Au­ca­fé­leBoyard, royaume des­joueurs « I

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - BRU­NO MAZURIER

ci, le 24 fé­vrier 2014, un joueur a ga­gné 140 €… ! » Sur l’écran, ins­tal­lé juste au- des­sus du pu­pitre aux couleurs de la Fran­çaise des jeux, les pu­bli­ci­tés al­ternent avec des grilles de nu­mé­ros. Au ca­fé- ta­bac le Boyard, à Saint- Ouen ( Seine- Saint- De­nis), ache­teurs de ci­ga­rettes, ha­bi­tués du p’tit noir et ac­cros de Cash, As­tro, Ban­co et Bin­go se cô­toient dans un joyeux brou­ha­ha. Fa­ti vient d’ache­ter son ti­cket de Cash à 5 €. « Je gagne de temps en temps, 5 ou 10 €, pas des 500 000 € » , s’ex­clame- t- il, fa­ta­liste. Les ac­cu­sa­tions au su­jet de la Fran­çaise des jeux ? Ça ne le sur­prend pas. « Il y a tou­jours des tru­cages » . Mais, as­sure- t- il, ce­la ne l’em­pê­che­ra pas de conti­nuer à grat­ter. « Je joue de­puis l ong­temps et je ne vais pas m’ar­rêt e r main­te­nant » , cer­ti­fiant ne pas dé­pen­ser plus de 20 € par mois. Der­rière sa caisse, Ma­ry­line s’ac­tive. « Les clients es­pèrent tou­jours qu’ils vont ga­gner le gros lot » , lâche- t- elle. Un es­poir bien plus fort, se­lon elle, que les doutes. Un avis par­ta­gé par Na­fa, le pa­tron des lieux. D’ailleurs, les soup­çons de fraude, il « n’y croit ab­so­lu­ment pas. Ça me pa­raît tel­le­ment gros, s’étonne- t- il. La Fran­çaise des jeux, c’est une ins­ti­tu­tion tout de même. Je pense que les jeux sont très bien en­ca­drés et qu’il n’y a pas qu’une seule per­sonne pour gé­rer

et vé­ri- fier tout le sys­tème. Nous- mêmes les bu­ra­listes sommes sé­vè­re­ment contrô­lés, ex­plique Na­fa. Nous de­vons avoir un ca­sier ju­di­ciaire vierge et ré­pondre à deux en­quêtes — ad­mi­nis­tra­tive et des douanes — pour re­ce­voir notre agré­ment. Alors, des jeux tru­qués… ! » ba­laye- t- il d’un re­vers de main, pré­fé­rant in­sis­ter sur le suc­cès conti­nu des « grat­tages » : « La hausse des mises ne s’est ja­mais ar­rê­tée. Il y a même eu un bond il y a quatre ou cinq ans avec l’ar­ri­vée du Cash qui per­met de ga­gner de plus grosses sommes. » Les ti­ckets d’une même souche ven­dus après la sor­tie d’un grat­tage ga­gnant ? « C’est très dif­fi­cile de sa­voir si les chances sont moins éle­vées après. Tout sim­ple­ment parce que cer­tains ga­gnants ne se dé­clarent pas tout de suite » , ré­pond le pa­tron du Boyard.

« Et puis, il y a le plai­sir de grat­ter » , ajoute, en écho, Ma­ry­line. Ac­cou­dé au comp­toir, ce n’est pas Fré­dé­ric qui va la dé­men­tir. Les lots dé­jà rem­por­tés par d’autres au mo­ment de son propre achat le laissent de marbre. « Je gratte de­puis que les jeux existent et je crois que les chances de ga­gner sont dues au pur ha­sard » , main­tient- il. Fré­dé­ric avoue mi­ser ré­gu­liè­re­ment 1 ou 2 € sur des ti­ckets de Goal ou de Black Jack. « J’ai dé­jà ga­gné des pe­tites sommes, ja­mais plus de 50 €. Mais je ne dé­pense pas plus de 20 € par mois » , se dé­fend- il aus­si.

Par­mi tous les « grat­teurs » pré­sents cet après- mi­di- là au ca­fé- ta­bac le Boyard, Mau­rice semble être un des rares con­vain­cus par les soup­çons de fraude. Il s’avoue même « un

Je gratte de­puis que les jeux existent et je crois que les chances de ga­gner sont dues

au pur ha­sard”

Fré­dé­ric, client du Boyard peu échau­dé » et pense jouer « un peu moins souvent qu’en 2013 » , an­née où il avoue a v o i r g a g né « d e u x f o i s 500 €. Mais de­puis le dé­but de l’an­née, rien ne sort » , se dé­sole ce des­si­na­teur en bâ­ti­ment à la re­traite. Pour lui, « c’est évident, les bu­ra­listes savent quels sont les ti­ckets qui ont le plus de chance d’être ga­gnants » . A l’en croire, les lettres qui fi­gurent de- puis peu sur cer­tains car­tons de jeux sont même un pré­cieux in­di­ca­teur. D’ailleurs, i l prend Fa­ti à té­moin. « Hein, d i s - l e donc, quelles sont les lettres qui gagnent ? » lan­cet- il à ce com­pa­gnon de jeux. « Le M » ? in­ter­roge Mau­rice. « C’est 10 € » ré­pond aus­si sec Fa­ti. Le F ? 20 €. Quant au L, « c’est 50 € » , as­sure l’autre joueur. En re­vanche, Mau­rice est per­sua­dé

C’est évident, les bu­ra­listes savent quels sont les ti­ckets qui ont le plus de chance d’être ga­gnants”

Mau­rice, un grat­teur du Boyard qu’avec le Y et le G, per­sonne ne peut ga­gner. « Si l’an­cien PDG de la Fran­çaise com­mence à par­ler, c’est qu’il sait quelque chose. Il était bien pla­cé pour ça » , croit com­prendre Mau­rice, lais­sant le pas­sage à un autre joueur ve­nu ache­ter six Cash à 5 € le ti­cket. L’homme tend un billet de 20 € à Ma­ry­line : « Il ve­nait de ga­gner 10 € avec un pré­cé­dent ti­cket, avance l’employée du Boyard en guise d’explication. C’est ce qui se passe en gé­né­ral lorsque les clients gagnent, pour­suit- elle. Ils re­jouent tout de suite der­rière. Et par­fois beau­coup plus… ! »

( LP/ Phi­lippe La­vieille.)

2 milliards de jeux de grat­tage sont ven­dus chaque an­née.

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