Im­bu­la, le ti­ti del’ OM

Non conser­vé parle PSG àl ’âge de 13 ans, le mi­lieu del’ OMa pui­sé dans son par­cours une force de ca­rac­tère sin­gu­lière.

Le Parisien (Paris) - - Sports - MAR­SEILLE ( BOUCHES- DU- RHÔNE) De notre cor­res­pon­dant MA­THIEU GRÉ­GOIRE

Sou­ley­mane Dia­wa­ra n’en re­vient pas, re­garde la pho­to plu­sieurs fois : « Mais, en fait, Gian, il a tou­jours eu une tête de vieux ! » Et il a même por­té le maillot du PSG ! En 2004, Gian­nel­li Im­bu­la a 12 ans, quelques cen­ti­mètres de plus que la moyenne, et il entre au centre de pré­for­ma­tion du PSG à Con­flans ( Yve­lines). Il quitte Ar­gen­teuil ( Val- d’Oise) pour l’in­ter­nat, et re­joint un club où sa ré­pu­ta­tion l’a pré­cé­dé. « On connais­sait son pied gauche dans la ré­gion, sou­rit Jor­dan Gèle, son grand pote du PSG au­jourd’hui à Com­piègne ( CFA 2). L’in­té­gra­tion a été ra­pide. »

Jor­dan se rap­pelle d’un tour­noi en Espagne, d’un match contre Va­lence pour la troi­sième place : « Il éli­mine deux joueurs, il frappe, au- des­sus. Bis re­pe­ti­ta, quelques mi­nutes plus tard, il se fait gueu­ler des­sus. Qu’im­porte, il tente, une troi­sième fois, met cette fois le ballon en pleine lu­carne et cé­lèbre son but un doigt sur la bouche. Voi­là qui est Gian, un mec qui croit en ses qua­li­tés. » Flore Im­bu­la, la ma­man, qui a don­né son nom de jeune fille à Gian­nel­li abonde : « Il est cash, di­rect. N’al­lez pas lui de­man­der de jouer les hy­po­crites ! »

La suite au PSG, où les ser­vices ad­mi­nis­tra­tifs l’ont re­bap­ti­sé In­du­la, se­ra moins rose. L’en­traî­neur, Ch­ris­tian Mas, re­joint le groupe pro, le nou­veau staff est à la peine, une bonne par­tie de l’équipe ne conti­nue­ra pas l’aven­ture. « Ce­la a été une sé­pa­ra­tion à l’amiable, pas un coup d’ar­rêt, confie le ré­ser­vé Im­bu­la. Ce qui me gê­nait vrai­ment, c’est la fin de notre bande de co­pains. »

Le voi­là de re­tour, à 13 ans, dans son club de tou­jours, le Ra­cing 92, à re­prendre ce bus 164 qui file d’Ar­gen­teuil à Co­lombes. « J’étais fier qu’il aille au PSG, ça m’a sur­pris qu’ils ne l’aient pas gar­dé, ex­plique Ke­vin Eyan­go, son par­te­naire d’alors chez les Ciel et Blanc. Re­ve­nir au Ra­cing n’a pas été fa­cile, il a joué un temps en équipe B, il a dû re­faire ses gammes. » Im­bu­la l’as­sure : « La di­rec­tion dit au­jourd’hui être fière de moi mais, à l’époque, je n’étais pas vrai­ment dé­si­ré. »

Ro­muald Ma­hon, son pre­mier en­traî­neur au Ra­cing, en dé­bu­tants 2e an­née, parle de re­cons­truc­tion. Au fait, Gian­nel­li avait- il dé­jà sa « tête de vieux » lors­qu’il l’a connu, à 7 ans ? « Il avait sur­tout des fa­ci­li­tés tech­niques, sou­rit Ma­hon. Comme au­jourd’hui, il ai­mait bien tou­cher le ballon, on lui a ap­pris à le don­ner dans la der­nière zone. » Au­tour de Ju­lien Blanc, le fils d’Eric, l’an­cien rug­by­man du Ra­cing, et de Ke­vin, qu’Im­bu­la sur­nomme Moches Pieds, une belle bro­chette se forme. « On en­chaî­nait les 5 contre 5 ou les 7 contre 7, se sou­vient le mi­lieu de l’OM. On écou­tait Rohff ou Boo­ba. » Ke­vin évoque des vi­rées au grec ou dans une ga­le­rie com­mer­ciale « pour ache­ter des fringues » . Les jeans Die­sel sont l’une les seules fo­lies d’un gar­çon peu bling- bling. « Comme toute notre fa­mille ! » pré­cise Flore. Quand on lui parle de quit­ter son appartement du rez- de- chaus­sée, près de l’hô­pi­tal d’Ar­gen­teuil, elle s’étonne : « Mais pour­quoi ? Je peux lais­ser les fe­nêtres ou­vertes, il ne se pas­se­ra rien, nous maî­tri­sons cet en­vi­ron­ne­ment ! Et les amis ont par­ta­gé nos joies comme nos peines de­puis notre ins­tal­la­tion. »

Elle pense no­tam­ment à Oli­vier, l’aî­né de la fra­trie, par­ti il y a dix ans à cause d’une ma­la­die du sang. Gian­nel­li a choi­si le no 25 sur son maillot parce qu’Oli­vier était né le 25 juin 1985. Ce même nu­mé­ro est ta­toué sur son bras gauche. En dé­cembre der­nier, après avoir pré­sen­té of­fi­ciel­le­ment sa pe­tite amie, une an­cienne connais­sance du col­lège d’Ar­gen­teuil, à ses pa­rents, il a mon­tré im­mé­dia­te­ment une pho­to d’Oli­vier à la jeune fille.

On en­chaî­nait les 5 contre 5 ou les 7 contre 7. On écou­tait Rohff ou Boo­ba”

Gian­nel­li Im­bu­la, mi­lieu de l’OM

« Il avait du mal à se re­mettre de la mort de son frère et à re­prendre le cours de sa vie, alors je l’ai em­me­né au ci­me­tière un an après, et nous lui avons dit au re­voir une der­nière fois » , confie son père, Willy Ndan­gi.

En oc­tobre 2010, il fau­dra af­fron­ter un autre drame. Sté­phane, son jeune frère alors âgé de 11 ans, est per­cu­té par une voi­ture de po­lice à Ar­gen­teuil alors qu’il des­cend du bus. « Il a vo­lé sur 11 m, il est res­té cinq jours dans le co­ma à l’hô­pi­tal Ne­cker » , dit Flore, qui est vi­rée de la bou­lan­ge­rie où elle tra­vaille à force de res­ter au che­vet de son fils. Sté­phane se­ra le « mi­ra­cu­lé » . Les mé­de­cins neu­ro­logues lui pré­disent trois ans de fau­teuil, il re­joue au foot avec le club d’Ar­gen­teuil trois mois après l’ac­ci­dent ! A 15 ans, Sté­phane est l’at­ta­quant ac­tuel du Ra­cing en DH. « Je ne suis pas sur­pris de le re­voir à ce ni­veau, il est cos­taud men­ta­le­ment, c’est un peu de fa­mille, dit Im­bu­la. Ce­la me fait plai­sir, mais je se­rai fier de lui quand sa car­rière pren­dra un tour concret. »

Di­manche, Gian­nel­li, ar­ri­vé à l’OM l’été der­nier après un pas­sage de quatre sai­sons à Guin­gamp, es­saie­ra de faire pleu­rer les co­pains, « tous plus ou moins fa­nas du PSG » . Puis, le 5 mars, à Clai­re­fon­taine, ce se­ra au tour de Sté­phane de s’illus­trer lors d’un Ra­cing - PSG, tout aus­si im­por­tant pour une fa­mille si fran­ci­lienne.

Il avait du mal à se re­mettre de la mort de son frère et à re­prendre le cours de sa vie”

Willy Ndan­gi, son père

( LP/ Yann Fo­reix.)

Ar­gen­teuil ( Val- d’Oise), lun­di. Gian­nel­li Im­bu­la prend la pose au do­mi­cile pa­ren­tal au cô­té de son père Willy, de sa mère Flore et de son frère Sté­phane, tous très fiers de sa réus­site.

( DR.)

En­fant, Gian­nel­li Im­bu­la ( à gauche) a in­té­gré le centre de pré­for­ma­tion du PSG. Il n’a pas été conser­vé. Dix ans après, il a re­bon­di à l’Olym­pique de Mar­seille.

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