Les­gran­de­so­reilles de­lajus­tice

Un­gi­gan­tesque bun­ker en­ter­ré cen­tra­li­se­ra dès le mois pro­chain toutes les écoutes té­lé­pho­niques ju­di­ciaires.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - THI­BAULT RAISSE

Un bun­ker de bé­ton ar­mé creu­sé dix mètres sous terre, quelque part dans les Yve­lines. A l’in­té­rieur, des ser­veurs in­for­ma­tiques ali­gnés sur 70 m ² ron­ronnent bruyam­ment dans une salle aux al­lures d’abri an­ti­ato­mique. C’est ici qu’à par­tir du mois pro­chain, l’en­semble des écoutes té­lé­pho­niques ju­di­ciaires de France se­ra en­re­gis­tré, sto­cké et mis à dis­po­si­tion des en­quê­teurs. Après cinq ans de dé­ve­lop­pe­ment contro­ver­sé, la plate- forme na­tio­nale des in­ter­cep­tions ju­di­ciaires ( PNIJ), un dis­po­si­tif unique en Eu­rope, est prête à en­trer en ser­vice. Entre ob­ses­sion an­ti­pi­ra­tage et sou­ci de baisse des coûts, nous avons vi­si­té ces lieux clas­sés confidentiel- dé­fense.

sar­co­phage ul­tra- sé­cu­ri­sé. Jus­qu’ici ré­par­ties sur une cen­taine de sites en France, les cen­trales d’écoutes té­lé­pho­niques vont dis­pa­raître au pro­fit de cet unique sar­co­phage de bé­ton dans les sous- sols d’un immeuble de bu­reaux du groupe de dé­fense fran­çais Tha­lès, vain­queur du mar­ché pu­blic. Chaque opé­ra­teur té­lé­pho­nique fran­çais est rac­cor­dé au bun­ker par des tuyaux dé­diés. Lors­qu’une de­mande d’écoute lui par­vient, l’opé­ra­teur concer­né dé­route la ligne du sus­pect sur les ser­veurs in­for­ma­tiques ici ras­sem­blés, pro­prié­tés du mi­nis­tère de la Jus­tice. Les ser­vices d’en­quête n’ont plus qu’à se connec­ter à ces mêmes ser­veurs, grâce à un logiciel dé­dié, pour ac­cé­der aux conver­sa­tions. Les don­nées sont cryp­tées tout au long de la chaîne se­lon des normes qua­si mi­li­taires, et le bun­ker, ac­ces­sible par badge no­mi­na­tif, construit pour ré­sis­ter à un crash d’avion.

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écoutes ac­ces­sibles « en di­rect » . Cette ma­chi­ne­rie so­phis­ti­quée est dou­blée d’un logiciel spé­ci­fique qui se­ra pro­gres­si­ve­ment mis à dis­po­si­tion des po­li­ciers, gen­darmes et ma­gis­trats. Une fois iden­ti­fiés grâce à leur carte pro­fes­sion­nelle et à un code se­cret, ils pour­ront di­rec­te­ment trans­mettre leurs ré­qui­si­tions aux opé­ra­teurs de té­lé­pho­nie, sans pas­ser par le tra­di­tion­nel mail ou fax. Le rac­cor­de­ment de la ligne du sus­pect à la PNIJ ne prend que quelques heures, contre plu­sieurs jours ac­tuel­le­ment. Les écoutes sont en­suite ac­ces­sibles en di­rect sur logiciel qui les garde en mé­moire du­rant tout le temps de l’en­quête. Une fois celle- ci close, les don­nées sont en­fer­mées dans un cof­fre­fort électronique ac­ces­sible au seul ma­gis­trat res­pon­sable des in­ves­ti­ga- tions. Les in­ter­cep­tions de SMS, mails ou his­to­rique de na­vi­ga­tion Web sont aus­si concer­nées par le dis­po­si­tif.

pro­messes d’éco­no­mies. Hors coût de dé­ve­lop­pe­ment ( 42 M€), le sys­tème per­met une éco­no­mie sub­stan­tielle pour l’Etat, avec un coût de fonc­tion­ne­ment an­nuel de 12 M€ contre en­vi­ron 30 M€ au­jourd’hui fac­tu­rés par les mul­tiples so­cié­tés pri­vées en charge de ces opé­ra­tions. Cette cen­tra­li­sa­tion a néan­moins fait naître des in­quié­tudes sur l’ac­cès ain­si don­né à cer­tains em­ployés du géant in­dus­triel à des in­for­ma­tions confi­den­tielles cou­vertes par le se­cret de l’en­quête. Craintes in­fon­dées se­lon la chan­cel­le­rie, qui as­sure qu’au­cun d’entre eux ne pour­ra ac­cé­der au conte­nu des don­nées col­lec­tées.

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