Cri­mée: lePar­le­ment oc­cu­pé­pa­run­com­man­do

Sous la pres­sion d’un com­man­doar­mé­pro- russe, le Par­le­ment de Cri­mée a vo­té hier la te­nue d’un ré­fé­ren­dum­pour plus d’au­to­no­mie vis- à- vis de Kiev.

Le Parisien (Paris) - - Politique - SIM­FE­RO­POL ( UKRAINE) De notre cor­res­pon­dant EM­MA­NUEL GRYNSZPAN

La si­tua­tion à Sim­fe­ro­pol est ex­plo­sive. Hier, des bandes som­mai­re­ment or­ga­ni­sées d’ac­ti­vistes pro- russes, au com­por­te­ment agres­sif, pa­trouillaient dans la rue et se sont ras­sem­blées de­vant le Par­le­ment. Leurs chefs af­firment dé­fendre la Cri­mée contre les « fas­cistes » de Maï­dan, bien que ces der­niers soient ab­sents de la pres­qu’île.

Dans la nuit de mer­cre­di à jeu­di, un com­man­do d’en­vi­ron trente in­con­nus lour­de­ment ar­més a pris le contrôle du Par­le­ment et du siège du gou­ver­ne­ment de la Ré­pu­blique au­to­nome. Ils ont re­ti­ré le dra­peau ukrai­nien et his­sé le dra­peau russe. De­puis, les deux bâ­ti­ments sont en­tou­rés d’un cor­don de po­li­ciers qui em­pêchent qui­conque d’en­trer.

nLe Krem­lin pru­dent

Ils ne sont guère ner­veux car ils sé­parent des pa­ra­mi­li­taires pro- russes ( à l’in­té­rieur) d’ac­ti­vistes pro- russes dans la rue. Mer­cre­di, la po­lice de Sim­fe­ro­pol fai­sait face à une me­nace beau­coup plus sé­rieuse, lorsque des cen­taines de ma­ni­fes­tants russes et ta­tars, fa­rou­che­ment op­po­sés, se sont af­fron­tées au pied du Par­le­ment. Hier, frus­trés que les pou­voirs lo­caux n’aient pas osé dé­fier Kiev, des forces pro- russes sont donc pas­sées à l’ac­tion. Mais qui a pris les armes pour oc­cu­per l’ad­mi­nis­tra­tion ? Un an­cien di­ri­geant des ser­vices de sé­cu­ri­té ukrai­niens ( SBU), Ev­gue­ny Mart­chouk, af­firme qu’il s’agit d’un « com­man­do de Sé­bas­to­pol » , ville voi­sine où est ba­sée la flotte mi­li­taire russe de la mer Noire. « C’est un coup d’es­sai pour voir comment vont ré­agir la po­pu­la­tion, les forces de l’ordre et la Rus­sie » , es­time Alek­sey Les­chen­ko, ex­pert à l’Ins­ti­tut Gor­she­nin, à Kiev.

Même si les mé­dias russes rap­pellent sans cesse le lien his­to­rique avec la Cri­mée, le Krem­lin est contraint à la pru­dence. A l’in­verse du Tchét­chène Ka­dy­rov, les Ta­tars du Ta­tars­tan ( ré­gion de la Vol­ga) et plus lar­ge­ment les mu­sul­mans de Rus­sie voient d’un mau­vais oeil les ten­dances do­mi­na­trices du « grand frère » russe à l’égard des Ta­tars de Cri­mée. Le Krem­lin peine dé­jà à main­te­nir la paix in­ter­con­fes­sion­nelle chez lui, alors que les ten­sions entre or­tho- doxes et mu­sul­mans s’ag­gravent d’an­nées en an­nées. D’autre part, toute in­ter­ven­tion de Mos­cou dans les af­faires in­té­rieures ukrai­niennes, sur­tout avec le pro­pos d’ex­ci­ter le sé­pa­ra­tisme, ren­con­tre­ra une désap­pro­ba­tion glo­bale, y com­pris d’al­liés proches comme la Chine ou le Ka­za­khs­tan.

Hier, sous la pres­sion du com­man­do ar­mé, le Par­le­ment de Cri­mée a vo­té la te­nue pour le 25 mai d’un ré­fé­ren­dum vi­sant à ob­te­nir da­van­tage d’au­to­no­mie. A Kiev, le nou­veau gou­ver­ne­ment table sur l’apai­se­ment. Pas de dé­cla­ra­tions mus­clées. Ar­se­ni Iat­se­niouk, qui vient d’être nom­mé Pre­mier mi­nistre hier, s’est conten­té de rap­pe­ler que « le pou­voir uti­lise des mé­thodes consti­tu­tion­nelles pour conser­ver l’in­té­gri­té du ter­ri­toire ter­ri­to­riale. La Cri­mée est, fut et se­ra par­tie de l’Ukraine. »

Sim­fe­ro­pol ( Ukraine), hier. De­puis plu­sieurs jours, des ac­ti­vistes pro- russes ma­ni­festent de­vant le Par­le­ment de Cri­mée leur op­po­si­tion à la des­ti­tu­tion de Ia­nou­ko­vitch.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.