per­son­na­li­té de l’ac­cu­sé joue­ra un rôle pré­pon­dé­rant dans la dé­ci­sion fi­nale, celle de sa­voir si Os­car Pistorius, 27 ans, a vo­lon­tai­re­ment as­sas­si­né sa com­pagne, man­ne­quin à suc­cès, de quatre balles de 9 mm, ou s’il a réel­le­ment cru ti­rer sur un vo­leur qui se se­rait in­tro­duit dans sa vil­la, comme il l’a tou­jours af­fir­mé.

nUne chaîne de té­lé créée spé­cia­le­ment pour le pro­cès

L’en­jeu du pro­cès est énorme : le spor­tif risque la pri­son à vie s’il est re­con­nu cou­pable. Si la thèse de l’ac­ci­dent est re­te­nue, il pour­rait éco­per de quinze ans de pri­son au maxi­mum, une peine qu’il pour­rait même ef­fec­tuer chez lui. Mais son sta­tut d’icône, lui, a dé­jà vo­lé en éclats. Et sa

Au- de­là d’un athlète, Os­car Pistorius était aus­si et sur­tout une icône mé­dia­tique. Un spor­tif « que sa tra­jec­toire per­son­nelle et son cha­risme ren­daient at­trac­tif, dé­taille Alain Mer­cier, dont l’agence de presse Ali­néa est spé­cia­li­sée dans le sport. Mé­dia­ti­que­ment, il était phé­no­mé­nal » . Lors de sa ve­nue au mee­ting Are­va au Stade de France en juillet 2011, Os­car Pistorius avait éclip­sé d’autres stars comme Re­naud La­ville­nie ou Ch­ris­tophe Le­maitre, pro­vo­quant une qua­si- émeute lors de sa confé­rence de presse. « C’était au même ni­veau que pour Usain Bolt » , se sou­vient Alain Mer­cier, évo­quant un spor­tif ave­nant, sou­cieux de ré­pondre à chaque mé­dia. Pour au­tant, ce spé­cia­liste es­time aus­si que Pistorius, mal­gré sa vo­lon­té à toute épreuve, avait sans doute at­teint une sorte de som­met. « Il au­rait pu grap­piller en­core quelques dixièmes, mais n’au­rait ja­mais pu ga­gner une fi­nale aux JO. » Néan­moins, pour Alain Mer­cier, son par­cours reste ex­cep­tion­nel. « Il vi­vait très bien de car­rière ne s’en re­lè­ve­ra pas.

Au mo­ment du drame, celle- ci était pour­tant à son apo­gée. Sex­tuple cham­pion pa­ra­lym­pique, pre­mier athlète à concou­rir aux cô­tés des va­lides lors des Jeux olym­piques de Londres en 2012 — où il avait échoué au stade des de­mi- fi­nales du 400 m — Blade Run­ner, sur­nom fai­sant ré­fé­rence à ses pro­thèses en car­bone, for­çait l’ad­mi­ra­tion de tous par ses per­for­mances et son ab­né­ga­tion. Né sans pé­ro­né, am­pu­té des deux jambes à l’âge de 11 ans, le jeune Os­car s’était d’abord pas­sion­né par le rug­by avant de ve­nir à la course, presque par ha­sard, où il a ra­pi­de­ment ex­cel­lé.

Ca­tho­lique fervent, il a tou­jours re­fu­sé de s’api­toyer sur son sort, croyant en son des­tin et ré­pé­tant à l’en­vi qu’il était « un athlète comme les autres » et que « tous les rêves sont ac­ces­sibles à condition de s’en don­ner les moyens » . Un cre­do qui avait sé­duit les plus cé­lèbres spon­sors : Nike, Clarins, Vol­vo…, qui l’ont tous lâ­ché au len­de­main du drame, mais aus­si la presse, dont le pres­ti­gieux ma­ga­zine « Time » , son sport ( NDLR : jus­qu’à 3,5 M€ par an en contrats pu­bli­ci­taires), beau­coup mieux que cer­tains qui al­laient plus vite que lui sur la piste. Mais il a fait plus pour la re­con­nais­sance du han­di­sport que n’im­porte qui. Jus­qu’à lui, per­sonne ne pou­vait ci­ter un seul nom d’athlète han­di­ca­pé, et lui s’est fait connaître mon­dia­le­ment ! » qui l’avait clas­sé en 2012 par­mi les cent per­son­na­li­tés les plus in­fluentes.

Les trois se­maines d’au­dience, in­té­gra­le­ment re­trans­mises à la ra­dio et en grande par­tie à la té­lé­vi­sion — une chaîne spé­ciale a été créée pour l’oc­ca­sion — pro­mettent des re­cords d’au­dience : une star dé­chue, is­sue d’une fa­mille blanche et bour­geoise dans ce pays où les in­éga­li­tés res­tent im­menses, des stars du bar­reau qui s’af­fron­te­ront dans le pré­toire, la ques­tion des vio­lences faites aux femmes et celle de la cri­mi­na­li­té et des armes à feu, tous les in­gré­dients sont réunis pour pas­sion­ner le pays.

Le clan Pistorius ne l’ignore pas. Outre l’un des meilleurs avo­cats du pays, la fa­mille s’est ad­joint les ser­vices de plu­sieurs at­ta­chés de presse qui ani­me­ront un compte Twit­ter spé­ci­fique (@ Os­carHardT­ruth) afin de com­battre, aus­si, sur le ter­rain de la com­mu­ni­ca­tion. Le ver­dict, comme il est de tra­di­tion en Afrique du Sud, ne se­ra pas connu avant plu­sieurs se­maines.

( AP/ An­ja Nie­drin­ghaus.) ( AP/ Lu­cky Nxu­ma­lo.)

Londres ( Royaume- Uni), le 4 août 2012. Pre­mier athlète à concou­rir aux cô­tés des va­lides lors des Jeux olym­piques, Os­car Pistorius est pas­sé du sta­tut d’icône for­çant l’ad­mi­ra­tion à ce­lui de star dé­chue. Ree­va Steen­kamp, man­ne­quin à suc­cès, était la pe­tite amie du spor­tif de­puis no­vembre 2012.

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