« Pro­gramme du FN : je dis at­ten­tion »

Le mes­sage est clair et tranchant. Pour le pa­tron des pa­trons, le pro­gramme éco­no­mique de Ma­rine Le Pen, s’il ve­nait à être ap­pli­qué, ramènerait la France des dé­cen­nies en ar­rière.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - OLI­VIER BACCUZAT, CA­THE­RINE GAS­TÉ ET HEN­RI VER­NET @obac­cu­zat @Hen­riVERNET

C’EST UNE PRISE de pa­role ex­cep­tion­nelle. A la veille d’un scru­tin qui pour­rait bou­le­ver­ser le pay­sage po­li­tique fran­çais, le pa­tron des pa­trons, Pierre Gat­taz, sort de sa ré­serve. « At­ten­tion », aver­tit le pré­sident du Me­def, une vic­toire du Front na­tio­nal dans une voire plu­sieurs ré­gions, le 13 dé­cembre au soir, met­trait en pé­ril un pays à l’éco­no­mie dé­jà fra­gi­li­sée. Même s’il dit se gar­der de « faire de la po­li­tique », son mes­sage n’en est pas moins clair et tranchant : l’ar­ri­vée aux com­mandes de Ma­rine Le Pen ou de sa nièce Ma­rion, en Nord-Pas-de-Ca­lais - Pi­car­die ou en Paca, et de­main, qui sait, à la tête du pays, plon­ge­rait la France des dé­cen­nies en ar­rière. Sor­tie de l’eu­ro, fin de la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes et des mar­chan­dises, hausse du smic et baisse de l’âge de la re­traite, au­tant de chi­mères qui se­raient, se­lon lui, contre-pro­duc­tives et lourdes de consé­quences, à l’heure où « le monde at­tend la France ».

Ef­fet boo­me­rang ?

La dé­marche de Pierre Gat­taz n’est pas sans risque… ni sans cal­cul. Risque, parce qu’il sait bien qu’une par­tie de ses troupes, no­tam­ment chez les pe­tits pa­trons, n’est pas in­sen­sible aux si­rènes le­pé­nistes. Risque, en­core, parce que cette sor­tie pour­rait re­ve­nir comme un boo­me­rang, en­cou­ra­geant au contraire le vote antisystème d’une par­tie de ces Fran­çais las des le­çons as­sé­nées par les élites. Cal­cul, car il en­tend, en dé- non­çant le manque de culture d’en­tre­prise de la gauche et de la droite, pous­ser les par­tis de gou­ver­ne­ment à ache­ver leur ré­vo­lu­tion li­bé­rale.

Certes, il ne s’agit pas pour le pa­tro­nat de stig­ma­ti­ser les élec­teurs le­pé­nistes, mais d’ap­pe­ler à la vi­gi­lance sur les consé­quences de ce vote. Cet ap­pel très fort est le signe que, à cinq jours du scru­tin, la mo­bi­li­sa­tion prend sou­dain une nou­velle am­pleur. En té­moigne aus­si la une, aus­si spec­ta­cu­laire qu’in­édite, du quo­ti­dien ré­gio­nal « la Voix du Nord » qui ti­trait hier : « Pour­quoi une vic­toire du FN nous in­quiète ». Ou en­core ces pa­trons du Nord, jus­te­ment, mon­tés au cré­neau au mo­ment où les pre­miers son­dages don­naient Ma­rine Le Pen ga­gnante dans cette ré­gion, car­re­four éco­no­mique de l’Eu­rope. Jus­qu’à la fi­gure du pa­tro­nat nor­diste Bru­no Bon­duelle, ex-PDG du cé­lèbre groupe agroalimentaire, qui a mis lui aus­si en garde contre ce « re­pli sur soi » qu’en­traî­ne­rait une vic­toire du Front na­tio­nal. Ce ne se­rait bon, ré­pètent-ils tous, ni pour les af­faires ni pour l’emploi.

Quelle pour­ra être la por­tée du mes­sage de Pierre Gat­taz ? Un sym­bole de poids, sans au­cun doute. Mais dans le monde du bu­si­ness, le prag­ma­tisme est roi. Le nu­mé­ro un du Me­def en Paca ne vient-il pas de se dé­cla­rer « prêt à s’adap­ter » si le FN ar­rive au pou­voir ?

(LP/Oli­vier Cor­san.)

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