Au­vo­lant, onse croit tout per­mis

Même s’il y a moins de morts sur les routes, les au­to­mo­bi­listes ne se conduisent pas tou­jours bien.

Le Parisien (Paris) - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

Au vo­lant, les Fran­çais sont très fiers d’eux- mêmes : ils s’es­timent vi­gi­lants ( 77 %), calmes ( 52 %), cour­tois ( 29 %). Les stres­sés ( 43 %), ir­res­pon­sables ( 41 %), agres­sifs ( 29 %) et dan­ge­reux ( 24 %), ce sont les autres. D’après une étude Ip­sos réa­li­sée pour la Fon­da­tion Vin­ci Au­to­routes au­près de 7 032 Eu­ro­péens*, que nous dé­voi­lons en ex­clu­si­vi­té, cette « au­to- es­time » re­flète mal le com­por­te­ment réel des conduc­teurs. Car lors­qu’on les ti­tille un peu, ils re­con­naissent leurs écarts de conduite. Non- res­pect des li­mi­ta­tions de vi­tesse ou des dis­tances de sé­cu­ri­té, in­jures, ten­dance à col­ler le vé­hi­cule d’un conduc­teur qui les énerve… au re­gard de nos voi­sins eu­ro­péens, nous fi­gu­rons par­mi les au­to­mo­bi­listes « les moins res­pon­sables » , der­rière les Ita­liens et Es­pa­gnols.

Beau­coup pensent qu’ils maî­trisent les risques” Ber­na­dette Mo­reau, dé­lé­guée gé­né­rale de la Fon­da­tion Vin­ci Au­to­routes

« Nous adop­tons tous, à un mo­ment ou à un autre, une conduite qui peut être dan­ge­reuse mais les Fran­çais ont du mal à faire leur au­to­cri­tique, constate la dé­lé­guée gé­né­rale de la Fon­da­tion Vin­ci Au­to­routes, Ber­na­dette Mo­reau. Beau­coup pensent qu’ils maî­trisent les risques et ont le sen­ti­ment que dé­pas­ser un peu les li­mi­ta­tions de vi­tesse n’est pas si dan­ge­reux que ça. » De l’in­cons­cience ? « Il y a plu­tôt un dé­ca­lage entre la conscience qu’ils ont du dan­ger et la réa­li­té de leur com­por­te­ment, ana­lyse Ber­na­dette Mo­reau. Alors que 58 % de nos com­pa­triotes consi­dèrent la som­no­lence au vo­lant comme une cause ma­jeure d’ac­ci­dent, 40 % avouent prendre le vo­lant alors qu’ils se sentent fa­ti­gués » .

Mais en ana­ly­sant de près les ré­sul­tats de ce son­dage, on peut aus­si voir le verre à moi­tié plein et consi­dé­rer que les Fran­çais ne sont, au fond, pas si ir­res­pon­sables que ce­la. Alors que 3 250 per­sonnes ont per­du la vie sur la route en 2013 ( le bi­lan le moins meur­trier de­puis la mise en place des sta­tis­tiques en 1948), plus des deux tiers des conduc­teurs es­timent qu’il est en­core pos­sible d’agir pour faire bais­ser la mor­ta­li­té. « C’est le signe d’une évo­lu­tion des com­por­te­ments car on consi­dé­rait il y a trente ans la mor­ta­li­té sur la route comme une fa­ta­li­té, sou­ligne la pré­si­dente de la Ligue contre la vio­lence rou- tière, Chan­tal Per­ri­chon. De­puis que Jacques Chi­rac a éri­gé en 2002 la lutte contre l’in­sé­cu­ri­té rou­tière au rang de grande cause na­tio­nale, la France est re­ve­nue dans la moyenne eu­ro­péenne alors qu’elle était à l’avant- der­nier rang. C’est la preuve qu’on peut en­core pro­gres­ser et ga­gner des vies. »

In­dis­ci­pli­nés et dan­ge­reux au vo­lant, les Fran­çais ? Dans une cer­taine me­sure, oui. Mais le son­dage com­man­dé par la Fon­da­tion Vin­ci ré­vèle quelques sur­prises. Certes, avec les Bri­tan­niques, nous sommes les plus nom­breux à avouer dé­pas­ser de quelques ki­lo­mètres/ heure la li­mi­ta­tion de vi­tesse in­di­quée ( 89 % contre 86 % en moyenne). Nous sommes éga­le­ment plus nom­breux que la moyenne à reconnaître ne pas res­pec­ter les dis­tances de sé­cu­ri­té ( 70 % contre 62 % en moyenne). « Nous avons consta­té que les Fran­çais avaient aus­si ten­dance à oublier de ra­len­tir lors­qu’ils tra­versent des zones de tra­vaux sur au­to­route, pré­cise Ber­na­dette Mo­reau, dé­lé­guée gé­né­rale de la Fon­da­tion Vin­ci Au­to­routes. Mais ce sont les Belges qui sont les plus en­clins à oublier de ra­len­tir ou à cir­cu­ler au mi­lieu alors que la voie de droite est libre. »

Contre toute at­tente, nos voi­sins al­le­mands et sué­dois, souvent consi­dé­rés comme des mo­dèles en ma­tière de res­pon­sa­bi­li­té au vo­lant, adoptent par­fois des com­por­te­ments tout aus­si dan­ge­reux que nous. 71 % des

Par­mi les meilleurs élèves

Al­le­mands et des Sué­dois ont ten­dance à col­ler le vé­hi­cule de de­vant. Les Al­le­mands sont les plus en­clins à doubler en ou­bliant de mettre leur cli­gno­tant ( 58 %), à pa­ra­mé­trer leur GPS en condui­sant ( 48 %) ou même à lire un jour­nal ou un do­cu­ment en condui­sant ( 17 %). Quant aux au­to­mo­bi­listes sué­dois, 19 % re­con­naissent avoir dé­jà… cir­cu­lé sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence sur l’au­to­route ! Et presque la moi­tié ad­met té­lé­pho­ner sans kit mains libres ( contre 31 % en moyenne). Un com­por­te­ment qui est aus­si com­mun chez nos voi­sins ita­liens qui sont les plus nom­breux à en­voyer ou lire des SMS en condui­sant. 35 % avouent conduire en « ou­bliant » d’at­ta­cher leur cein­ture. En France, 90 % des conduc­teurs la bouclent avant de dé­mar­rer. Conscients de leur res­pect aléa­toire du Code de la route, les Ita­liens sont ceux qui re­con­naissent le plus grand nombre de com­por­te­ments dan­ge­reux au vo­lant ( 5,4 sur 13 en moyenne). « Les Ita­liens sont as­sez peu res­pec­tueux des règles et ont no­tam­ment ten­dance à griller les stops et les feux rouges, mais ils klaxonnent beau­coup pour se si­gna­ler et sont plus sen­sibles que nous au res­pect d’au­trui » , sou­ligne Jean- Pas­cal As­sailly, cher­cheur à l’Ins­ti­tut fran­çais des sciences et tech­no­lo­gies des tran­sports.

Si l’on s’en tient aux in­frac­tions qu’ils ad­mettent com­mettre, les Fran­çais font en fait par­tie des moins mau­vais élèves de la classe en ma­tière de com­por­te­ments dan­ge­reux. « Ils avouent 4,6 mau­vais com­por­te­ments en moyenne sur 13, un chiffre en des­sous de la moyenne eu­ro­péen- ne qui se si­tue à 4,8 » sou­ligne Vin­ci Au­to­routes. « Nous étions les mau­vais élèves de l’Eu­rope en ma­tière de sé­cu­ri­té rou­tière dans les an­nées 1970, on fi­gure dé­sor­mais au mi­lieu du ta­bleau, dé­crypte Jean- Pas­cal As­sailly. Les nou­veaux cancres se si­tuent à l’est de l’Eu­rope. »

« Le Cor­niaud » . Bour­vil dans sa 2 CV dis­lo­quée après avoir été per­cu­té par de Fu­nès.

( LP/ Hum­ber­to de Oli­vei­ra.)

24 % des Fran­çais avouent té­lé­pho­ner au vo­lant.

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